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Les États Unis 4 min de lecture

Aux États-Unis, la Cour suprême restreint les découpages électoraux censés favoriser les minorités

Source: France 24::
La Cour suprême des États-Unis, à Washington, le 29 avril 2026. © Alex Wroblewski, AFP
La Cour suprême des États-Unis, à Washington, le 29 avril 2026. © Alex Wroblewski, AFP

La Cour suprême américaine a décidé mercredi qu'une loi emblématique garantissant la représentation électorale des minorités, le Voting Rights Act, n'imposait pas à la Louisiane de créer une seconde circonscription à majorité afro-américaine. Une décision décriée par les démocrates, qui craignent un recul de l'égalité raciale.

La Cour suprême américaine majoritairement conservatrice a invalidé, mercredi 29 avril, la carte électorale de l'État de Louisiane, dans une décision lourde de conséquences pour la représentation au Congrès des minorités, notamment afro-américaines ou hispaniques.

La décision constitue un revers pour les démocrates, engagés depuis plusieurs mois dans une bataille avec les républicains autour du redécoupage électoral dans plusieurs États, avant les élections cruciales de mi-mandat en novembre.

Le parti de Donald Trump s'en trouve en revanche renforcé à long terme. "La décision rendue aujourd'hui par la Cour suprême (...) est une GRANDE VICTOIRE pour l'égalité devant la loi", s'est félicité le président américain sur son réseau Truth Social.

Par six voix contre trois, celles des juges conservateurs contre les progressistes, la Cour a conclu qu'une loi emblématique garantissant la représentation électorale des minorités, le Voting Rights Act, n'imposait pas à la Louisiane de créer une seconde circonscription à majorité afro-américaine.

"Une loi écrite dans le sang, la sueur et le sacrifice d'Américains"

En conséquence, la carte électorale de cet État du Sud "est un découpage inconstitutionnel", tranche le magistrat conservateur Samuel Alito dans son arrêt rédigé au nom de la majorité. Mais pour la juge Elena Kagan, "la décision de la Cour fera reculer le droit fondamental à l'égalité raciale" dans les élections.

Depuis une dizaine d'années, la majorité conservatrice de la Cour a déjà largement vidé de sa substance cette loi phare adoptée en 1965, en plein mouvement des droits civiques, pour empêcher les anciens États ségrégationnistes du Sud de porter atteinte au droit de vote des Afro-Américains.

Pour Samuel Alito, la section 2 du Voting Rights Act, examinée dans cette affaire, a été écrite "afin de faire respecter la Constitution – pas pour entrer en conflit avec elle". "Malheureusement, les juridictions inférieures ont parfois appliqué la jurisprudence de la Cour sur cette section 2 d'une manière qui force les États à se livrer à la discrimination raciale que la Constitution interdit", ajoute-t-il, avec la création de circonscriptions à majorité afro-américaine.

Dans son avis, Elena Kagan estime qu'avec cette décision, cette section devient "lettre morte".

Le chef des démocrates au Sénat a dénoncé un "coup terrible" porté selon lui à ce texte. "Une loi écrite dans le sang, la sueur et le sacrifice d'Américains qui ont marché, combattu et sont morts pour le droit de vote et pour empêcher la discrimination raciale a été une nouvelle fois affaiblie", a condamné Chuck Schumer dans un communiqué.

Barack Obama monte au créneau

Barack Obama, premier président noir de l'histoire des États-Unis, a également critiqué la décision, qui permettra selon lui à certains États de "diluer et affaiblir systématiquement le pouvoir électoral des minorités raciales – tant que cela est fait au nom d'une logique 'partisane' plutôt que d'un 'biais racial' explicite".

Au cœur de l'affaire reposait la question du "gerrymandering", consistant à redessiner les circonscriptions d'un État de manière à diluer le vote d'un parti, avec souvent pour résultat des contours géographiques ubuesques.

Donald Trump a ressorti cette vieille recette de cuisine électorale en 2025, exigeant auprès de plusieurs États, notamment le Texas, un redécoupage de leurs cartes afin de préserver la majorité républicaine au Congrès.

Le Parlement de Floride, à majorité conservatrice, a également voté mercredi pour redessiner les circonscriptions de l'État et permettre aux républicains de gagner jusqu'à quatre sièges supplémentaires à Washington. Face à cette offensive, le Parti démocrate a riposté et procédé à son propre redécoupage dans certains États, principalement en Californie et en Virginie.

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À six mois des législatives, l'impact de la décision de la Cour suprême pourrait d'abord être limité à la Louisiane. Mais à l'avenir, les circonscriptions composées à majorité d'électeurs afro-américains – favorables traditionnellement aux démocrates – pourraient être redessinées dans les États républicains.

En Louisiane, un État dont environ un tiers de la population est noire, les autorités républicaines avaient dû créer une seconde circonscription à majorité afro-américaine, en vertu du Voting Rights Act et à la suite d'une décision de justice. Un groupe d'électeurs blancs de Louisiane avait alors contesté la nouvelle carte électorale, selon eux discriminatoire, et un tribunal leur avait donné raison, considérant que le facteur racial avait prédominé dans le tracé de la circonscription.

Avec AFP

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