Ukraine

Les terres rares, l'atout de l'Ukraine pour obtenir le soutien de Trump face à la Russie

Auteur: Grégoire SAUVAGE Source: France 24::
Février 13, 2025 at 13:37
Cette photo diffusee par le service de presse presidentiel ukrainien le 12 fevrier 2025 montre le president ukrainien Volodymyr Zelensky lors dun appel telephonique avec le president américain dans son bureau a Kiev. AFP / Présidence ukrainienne
Cette photo diffusee par le service de presse presidentiel ukrainien le 12 fevrier 2025 montre le president ukrainien Volodymyr Zelensky lors dun appel telephonique avec le president américain dans son bureau a Kiev. AFP / Présidence ukrainienne

À la peine face à l'armée russe, menacée de voir l'aide américaine se tarir et inquiète du changement de ton de Washington face à Vladimir Poutine, l'Ukraine pourrait mettre sur la table de futures négociations de paix ses précieuses terres rares convoitées par le président Donald Trump. 

Alors que l'éventualité de négociations entre l'Ukraine et la Russie se précise, l'Ukraine avance ses pions pour obtenir un soutien de taille : Donald Trump. Le président américain, qui s'est engagé mercredi 12 février avec Vladimir Poutine sur l’ouverture "immédiate" de pourparlers de paix, semble déterminé à aller vite, quitte à briser l'unité avec ses alliés européens.

Si Volodymyr Zelensky a longtemps rejeté la possibilité de négociations avec Moscou, convaincu de pouvoir défaire la Russie sur le terrain militaire, le président ukrainien a pris acte du début des discussions. "Le président Trump a partagé les détails de sa conversation avec Poutine. Personne ne souhaite plus la paix que l’Ukraine", a sobrement commenté le président ukrainien sur X, après un appel téléphonique de son homologue américain.

Dans le bras de fer qui s'annonce, le président ukrainien, dont l'armée est affaiblie par trois ans de guerre et apparaît en mauvaise position, notamment, dans le Donbass, dispose d'un atout de taille à faire valoir : ses terres rares, ces métaux stratégiques indispensables à la transition écologique et au développement du numérique.

Lithium, graphite, cérium, titane, uranium... le sous-sol ukrainien regorge de minerais qui servent à fabriquer des téléphones portables, des écrans, des éoliennes, des drones ou encore des batteries de voitures électriques. Selon une étude du Forum économique mondial publiée en juin dernier, l'Ukraine possède pas moins de 117 des 120 matériaux les plus critiques.

"Le cabinet d'avocats Dentons, grand cabinet américain qui a publié récemment un article sur le sujet, évoque le chiffre de 26 000 milliards de dollars de réserves [dans les sols ukrainiens]. Une estimation qui inclut le gaz et le charbon", précise Christophe Dansette, chroniqueur économique à France 24.

 

 

Investissements "colossaux", difficultés d'accès…

Dans son "plan de victoire" présenté en octobre 2024, Kiev mentionnait déjà la possibilité d'un accord pour permettre à ses alliés d'exploiter les ressources de l'Ukraine. Une proposition qui aura retenu l'attention de Donald Trump. Le 5 février, le milliardaire, fidèle à son approche transactionnelle des relations internationales, a donc proposé ce "deal" à Kiev : poursuivre l’aide militaire américaine contre un accès privilégié à ces terres rares.

La suggestion a immédiatement reçu le feu vert de Volodymyr Zelensky. "Je voudrais que les entreprises américaines (...) développent ce secteur ici", a précisé le président ukrainien lors d'une conférence de presse.

Au cœur de vives tensions géopolitiques avec la Chine, les terres rares représentent une ressource stratégique capitale pour Washington. Investir en Ukraine permettrait ainsi aux États-Unis de diversifier et de sécuriser ses sources d'approvisionnement. Mais selon les experts, les millions de milliards de dollars promis par Kiev restent pour le moment virtuels faute d'infrastructures pour exploiter ces gisements.

"Volodymyr Zelensky cherche ici à séduire Trump pour éviter un dérapage de la négociation bilatérale russo-américaine. De son côté, le président américain a attrapé la balle au bond mais concrètement, pour l'instant, ça ne veut pas dire grand-chose", analyse Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l'IRIS.

"Les terres rares, il y en a en réalité un peu partout. Le problème c'est d'abord de créer la mine et ensuite de traiter et de raffiner ces minerais. Cela nécessite des investissements colossaux", ajoute l'ancien ambassadeur de France à Moscou et auteur de "Géopolitique de la Russie" (Ed. Eyrolles). 

Les réserves dont disposent l'Ukraine restent également difficiles à évaluer. Les estimations actuelles s'appuient sur des études géologiques remontant à l’Union soviétique et aux premières années d’indépendance du pays au début des années 1990.

 

Enfin, ces gisements de terres rares se situent dans le centre de l'Ukraine ainsi que dans le Donbass, dont une large partie est contrôlée par l’armée russe. Certaines mines, parmi les plus importantes du pays, sont menacées par l'avancée des troupes de Moscou, en particulier le gisement de lithium du village de Chevtchenko, principale réserve "d'or blanc" identifiée par Kiev. 

 

L'Ukraine, un pays riche en lithium. © Service géologique ukrainien / Studio graphique de France 24
L'Ukraine, un pays riche en lithium.  © Service géologique ukrainien / Studio graphique de France 24

 

 

Pas de compromis côté russe

Avec ce marché passé avec Washington, Kiev espère maximiser ses chances de récupérer les territoires conquis par la Russie. Mais ce pari est loin d'être gagné, estime Jean de Gliniasty car "la Russie est parfaitement disposée, une fois la paix installée, à permettre aux Américains d'investir là-bas", indique l'expert. "Les Américains vont d'ailleurs probablement essayer de reprendre une place sur le marché russe", au détriment des entreprises européennes qui ont quitté la Russie après l'invasion de l'Ukraine.

La Russie a beau posséder de vastes quantités de ressources naturelles, priver l'Ukraine de l'accès à ses terres rares apparaît aussi également comme un moyen efficace de plomber l'économie de Kiev et d'affaiblir durablement son voisin. Par ailleurs, Vladimir Poutine a toujours indiqué que des pourparlers ne pourraient avoir lieu que si l'Ukraine cède les territoires revendiqués par la Russie, à savoir les quatre régions ukrainiennes de Donetsk, Kherson, Louhansk et Zaporijjia, bien que Moscou n’en ait pas le contrôle total.

Dans une interview au Guardian, Volodmyr Zelensky s'est de son côté dit ouvert à un "échange de territoires", en référence à la partie de la région frontalière russe de Koursk dont l’armée ukrainienne s’est emparée l'été dernier. Une proposition fermement rejetée par le Kremlin.

Dans une note d'analyse publiée jeudi, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) assure que le président russe n’est "pas enclin à faire de compromis dans le cadre de négociations de paix et "continue de vouloir imposer sa volonté et ses intérêts sécuritaires aux États-Unis et à l’Europe". 

 

Malgré la spectaculaire mais prévisible offensive diplomatique du président américain, "ni Trump, ni Poutine n'ont encore gagné", conclut Jean de Gliniasty. "La négociation ne fait que commencer et elle s'annonce très dure".

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