Ukraine

Analyse, Guerre en Ukraine : les sommets de Trump accoucheront-ils d’une souris?

Auteur: Rania Massoud Source: Radio Canada
Août 19, 2025 at 10:11
Le président américain Donald Trump lors de sa rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale, le 18 août 2025.  Photo : Reuters / Kevin Lamarque
Le président américain Donald Trump lors de sa rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale, le 18 août 2025. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Deux sommets historiques sur la guerre en Ukraine en l’espace de quatre jours : Donald Trump peut au moins se targuer d’avoir bousculé le statu quo diplomatique, figé depuis février 2022, entre la Russie, d’une part, et l’Ukraine et ses alliés occidentaux, d'autre part.

Après sa rencontre inédite avec son homologue russe Vladimir Poutine, vendredi en Alaska, le président américain a réuni lundi, à Washington, les dirigeants des principales puissances européennes, accompagnés du chef d’État ukrainien, Volodymyr Zelensky, et des patrons de l’OTAN et de la Commission européenne.

De l’aveu même de Donald Trump, la Maison-Blanche n’a jamais reçu autant de dirigeants européens à la fois. Et ce qui est d’autant plus étonnant est la rapidité avec laquelle ce sommet multipartite a été organisé, sachant que de tels événements internationaux nécessitent généralement des préparatifs de plusieurs semaines. Le fait que cette rencontre ait été préparée en l’espace d’une fin de semaine, en plein milieu du mois d’août − un mois où les travaux gouvernementaux dans plusieurs pays du monde sont souvent en pause − est digne de mention.

 

Photo officielle des dirigeants en rang d'oignons.
Le président américain Donald Trump reçoit le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et les dirigeants européens pour discuter de la fin de la guerre en Ukraine, le 18 août 2025. PHOTO : GETTY IMAGES / AFP/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Sur la forme, le sommet de lundi a été positif pour tous les participants. Donald Trump a réussi à s’imposer comme médiateur dans le conflit russo-ukrainien, même si les États-Unis sont techniquement partie prenante dans cette guerre, en fournissant des armes aux Ukrainiens. Le fait qu’il ait amorcé un dialogue avec Vladimir Poutine lui a même valu des louanges de la part de plusieurs leaders européens, dont la première ministre italienne Giorgia Meloni.

Volodymyr Zelensky a, quant à lui, réussi à tourner la page de l’humiliation qu’il avait subie la dernière fois qu’il avait mis les pieds à la Maison-Blanche, il y a six mois. Contrairement à sa dernière visite en février, le président ukrainien a reçu un accueil cordial, voire chaleureux, de la part de son homologue américain. Tout d’abord, le choix vestimentaire de M. Zelensky, qui avait renoncé à son habituelle tenue d'inspiration militaire pour une veste noire plus formelle, semble avoir plu à Donald Trump. Je n'arrive pas à y croire. J'adore! a lancé ce dernier à son invité.

Lors de sa dernière visite calamiteuse à la Maison-Blanche, le président ukrainien s’était fait sévèrement réprimander par le vice-président américain J.D. Vance, qui l’avait accusé d’ingratitude envers les États-Unis. Cette fois-ci, pour éviter tout reproche, il a répété quatre fois le mot merci dès les premières secondes de sa prise de parole. Merci pour votre invitation, et merci beaucoup pour vos efforts afin de mettre fin aux massacres et à cette guerre. Merci d'avoir saisi cette occasion, un grand merci à votre épouse [Melania], a-t-il dit à l’intention de Donald Trump.

 

La réunion bilatérale entre MM. Trump et Zelensky en présence de délégations ukrainienne et américaine dans le bureau ovale.
La réunion bilatérale entre MM. Trump et Zelensky en présence de délégations ukrainienne et américaine dans le bureau ovale. PHOTO : REUTERS / KEVIN LAMARQUE

Les dirigeants des puissances européennes sont eux aussi ressortis gagnants de ce sommet. D’une part, ils ont voulu afficher un front commun solide face à la Russie en accompagnant le président Zelensky à Washington. Et d'autre part, ils ont réussi à empêcher Donald Trump d’imposer des concessions à son homologue ukrainien qui auraient été défavorables à Kiev, mais aussi à l’Europe tout entière.

Voilà pour ce qui est de l'apparence de ce sommet, mais qu’en est-il du fond?

Plusieurs points de divergence subsistent encore entre Russes, Ukrainiens, Américains et Européens, même si des avancées semblent avoir été accomplies.

Cessez-le-feu

Tout d’abord, il y a la question du cessez-le-feu. Donald Trump a répété plus d’une fois, lundi, qu’il n’est pas nécessaire de conclure une trêve entre Kiev et Moscou pour parvenir à la paix entre les deux pays.

Pour appuyer son point de vue, il a soutenu avoir réglé six conflits en six mois sans avoir eu recours à un accord de cessez-le-feu au préalable. (Il fait notamment référence à des accords entre l’Inde et le Pakistan; le Cambodge et la Thaïlande; le gouvernement congolais et les rebelles; l’Arménie et l’Azerbaïdjan; en plus des frappes américaines visant les sites nucléaires iraniens qui ont mis fin à l’escalade militaire avec Israël.)

 

Le président français et le président américain s'entretiennent lors d'une réunion à la Maison-Blanche avec des dirigeants européens au sujet de la guerre en Ukraine, le 18 août 2025.
Le président français et le président américain s'entretiennent lors d'une réunion à la Maison-Blanche avec des dirigeants européens au sujet de la guerre en Ukraine. PHOTO : REUTERS / ALEXANDER DRAGO

L’absence d’un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine favorise clairement Vladimir Poutine, qui semble avoir réussi à influencer Donald Trump sur cette question. La veille de sa rencontre avec le chef du Kremlin, le président américain avait pourtant dit qu’il serait très mécontent si un accord de trêve n’était pas annoncé à l’issue du sommet.

