Pauline Schnapper, Professeure de civilisation britannique contemporaine
Moins de deux ans après une victoire sans appel aux élections législatives, le Parti travailliste britannique vient de subir une véritable déroute aux élections locales (qui se déroulent tous les ans par tiers), ainsi qu’aux élections aux Parlements écossais et gallois. Plus qu’une simple défaite lors d’élections intermédiaires, on assiste à ce qui pourrait être le basculement d’un système politique jusque-là fondé sur l’alternance au pouvoir de deux partis (conservateur et travailliste) vers un régime pluraliste à cinq, voire sept partis.
En effet, la défaite est aussi celle des conservateurs, qui ont poursuivi leur descente aux enfers entamée lors des élections législatives de 2024 et perdu un tiers de leurs sièges locaux. Le vainqueur du scrutin, conformément à ce qu’annonçaient les sondages depuis plus d’un an, est le parti de la droite radicale populiste de Nigel Farage, Reform UK, qui a fait basculer des villes aussi bien dans les anciens bastions travaillistes du nord de l’Angleterre (où le vote en faveur du Brexit, en 2016, puis des conservateurs, en 2019, sous Boris Johnson avait été important) que dans certaines circonscriptions du Sud, traditionnellement conservatrices.
Reform UK est aujourd’hui un parti véritablement national, qui a également obtenu de bons résultats au Pays de Galles. Même s’il n’est crédité que d’environ 25 % des intentions de vote à l’échelle du pays (contre seulement 17 % à 19 % pour les travaillistes, les conservateurs et les Verts), il devient un prétendant sérieux au pouvoir lors des prochaines élections législatives grâce au mode de scrutin majoritaire à un tour.
D’autres partis bénéficient de la fragmentation de l’électorat. Les Verts confirment leur percée sous leur leader actuel, le populiste Zack Polanski, en obtenant plus de 300 sièges et en contrôlant désormais quatre villes ; et le Parti national écossais (SNP), bien qu’au pouvoir à Edimbourg depuis 2007, remporte une nouvelle victoire.
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