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Source: Radio Canada
La police fédérale de l'immigration (ICE) est devenue le partenaire majeur de Donald Trump pour faire appliquer ses politiques migratoires.  Photo : Reuters / Kevin Mohatt
La police fédérale de l'immigration (ICE) est devenue le partenaire majeur de Donald Trump pour faire appliquer ses politiques migratoires. Photo : Reuters / Kevin Mohatt

Budget record, recrutement intensif, expulsions massives, publicités chocs : voici ce qu’il faut savoir sur cette agence fédérale, au cœur des politiques migratoires du président américain.

Après le décès d’une citoyenne américaine abattue mercredi par un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE) dans une rue de Minneapolis, les regards se tournent vers cette police, sous le feu des critiques et des projecteurs depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Un trou de balle est visible dans le pare-brise d'un VUS derrière un périmètre de sécurité.
Le département de la Sécurité intérieure évoque un «acte de légitime défense», après le décès d'une citoyenne américaine, ce que le maire de Minneapolis contredit vivement. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Stephen Maturen

L'ICE, c’est quoi?

L'ICE est l’acronyme d’« Immigration and Customs Enforcement ». Plus simplement, il s’agit de la police fédérale de l’immigration aux États-Unis. Cette agence dépend du département de la Sécurité intérieure, tout comme les agents frontaliers, dont la mission est de surveiller les frontières avec le Mexique et le Canada.

La mission de l'ICE est différente. Cette agence doit avant tout faire appliquer les lois sur l’immigration à l’intérieur du pays et, par conséquent, arrêter et expulser les personnes qui n’ont plus de statut aux États-Unis.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l'ICE n’est pas une création de Donald Trump. Cette agence a été créée dans la foulée des attaques du 11 septembre 2001, bien avant que le futur président américain républicain décide d’en faire le bras armé de sa politique migratoire et de sa chasse aux illégaux en promettant la plus grande opération d'expulsion de l'histoire des États-Unis.

Des manifestants tiennent une pancarte et alimentent des feux de bois devant une barricade faite de bois de palettes.
Au Minnesota, des manifestants réclament le départ de l'ICE après le décès d'une citoyenne américaine. Photo : Getty Images / AFP / CHARLY TRIBALLEAU

Un budget qui a explosé

Donald Trump a tenu parole, en promettant de donner les moyens à ses équipes d’expulser des centaines de milliers de migrants. Avec le One Big Beautiful Act, nom officiel d’une loi budgétaire adoptée en juillet 2025, le milliardaire républicain a triplé le budget de l'ICE.

Outre un budget annuel d’environ 10 milliards de dollars américains, l’administration fédérale a accordé des fonds supplémentaires colossaux de 75 milliards sur 4 ans, notamment pour construire de nouveaux centres de détention et intensifier les opérations d’expulsion.

Avec ce montant, l'ICE est devenue la première force de police fédérale aux États-Unis, avec un budget dépassant désormais largement celui du Bureau fédéral d'enquête (FBI).

Donald Trump, portant sa classique casquette Make America Great Again rouge, se tient dans l'embrasure de la porte d'une cellule dans un centre de détention, où plusieurs lits sont superposés derrière une clôture en grillage.
Donald Trump a largement augmenté le budget de l'ICE et a permis la création de nouveaux centres de détention, comme celui d'Alligator Alcatraz, en Floride, qu'il a visité le 1er juillet 2025. (Photo d'archives) Photo : AFP / Andrew Caballero-Reynolds

Qui est menacé?

Ils [les agents de l'ICE] s'attaquent à tous les immigrants et particulièrement aux immigrants latinos et aux immigrants noirs, estime Tessa Petit, directrice de FLIC, une coalition floridienne qui regroupe une centaine d’organisations.

Leur but n'est pas vraiment d'expulser les criminels, mais d'expulser tous les immigrants.

