A quelques jours du quatrième anniversaire de l'invasion russe, des rumeurs prêtent à Volodymyr Zelensky l'intention d'annoncer des élections et un référendum. L'Ukraine n'organisera des élections qu'après «un cessez-le-feu» et l'obtention de «garanties de sécurité», répond le président ukrainien.
Par Guillaume Ptak
La rumeur est partie d'un article du « Financial Times », repris le 11 février par l'agence Reuters et relayé par « Ukrainska Pravda » : selon des sources ukrainiennes et européennes citées par le quotidien britannique, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, envisagerait d'annoncer le 24 février, date du quatrième anniversaire de l'invasion russe, une « feuille de route » ouvrant la voie à une élection présidentielle et à un référendum sur un éventuel accord de paix avec Moscou. Côté américain, un calendrier resserré aurait même été évoqué, avec l'idée d'un scrutin organisé d'ici à la mi-mai.
A Kiev, ces informations ont toutefois été rapidement démenties ou relativisées. L'Ukraine n'organisera des élections qu'après «un cessez-le-feu» et l'obtention de «garanties de sécurité», a déclaré le président ukrainien mercredi soir.
Seule avancée tangible: Volodymyr Zelensky a indiqué mercredi qu'il avait accepté, à la demande des Américains, une nouvelle session de négociations la semaine prochaine.
Levée de la loi martiale
En toile de fond, la poursuite des combats et l'absence de cessez-le-feu rendent toute projection électorale politiquement et juridiquement explosive. Pour le politologue Volodymyr Fesenko, directeur du centre d'études politiques Penta, l'hypothèse d'une annonce imminente relève même de la pure fiction. « Les élections et un référendum ne peuvent être annoncés qu'en cas de cessation des hostilités, pas avant », insiste-t-il.
Selon lui, aucune des deux parties ne montre aujourd'hui une réelle volonté de conclure un accord de paix, condition indispensable à l'ouverture d'un processus politique interne de cette ampleur. Même en cas d'arrêt des combats, le calendrier évoqué par certaines sources internationales apparaît irréaliste.
Volodymyr Fesenko rappelle que, selon la Commission électorale centrale ukrainienne, il faudrait environ six mois après la levée de la loi martiale pour préparer et organiser des élections conformes aux standards minimaux. Les travaux parlementaires menés fin 2025 évoquent, eux, quatre-vingt-dix jours pour la seule campagne présidentielle, sans même intégrer la tenue d'un référendum. « Même en accélérant au maximum, il faudrait au moins quatre mois », estime le politologue, ce qui repousserait un scrutin à l'automne, au plus tôt en septembre.
Ces rumeurs s'inscrivent aussi dans un contexte de pression diplomatique accrue. Le député Yaroslav Yurchyshyn du parti Holos confirme que la question d'un calendrier électoral a bien été évoquée dans les échanges avec les partenaires occidentaux. « La demande de fixer une date d'élections a bien été formulée. Mais il y a de grands doutes sur le fait que ce soit réaliste », explique-t-il aux « Echos ».
« Ne pas s'opposer aux Américains »
Selon lui, Kiev cherche avant tout à éviter un affrontement frontal avec Washington, tout en restant lucide sur les perspectives d'un accord. « De notre côté, la tactique est désormais de ne pas s'opposer aux Américains, en comprenant que les choses peuvent encore changer de nombreuses fois, et que les Russes ne sont pas intéressés par un accord de paix. »
Reste enfin la question de l'origine même de ces rumeurs. Pour Volodymyr Fesenko, plusieurs scénarios sont possibles : une tentative, par certains acteurs, de tester l'opinion publique ou d'influencer les partenaires occidentaux en mettant ce scénario sur la place publique ; ou, au contraire, une provocation délibérée, destinée à susciter une réaction négative et à enterrer toute idée d'élections en temps de guerre.
En tout cas, l'absence de préparation concrète au sommet de l'Etat et les lourdes contraintes légales et techniques rendent hautement improbable une annonce formelle de présidentielle et de référendum dans les prochaines semaines.