Troisième fille de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen a été happée très jeune par la vie politique. De ses premiers engagements au sein du parti d’extrême droite co-fondé par son père jusqu’à sa condamnation en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national, devenu depuis Rassemblement national, en passant par son accession à la tête du parti et sa progression électorale lors de trois présidentielles, France 24 revient sur la carrière politique de celle qui espère encore être candidate en 2027.
• 1986, Marine Le Pen s’engage au Front national
C’est en 1986, à 18 ans, que Marine Le Pen adhère officiellement au Front national, parti co-fondé quatorze ans plus tôt par son père, Jean-Marie Le Pen. Alors étudiante en droit, elle fréquente durant ces années les membres du Groupe Union Défense (GUD), un groupuscule d’ultradroite. On retrouve parmi eux Frédéric Chatillon, toujours proche de Marine Le Pen aujourd’hui.
• 1998, élue pour la première fois
Après une tentative infructueuse aux législatives de 1993, à Paris, elle est élue pour la première fois en 1998 comme conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais. Cette même année, elle s’investit de plus en plus au sein du parti et joue un rôle clé auprès de son père lors de la crise provoquée par Bruno Mégret et qui aboutira à une scission du FN.
• 2002, les Français découvrent Marine Le Pen
Alors que Jean-Marie Le Pen provoque un séisme politique en accédant au second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac, Marine Le Pen fait sa première apparition médiatique au soir du second tour. À 33 ans et après avoir participé activement à la campagne en coulisses, elle débat sur le plateau de France 3, notamment face à un certain Jean-Luc Mélenchon.
• 2004, tête de liste aux européennes
Marine Le Pen est choisie comme tête de liste du Front national aux élections européennes 2004 dans la région Île-de-France. Débute alors pour elle un mandat au Parlement européen qui durera près de treize ans et durant lequel elle participera, selon le jugement de cette affaire en première instance, au système de détournement de fonds mis en place par le FN en faisant travailler ses assistants parlementaires pour le parti plutôt que pour son activité de parlementaire européenne.
• 2011, succession de Jean-Marie Le Pen
Après avoir gravi les échelons au sein du parti et s’être implantée dans le Pas-de-Calais à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen succède à son père à la tête du Front national en janvier 2011. Elle l’emporte face à son rival Bruno Gollnisch, un proche de Jean-Marie Le Pen.
• 2012, première candidature à l’Élysée
Candidate logique du FN à l’élection de 2012, Marine Le Pen impulse lors de sa première campagne présidentielle, avec son nouveau bras droit Florian Philippot, une ligne davantage sociale en portant dans son programme des mesures comme l’augmentation de 200 euros net de tous les salaires inférieurs à 1,4 fois le SMIC et des investissements dans les services publics. Elle arrive en troisième place du premier tour avec 17,90 % des voix.
• 2015, exclusion de Jean-Marie Le Pen au nom de la dédiabolisation
Depuis qu’elle a pris le contrôle du Front national, Marine Le Pen œuvre activement à sa dédiabolisation, une stratégie qui permet à son parti de progresser électoralement. Mais Jean-Marie Le Pen, nommé président d’honneur du parti, reste un personnage encombrant. Il est exclu du FN par sa fille après avoir de nouveau tenu des propos négationnistes sur la Seconde Guerre mondiale, en avril 2015. À la mort de son père en janvier 2025, Marine Le Pen déclare qu’elle ne se "pardonnera jamais cette décision".
• 2017, accession au second tour de la présidentielle
Quinze ans après son père, Marine Le Pen se hisse pour la première fois au second tour de la présidentielle en obtenant 21,30 % des voix, avant de s’incliner face à Emmanuel Macron (33,90 %). En dépit de son accession au second tour, c’est sa prestation catastrophique dans le débat d’entre-deux-tours que les Français retiennent, tandis qu’en interne, la stratégie du "Frexit" et de la sortie de la zone euro portée par son bras droit Florian Philippot est vivement contestée. Elle est toutefois élue pour la première fois députée du Pas-de-Calais cette année-là.
• 2018, du Front national au Rassemblement national
Un an après la présidentielle perdue et des mois durant lesquels elle est affaiblie en interne, Marine Le Pen reprend la main. Un virage stratégique est acté avec le départ de Florian Philippot : il n’est plus question pour le parti d’extrême droite de sortir de l’Union européenne, ni même de la zone euro, tandis que la question identitaire, quelque peu délaissée lors de la campagne de 2017, revient en force. Lors du congrès du parti à Lille en mars 2018, elle annonce un changement de nom : le Front national devient le Rassemblement national.
• 2022, nouvelle présence au second tour et percée aux législatives
Supposément affaiblie par la présence d’Éric Zemmour, un autre candidat d’extrême droite, durant la campagne présidentielle de 2022, Marine Le Pen en tire finalement bénéfice en apparaissant comme moins radicale que son concurrent. Elle bénéficie aussi du vote utile des électeurs potentiels d’Éric Zemmour, obtenant 23,15 % des voix au premier tour, puis 41,45 % au second face à Emmanuel Macron. Une progression qui se concrétise lors des élections législatives en juin, lors desquelles le RN réalise une percée historique avec l’élection de 89 députés. Après la dédiabolisation, commence alors la stratégie de normalisation du RN.
• 2024, nouveaux succès électoraux
Après avoir confié la direction du parti en 2021 à son protégé Jordan Bardella, qui sera officiellement élu président du Rassemblement national en 2022, Marine Le Pen forme avec ce dernier un tandem complémentaire. Ensemble, ils font du RN un parti incontournable de la politique française, influençant la ligne des gouvernements d’Emmanuel Macron grâce à ses menaces de censure. Ils obtiennent également des succès électoraux majeurs en 2024 : d’abord aux européennes du 9 juin puis aux législatives anticipées après la dissolution de l’Assemblée nationale, lors desquelles 143 députés d’extrême droite sont élus les 30 juin et 7 juillet.
• 2025, une condamnation et la fin de ses espoirs pour 2027 ?
Alors que le Rassemblement national joue un rôle prépondérant à l’Assemblée nationale en raison de l’absence de majorité absolue ou même relative pour le gouvernement et que les sondages annoncent Marine Le Pen comme grande favorite de la prochaine élection présidentielle, la justice met un coup d’arrêt à ses ambitions présidentielles.
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris reconnait Marine Le Pen coupable de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national et la condamne à quatre ans de prison, dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, la privant ainsi de scrutin présidentiel en 2027. Après un procès en appel qui s’est déroulé début 2026, le jugement est attendu mardi 7 juillet.