Événement banal mais dévastateur, la rupture fait partie des étapes incontournables de la vie sentimentale. Voici quelques pistes, non exhaustives, pour y faire face sans (trop) se laisser submerger.
Un ami m'a un jour dit que nous étions finalement peu à avoir eu le cœur brisé. Vraiment brisé. Une peine si intense, si diffuse, qu’on la vit comme subjuguée et à distance. Incapable de sourire, de travailler, de profiter des dîners, encore moins de faire la fête. La fatigue et la tristesse comme tatouées sur le visage. Se noyant dans l'excès ou, à l’inverse, ne pouvant avaler la moindre miette. Une peine qui terrasse au point de tout questionner. “Suis-je assez bien? Qu’ais-je fait de mal? Pourquoi moi?”. Se torturant en se remémorant les moments heureux du passé. Donnant raison à la personne qui a préféré partir. Botho Strauss ne disait-il d’ailleurs pas que “le divorce est la blessure la plus profonde que la vie peut nous infliger”? Sans être mariée, cette douleur, je la connais bien, je l’ai vécue plusieurs fois. Mais j’ai toujours réussi, tant bien que mal, à surmonter ces étapes grâce à des pensées, des livres, des podcasts... Certains de ces appuis valent tous les conseils (souvent plats et convenus) qui viennent spontanément de l’entourage. Et si c'est vous qui venez de vous faire quitter, vous n’êtes pas en mesure de le croire pour l’instant, mais le meilleur de votre vie reste à venir. Vous verrez.
Savoir accepter l’échec d’une relation amoureuse
On a tous été, un jour, cette personne recroquevillée en jogging sur son canapé, rabâchant sa peine, oscillant entre nostalgie, amour, colère… Cette étape banale est pourtant fondamentale. Il faut raconter à voix haute l’histoire encore et encore, accepter d’être triste et en vrac émotionnellement. Sans enjoliver, sans noircir, mais en cherchant à identifier le plus honnêtement possible ce qui s’est passé. Je me souviens de l’exposition Douleur Exquise de Sophie Calle, vue un été à la Villa La Coste. L’homme dont elle était amoureuse et qu’elle devait rejoindre en Inde, l’avait lâchement quitté via un télégramme lapidaire. Submergée de douleur, elle avait alors demandé à une foule d’anonymes de lui raconter le jour où ils avaient le plus souffert. Au fur et à mesure de cette correspondance et des histoires partagées, sa peine finit finalement par s’estomper. Si vous vivez cette journée de souffrance “exquise”, ça vaut le coup de s’interroger sur “l’image que la personne tant aimée vous renvoyait de vous même ?” Car tout part souvent de là. La rupture est le fruit d’une relation qui se délite. Même si l’on souhaite qu’une relation perdure, il faut être deux pour qu’elle fonctionne. Courageux mais pas téméraire, le désamour se traduit souvent par un agacement graduel et généralisé. Pire, ce qui avait séduit(e) la personne au départ semble tout bonnement l’insupporter maintenant: vous respirez trop fort, il(elle) n’aime pas quand vous mettez ce vêtement, vos blagues ne sont pas drôles, vos manies lui font l’effet d’une craie stridente sur un tableau, le désir s’est enfui… Aussi décevant que soit ce constat, il est également libérateur. Car si la relation ne fonctionne pas, cela ne veut pas dire que l’amour ne fonctionne pas. Cela dit seulement que ce n’est la personne adéquate, que ce n’est pas celle qu’il vous faut. Le livre Le Prophète de Gibran Khalil Gibran donne tout un tas de perspectives sur le sujet, par exemple: “Aimez-vous vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une alliance qui vous enchaîne l’un à l’autre.” Tout le monde mérite d’être aimé, à sa juste valeur et sans devoir perpétuellement anticiper les réactions de l’autre pour continuer à lui plaire, et sans devoir non plus se résigner à son désintérêt.
Démystifier le célibat
Non sans une légère appréhension, je me suis déjà retrouvée, moi-même, dans un célibat que je n’avais pas vraiment désiré. Plutôt craint, si souvent. Mona Chollet explique d’ailleurs très justement dans Réinventer L’Amour, que la rupture donne “l’impression de quitter un univers enchanté, de déchoir d’une forme de privilège pour être rendue à un quotidien morne et sans intérêt, la sensation qu’un état de grâce se termine –un état de grâce qui, quand il durait, interposait une couche protectrice entre tout ce qu’il peut y avoir de dur et de blessant dans le monde et dans la vie.” Comme j'ai passé la trentaine, je subis en prime, en tant que femme, les regards inquisiteurs de la société. Tandis que mes amis construisent, se marient, achetent, enfantent… Je me retrouve de nouveau à rebours, dans mon petit appartement sous les toits, entourée de mes livres, mes housses de couettes en lin et mon flot discontinu de podcasts féministes. Avec ma solitude, il y a pourtant de la ma liberté. Plus besoin d’attendre 20h pour dîner ou que l’autre se réveille le matin pour ouvrir les volets et admirer le ciel depuis mon lit. Plus besoin de faire des compromis lors d’une balade, d’un film, d'une quelconque activité, ni d’accepter une autre mauvaise foi que la sienne. Plus besoin de négocier pour voir l’ami(e) que l’autre n’aime pas (il y en a toujours un ou une), ni de prévenir quand je souhaite sortir tard ou partir en week-end sur un coup de tête. Retrouver son individualité, surtout après une période douloureuse où l’on a été malmené émotionnellement, est très salvateur.
