Les révélations liées à l’affaire Epstein plongent le premier ministre britannique dans une tempête politique.
Le 20 décembre 2024, Keir Starmer nommait Peter Mandelson comme ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis. Un mois avant le retour au pouvoir de Donald Trump, le premier ministre britannique faisait le pari de l’expérience pour tenter de maintenir cette « special relationship », la relation particulière qui unit Londres et Washington.
Il est vrai que le CV de Peter Mandelson laissait peu de doute sur son expérience politique.
Membre de longue date du Parti travailliste, il a contribué, avec Tony Blair et Gordon Brown, au virage centriste qui a permis à la formation de revenir au pouvoir à la fin des années 1990.
Peter Mandelson a d’ailleurs occupé plusieurs fonctions ministérielles de nature économique dans les cabinets Blair et Brown. Son parcours l’a aussi mené à Bruxelles, où, de 2004 à 2008, il a occupé la fonction de commissaire européen au commerce.
Or, cette longue feuille de route s'accompagne également de failles majeures. À partir du début des années 2000, M. Mandelson a entretenu une relation d’amitié avec Jeffrey Epstein, au point de le qualifier de meilleur ami dans une lettre d’anniversaire en 2003.
Des échanges de messages montrent que cette relation a perduré même après que Jeffrey Einstein eut plaidé coupable à de premières accusations de crimes sexuels sur des mineures en 2008.
Considérant l’ampleur des révélations, en septembre, moins d’un an après sa nomination, Peter Mendelson était démis de ses fonctions d’ambassadeur britannique à Washington.
Toutefois, les révélations ne se sont pas arrêtées avec ce congédiement.
Dans les trois millions de pages liées à l’affaire Epstein rendues publiques par le département américain de la Justice en février, des documents semblent faire état de paiements faits par l’Américain à l’ex-diplomate britannique.
D’autres semblent montrer que Peter Mandelson a fourni à Jeffrey Epstein des informations privilégiées sur des politiques économiques du gouvernement britannique alors qu’il était ministre, après la crise financière de 2008.
Dans la foulée, M. Mandelson a quitté le Parti travailliste et a démissionné de son siège à la Chambre des lords, le Sénat britannique.
Puis l’attention s’est tournée vers celui qui a nommé Peter Mandelson dans un poste aussi névralgique que celui d'ambassadeur aux États-Unis : le premier ministre Keir Starmer.
La semaine dernière, le premier ministre a présenté ses excuses aux victimes de Jeffrey Epstein, affirmant que personne ne connaissait la profondeur et l’obscurité de la relation qu’il entretenait avec son ancien ambassadeur.
Pourtant, des signaux d’alarme semblent avoir retenti.
L’ancienne vice-première ministre Angela Rayner affirme qu’elle avait averti son chef de ne pas nommer Peter Mandelson comme diplomate en chef à Washington, mais qu'on [l']a ignorée. Elle a néanmoins appelé ses collègues à se rallier derrière le premier ministre.
Dimanche, le chef de cabinet du premier ministre, Morgan McSweeney, a présenté sa démission. Ce proche était un véritable architecte des victoires de Keir Starmer, d’abord à la tête du Parti travailliste, puis aux élections générales de 2024.
Lundi, c’était au tour de son directeur des communications, Tim Allan, de quitter son poste. Une manière, a-t-il dit, de permettre à une nouvelle équipe de se bâtir au 10, Downing Street [la résidence du premier ministre].
Rien pour calmer la grogne.
Quelques heures plus tard, le chef du Parti travailliste d’Écosse, Anas Sarwar, appelait Keir Starmer à lui-même démissionner, dénonçant les échecs du premier ministre.
Il faut dire que les Écossais seront appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement en mai et que les récentes frasques du gouvernement à Londres n’ont rien pour aider la branche écossaise du Parti travailliste, déjà à la traîne dans les sondages.
Face à ces turbulences, les membres du Cabinet ont voulu réitérer leur solidarité à l’endroit de leur chef. Keir Starmer a remporté un mandat majeur il y a 18 mois pour appliquer la plateforme travailliste pour laquelle nous avons été élus pour cinq ans, a déclaré David Lammy, l’actuel vice-premier ministre.
En juillet 2024, le parti de Keir Starmer a, après tout, raflé 411 des 650 sièges de la Chambre des communes.
Cependant, l’histoire politique du Royaume-Uni montre bien qu’une majorité n’a pas toujours été gage de protection, surtout quand le parti est en difficulté dans les sondages, comme c’est le cas actuellement pour les travaillistes.
En 1990, la conservatrice Margaret Thatcher a été poussée vers la sortie par les membres de son propre parti, malgré l’obtention d’une majorité de sièges aux élections générales de 1987.
En 2022, Boris Johnson a été contraint de démissionner, alors qu’il avait permis au Parti conservateur de connaître une grande remontée lors du scrutin de 2019. Sa successeure, Liz Truss, n’a été au pouvoir que 45 jours, elle aussi poussée vers la sortie par les membres de son parti.
Pour l’instant, Keir Starmer semble tenir le coup, malgré la grogne au sein du caucus travailliste, qu’il a rencontré lundi soir.
Avec la gestion de l’affaire Epstein, c’est le jugement du premier ministre qui a été mis en doute. Le sort de celui qui, avant la politique, a été ancien directeur des poursuites pénales du Royaume-Uni reste entre les mains de ses députés. Un jury qui a pris la cause en délibéré.