Une citation deTessa Petit, directrice de FLIC

Dans les faits, l’administration Trump a essentiellement mis fin au statut de protection temporaire (TPS) de centaines de milliers de personnes qui bénéficiaient, jusqu’alors, d’un statut légal aux États-Unis leur permettant de vivre et de travailler librement.

Près d’un demi-million d’Haïtiens pourraient ainsi devoir quitter les États-Unis d’ici le 3 février prochain, date de la fin de leur TPS.

D’autres TPS ont déjà pris fin, notamment ceux de quelque 300 000 Vénézuéliens, qui ont perdu leur statut légal le 3 octobre 2025.

Une autre mesure phare du président démocrate Joe Biden, surnommée le visa Biden, a aussi été jetée à la poubelle l’an passé. Ce programme de visa a permis à environ 530 000 personnes, originaires de Cuba, d’Haïti, du Nicaragua et du Venezuela, d’obtenir un permis de travail aux États-Unis.

Du jour au lendemain, ils sont devenus indésirables et risquent désormais d’être arrêtés et expulsés. Ces politiques ont créé un profond climat de peur dans de nombreux États, où des familles vivent désormais cachées, recluses, par crainte d'être interceptées.

Des manifestants se tiennent derrière une grande banderole avec le message « No deportations » (pas d'expulsions, en français) et brandissent des pancartes.
Aux quatre coins des États-Unis, des manifestations ont déjà eu lieu contre les politiques d'expulsion mises en place par l'administration américaine. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / AFP / DOMINIC GWINN

Un nombre record d’expulsions

Dans les dernières semaines, l’administration Trump s’est vantée d’avoir forcé le départ de « plus de 2,5 millions d’étrangers en situation irrégulière (nouvelle fenêtre) ».

En un an, plus de 605 000 personnes ont été expulsées, indique par voie de communiqué le département de la Sécurité intérieure, prioritairement, souligne l’administration, les plus dangereux des criminels étrangers, afin de rétablir l’ordre public aux États-Unis. Ce qui serait largement exagéré, voire faux, selon de nombreuses organisations américaines.

La grande majorité des personnes arrêtées et détenues ne sont pas des criminels, spécifie Tessa Petit, directrice de FLIC.

Près de 1,9 million de personnes ont aussi accepté de quitter volontairement le pays depuis janvier 2025. Pour encourager les migrants en situation irrégulière à partir d'eux-mêmes des États-Unis, l’équipe de Donald Trump a mis en place une application pour s'autodénoncer, nommée CBP Home (nouvelle fenêtre), tout en promettant un vol gratuit et une somme de 1000 dollars américains (près de 1400 dollars canadiens).

« Ce n’est qu’un début (nouvelle fenêtre) », a dit, à la fin de l’automne, le département de la Sécurité intérieure. [Les migrants en situation irrégulière] entendent notre message : partez maintenant ou vous en subirez les conséquences.

Les prochaines années seront difficiles pour les immigrants. Malheureusement, toutes les lois sont en train d’être changées pour favoriser cette administration, estime l’avocat en immigration, Mark Hamburger, installé en Floride.

Un véhicule de l'Immigration and Customs Enforcement garé dans une rue.
Plusieurs opérations ont été menées par l'ICE à Chicago, en septembre 2025. (Photo d'archives)  Photo : Reuters / Octavio Jones

Des rafles dans les grandes villes

De nombreuses rafles de l'ICE ont été signalées ces derniers mois.

À Minneapolis, l’opération Metro Surge aurait permis, au début de janvier, d’arrêter plus de 1500 étrangers, dont des meurtriers, des pédophiles, des violeurs et des membres de gangs, précise l'ICE.

Quelques semaines plus tôt, d’autres vastes opérations ont été signalées à Chicago. Plusieurs interventions ont aussi été rapportées à Los Angeles, à New York, à Miami, à Charlotte ou encore à Atlanta, provoquant, notamment en Californie, de bruyantes manifestations.

Les arrestations peuvent se faire dans diverses circonstances et en de multiples endroits : au cours d’un contrôle routier, à l’hôpital, sur des chantiers de construction, dans des centres commerciaux ou dans des restaurants.