S’autodater
Et pour ceux/celles que la solitude panique complètement, il faut la voir comme le début d’une relation avec soi-même. Au lieu d’essayer de satisfaire, sûrement en vain, les envies et les aspérités de l’autre, il s’agit d’essayer de se séduire soi-même en mettant autant d’efforts pour reconquérir son amour propre et son ego que l’on aurait fait devant une superbe “target”. D’où l’idée de “s’autodater”. Cela peut partir de petites choses du quotidien. Comme faire une exposition qui nous tentait depuis un moment, s’inscrire dans une salle de sport, se faire masser, se faire les ongles, ou encore s’autoriser à ne rien faire. La rupture pouvant souvent donner l’impression d’être vidé(e) ou d’avoir perdu un combat, il faut reprendre des forces. Se nourrir (dans tous les sens du terme). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard total si le livre “Mange, prie, aime”, vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde, commence par ce point précis. Cuisiner pour soi, commander dans un restaurant fétiche, comme autant de façon de renouer avec un plaisir élémentaire (s’offrir un Womanizer fonctionne aussi). Se nourrir également en dirigeant progressivement ses pensées vers des idées qui font du bien. Les premiers rendez-vous amoureux, en plus de l’exaltation d’apprendre à connaître une personne qui nous attire, sont (normalement) le moment d’échanger des visions, de questionner, d’informer, de faire rire... Une réflexion qui fait se sentir vivant et rend heureux. Happé par les réseaux sociaux et le traumatisme de la rupture, on oublie parfois à quel point il est nécessaire de se distraire par la pensée, de réfléchir. Et si cela semble incommensurable, une autre voie, au combien salutaire, c’est d’aller en parler à un psy. On en sort toujours grandi.
Bien s’entourer
Je me souviens en particulier d’un mème Instagram qui reprenait, en déformant un brin, une citation de Freud disant “Before Diagnosing Yourself With Depression, Make Sure You Are Not Just ‘Surrounded By Assholes”. Que l’on pourrait traduire en français par: “Avant de vous demander si vous êtes en train de faire une dépression, assurez-vous d’abord que vous n’êtes pas en réalité entouré de connards”. Et parce qu’une rupture nous plonge fatalement dans un état de vulnérabilité et de fragilité, il est absolument primordial de bien s’entourer. C’est le moment de resserrer et de consolider son cercle amical. Les personnes négatives, qui font se sentir encore plus mal et qui ne sont disponibles que quand tout va bien, sont à rayer de la carte. L’estime de soi passe aussi par là. Et la vie n’est qu’une question de point de vue. Ceux qui tirent vers le bas se réjouissent secrètement de votre débâcle ne peuvent pas faire partie de vos amis proches. Côtoyez aussi d’autres célibataires car il surgit, avec des gens dans la même situation que vous, une forme d’entraide et de compréhension qui atteignent fatalement un autre niveau. Puis ils pourront plus facilement répondre à vos appels coups de mou ou sortir avec vous boire des verres dans les nouveaux clubs. Perla Servan-Schreiber raconte d’ailleurs dans le livre Ce que la vie m’a appris : “Repérez les gens joyeux, voyez-les souvent. Vous savez comme le mimétisme compte dans les phénomènes humains (…) Le rire d'une seule personne déclenche le rire d'une tablée ou d'une salle entière (…) La joie ne se commande pas. Elle se cultive. Jusqu’à ce qu'elle prenne racine dans votre être le plus profond. Dans votre cœur. Vous verrez alors d’autres venir se frotter à vous.”
Se tourner vers l’avenir et les autres
Il ne faut pas laisser les entraves du passé interférer avec les perspectives futures. Le couple a parfois tendance à enfermer. Nous faire penser qu’il n’existe que cette personne, cette situation, cette vie, ces vacances, ces amis… Alors que le monde est pétri de possibles pourvu que l’on ouvre les yeux, rende des sourires et sorte de chez soi ! – Il(elle) ne viendra pas sonner à votre porte. C’est peut être bateau, mais avec six milliards d’individus sur la planète (dont possiblement trois milliards du sexe qui attire ou la totalité si l’on est bi), les possibles sont larges. Il n’y a qu’à voir l’exaltation dans le regard des amis en couple quand on évoque les applis de rencontre et les crushs qui se profilent. Tout reste à faire. La possibilité de se rendre à de futurs rendez-vous amoureux le cœur dans la gorge, de se laisser séduire par une fossette ou un regard profond. S’habituer à une nouvelle peau, un nouveau parfum. Il s’agit de savoir que le plus fort reste à vivre, plus beau et plus grand. Songer aussi aux voyages exaltants qui vous restent à faire avec le(la) prochain(e), les restaurants à découvrir, les débâcles qui vous feront rire. Je me répète: ce n’est que le début !