Lundi, c’est le chancelier allemand, Friedrich Merz, qui a remis le président Trump à l’ordre, affirmant que les Européens veulent un cessez-le-feu en Ukraine. Je ne peux pas imaginer que la prochaine réunion ait lieu sans un cessez-le-feu, a-t-il dit au début du sommet multilatéral. Alors, travaillons sur ce point et faisons pression sur la Russie.

Garanties de sécurité

Le deuxième point qui ne semble pas encore avoir été réglé est la question des garanties de sécurité qui seraient fournies par les Occidentaux à l'Ukraine pour dissuader la Russie de lancer toute nouvelle attaque contre son voisin après la conclusion d'un éventuel accord de paix. Un grand jalon a toutefois été franchi, lundi, avec la décision de Washington de prendre part à ces garanties de sécurité, mais on ignore toujours quelle forme prendrait la participation américaine dans ce dossier.

 

Vue aérienne d'un immeuble en feu, dont une partie du toit est écroulée.
Un immeuble en feu après un bombardement russe à Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine, le 18 août 2025. PHOTO : REUTERS / GOUVERNEMENT UKRAINIEN

Interpellé par un journaliste dans le bureau ovale sur la question de savoir si les États-Unis seraient prêts à envoyer des troupes au sol en Ukraine aux côtés des Européens pour garantir la sécurité de Kiev, M. Trump est resté flou dans sa réponse, sans rejeter cette idée.

Plus tard dans la journée, à l’issue de sa rencontre multipartite, le président américain a affirmé dans un message sur Truth Social avoir discuté avec ses invités de garanties de sécurité pour l'Ukraine, qui seraient fournies par divers pays européens, en coordination avec les États-Unis.

Si l’hypothèse d’envoyer des soldats américains en Ukraine est peu probable en raison de la vive opposition du mouvement MAGA de Trump à tout engagement militaire américain dans cette guerre, les garanties de sécurité fournies par les États-Unis à Kiev pourraient prendre des formes différentes.

 

Une garde d'honneur de l'armée américaine.
Une garde d'honneur de l'armée américaine passe devant la presse internationale à l'extérieur de l'aile ouest de la Maison-Blanche à Washington, le 18 août 2025. PHOTO : GETTY IMAGES / AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

 

L’armée américaine pourrait effectuer, par exemple, des vols de reconnaissance dans le ciel ukrainien et des patrouilles maritimes en mer Noire, tout en étant prête à intervenir en cas d’agression russe contre l’Ukraine. Les États-Unis peuvent aussi continuer de fournir des renseignements militaires et satellitaires qui se sont avérés précieux pour les Ukrainiens, même après la conclusion d’un accord de paix avec Moscou.

Concessions territoriales

Enfin, le dernier point important qui a assurément fait partie des discussions entre Donald Trump, Volodymyr Zelensky et ses alliés européens est la question des concessions territoriales réclamées par Vladimir Poutine. Cette question n’a toutefois été que rarement évoquée par les dirigeants lorsqu’ils ont pris la parole, chacun à leur tour, devant les médias dans la Maison-Blanche.

En fait, il a été plus question de la nécessité de rapatrier les enfants ukrainiens déportés par la Russie que de concessions territoriales − en public du moins. M. Zelensky a d’ailleurs lancé sa rencontre avec son homologue américain en lui tendant une lettre rédigée par son épouse à l’intention de Melania Trump. Cette dernière a pris l'initiative, vendredi, de remettre une lettre au président russe, l’implorant de penser aux enfants qui sont pris dans les conflits.

 

Une femme serre un garçon dans ses bras.
Une Ukrainienne enlace son fils qui avait été transféré par les forces russes vers les territoires contrôlés par Moscou. PHOTO : GETTY IMAGES / AFP/SERGEI CHUZAVKOV

Cette question humanitaire a également été reprise par plusieurs dirigeants européens, lundi à Washington, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a dit que le rapatriement des enfants ukrainiens devrait être une de nos priorités dans ces négociations de paix avec la Russie.

C'est une façon d'humaniser le conflit. Mais c’est surtout une façon indirecte pour les Européens de rappeler au président américain le côté sombre de Vladimir Poutine, qui est justement visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour déportation illégale d'enfants ukrainiens.

Et maintenant, à quoi faut-il s’attendre? Ces sommets accoucheront-ils d’une souris ou d’un accord de paix global qui mettra fin à cette guerre, la plus importante en sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale?

Seul le temps apportera une réponse. Les préparatifs vont bon train en vue d’une rencontre bilatérale entre MM. Zelensky et Poutine qui devrait se tenir d’ici une quinzaine de jours, même si certains alliés de l’Ukraine, dont la France, expriment un doute à l'égard de la volonté du dirigeant russe de conclure un accord de paix.

Si ce sommet se déroule comme le souhaite Donald Trump, une rencontre trilatérale, regroupant les leaders de la Russie, de l’Ukraine et lui-même, sera alors organisée, selon le président américain.

Lui qui assurait pouvoir régler ce conflit en 24 heures a dû revoir ses ambitions très à la baisse.

Il se peut qu’un accord ne soit pas possible, a-t-il lâché devant ses invités européens. D'un autre côté, il est possible que cela se produise. Et il a ajouté : Nous devons faire de notre mieux. C'est tout ce que nous pouvons faire.

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