Dans la majorité des cas, les agents de l'ICE – dont les interventions parfois brutales sont largement relayées sur les réseaux sociaux – opèrent, cagoulés et masqués, avec des véhicules banalisés.

Des publicités chocs

Le gouverneur du Minnesota a invité la population à ne pas adhérer à la propagande de l’administration Trump. De quoi parle-t-il?

Depuis des mois, les publicités se succèdent à la radio et à la télévision. De San Diego à Miami, le message est le même, diffusé sans arrêt aux heures de grande écoute ou sur les plateformes numériques.

On y entend Kristi Noem, la responsable du département de la Sécurité intérieure, menacer les migrants et les travailleurs au noir. Si vous travaillez ici illégalement, vous serez les prochains [à être arrêtés], pouvait-on entendre récemment dans une annonce à la radio.

On va vous trouver et vous expulser, ajoute-t-on dans ces publicités, dans lesquelles l’administration républicaine se targue d’attraper le pire du pire des migrants.

Cette administration a fait croire aux Américains que le pays est envahi par des millions et des millions d’immigrants criminels. Mais la vérité, c’est qu’à la prison d’Alligator Alcatraz, probablement 95 % des détenus n’ont aucun dossier criminel, soutient l’avocat Mark Hamburger, en faisant référence au centre de détention controversé qui a été construit dans un temps record au milieu des Everglades.

Des caricatures diffusées massivement

Cette campagne de relations publiques inonde aussi les réseaux sociaux. La Maison-Blanche et le département de la Sécurité intérieure multiplient la diffusion d’images générées par l’intelligence artificielle mettant en scène l'ICE.

On y voit par exemple des agents habillés en soldats du Moyen Âge, avec une épée et la mention : Les ennemis sont à nos portes. Ou encore, des alligators avec une casquette de l'ICE sur le crâne, en référence à la prison baptisée Alligator Alcatraz.

L’administration Trump n’hésite pas à reprendre également l’image de personnalités, comme celle de Mel Gibson, dans le film The Patriot, un drapeau américain à la main, courant dans un champ, avec l’inscription : Renvoyez-les chez eux.

Une publicité montrant la traditionnelle image de l'oncle Sam, pointant son doigt vers le lecteur, sous laquelle on lit le message « America needs you » (en français : les États-Unis ont besoin de vous) et des montants de 50 000 $ US pour s'enrôler, de 60 000 $ pour rembourser des prêts étudiants et une prime salariale de 25 %.
Une annonce de recrutement de l'ICE. (Photo d'archives)  Photo : Immigration and Customs Enforcement

Une intense campagne de recrutement

Depuis le début de l’année 2025, l’administration Trump a multiplié les annonces de recrutement. Son but : engager 10 000 nouveaux agents en un an, afin de mener à bien sa politique d’expulsion massive de migrants jugés illégaux.

Cette mission a visiblement été accomplie. Selon un communiqué (nouvelle fenêtre) du département de la Sécurité intérieure, diffusé au début de janvier, l'ICE a augmenté ses effectifs de 120 %, passant de 10 000 à 22 000 agents pour l’ensemble du pays.

Ces 12 000 recrues ont notamment pu être séduites par les conditions proposées par l’administration fédérale, qui n’a pas lésiné sur les moyens en promettant une prime à la signature de 50 000 dollars américains (plus de 69 000 dollars canadiens) et même un remboursement du prêt étudiant pouvant atteindre 60 000 dollars américains (plus de 83 000 dollars canadiens).

Par ailleurs, comme on peut le lire sur le site de l'ICE (nouvelle fenêtre), les critères d’embauche ne sont pas un frein. Aucun diplôme de premier cycle n’est par exemple requis, précise l’organisation policière.

Cependant, mentionne-t-on, les agents doivent s’attendre à un certain niveau de risque dans l’exercice de leurs fonctions.

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