La diplomatie russe a appelé lundi les ressortissants étrangers vivant à Kiev, dont les personnels diplomatiques, à quitter la capitale ukrainienne. La Russie menace de bombarder des bâtiments officiels, notamment des «centres de décision».
Par Clara Hidalgo
Les menaces de la Russie ne sont qu’«une nouvelle intimidation», a balayé le porte-parole du Quai d’Orsay, Pascal Confavreux, au micro de Franceinfo ce mardi 26 mai. La veille, la diplomatie russe avait appelé les ressortissants étrangers vivant à Kiev, dont les personnels diplomatiques, à quitter la capitale ukrainienne avant de nouveaux bombardements. De nouvelles «frappes seront menées sur des centres de décision» et des «entreprises du complexe militaro-industriel» à Kiev, a mis en garde le ministère russe des Affaires étrangères, dans un communiqué, sans donner de délai précis avant ces attaques.
Il n’y aura pas d’évacuation des Français installés en Ukraine, a assuré Pascal Confavreux, expliquant que la France était «habituée» aux intimidations de la Russie mais qu’elle ne s’y «résout pas». Cette décision intervient alors qu’au moins quatre personnes ont perdu la vie dans des bombardements russes dans la capitale ukrainienne ce week-end. Moscou a notamment fait usage d’un missile hypersonique de dernière génération, l’Orechnik, pour la troisième fois depuis le début du conflit.
Pour le porte-parole du Quai d’Orsay, cette intimidation est «d’autant plus scandaleuse parce que la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité et cobelligérant, doit s’assurer de la protection des civils ukrainiens, comme des ambassades étrangères». S’en prendre à des infrastructures civiles relève «des crimes de guerre», a-t-il ajouté, rappelant qu’un «tribunal spécial » pour juger le crime d’agression de la Russie sur l’Ukraine a été créé le 15 mai dernier. Si la Russie venait à attaquer des infrastructures civiles ou à tirer à proximité de ces bâtiments, «elle serait jugée par ce tribunal», a estimé Pascal Confavreux.
Malgré ces risques, la France ne prend donc pas l’initiative d’évacuer ses ressortissants. Le porte-parole du Quai d’Orsay assure que la situation est prise «très très au sérieux avec une vigilance renforcée». En revanche, «elle n’a pas abouti à changer, à ce stade, notre posture de sécurité sur place». Il a rappelé que l’ambassade était en «contact constant avec les ressortissants» et en charge de la bonne transmission d’«informations».
Impact «limité» sur le conflit
«Il y a d’ailleurs des délégations officielles qui sont en train d’arriver au congrès des régions et des villes qui se tient à Kiev (comme celle conduite par le maire du Havre et candidat à l’élection présidentielle Édouard Philippe )», a-t-il poursuivi.
Pascal Confavreux estime que les attaques de ce week-end ont un impact «extrêmement limité» sur la suite du conflit et montre surtout «l’impasse militaire» dans laquelle se trouve la Russie. «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, depuis février dernier, les Russes ont gagné moins de terrain que les Ukrainiens en ont gagné», a-t-il souhaité rappeler. Tandis que «les Russes, eux ont été obligés de demander de l’aide aux Nord-coréens et ont engagé des milliers de dollars pour pousser les Russes à s’engager dans l’armée».
Pour le porte-parole, les attaques russes s’expliquent aussi par la situation économique «difficile» de la Russie, «atrophiée par l’économie de guerre».