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Somaliland 6 min de lecture

Pourquoi personne n’a reconnu le Somaliland après Israël?

Photo : Getty Images / TONY KARUMBA / AFP
Photo : Getty Images / TONY KARUMBA / AFP

Depuis que l’État hébreu a reconnu officiellement le Somaliland, en décembre 2025, aucun autre pays ne l'a fait. Trois mois plus tard, le Somaliland cherche toujours d'autres appuis. Comment expliquer cette absence de réaction en chaîne?

Le 28 décembre dernier, Israël est devenu le premier État à reconnaître officiellement le Somaliland.

D'abord, un bref retour historique est de mise sur l'indépendance du Somaliland de son voisin : la Somalie.

Ancien protectorat britannique, le Somaliland obtient son indépendance de la Grande-Bretagne le 26 juin 1960.

Puis, le 1er juillet de la même année, la Somalie obtient elle aussi son indépendance de l'Italie. Les deux territoires décident de s'unir pour former la République somalie et tiennent un référendum visant à établir une constitution unifiée l'année suivante. La majorité des Somalilandais votent contre cette unification et le processus dégénère en une guerre civile.

Puis en 1991, le gouvernement somalien s'écroule, le Somaliland s'autoproclame indépendant et considère qu'il s'agissait d'une dissolution volontaire de la même manière que le Sénégal et la Gambie s'étaient unis pour former la Sénégambie avant de se séparer.

Depuis plus de trois décennies, le gouvernement somalilandais fonctionne comme une entité autonome et défend son droit à la souveraineté en revendiquant les mêmes frontières que celles établies par la Grande-Bretagne en 1960.

La reconnaissance ne fait pas long feu

Israël a donc brisé la glace en reconnaissant le Somaliland, à un moment où Israël est de plus en plus isolé en raison de ses actions à Gaza et, aujourd’hui, dans le contexte du conflit au Moyen-Orient, explique le conseiller stratégique et cofondateur de Sahan Research, Matt Bryden, ce qui a certainement freiné la poursuite du processus de reconnaissance.

Le pari que prend Hargeisa en est un à long terme, selon cet expert. À terme, une fois qu’un deuxième État, puis un troisième, et d’autres encore auront reconnu le Somaliland, la question de savoir qui a été le premier n’aura plus vraiment d’importance, indique-t-il.

Toutefois, une autre instance a récemment fait un pas vers la reconnaissance de cet État.

Le géant de la technologie Google a rétabli jeudi les frontières de la République du Somaliland sur ses cartes (Google Maps). L'entreprise avait retiré les délimitations de l'État en septembre 2025, une décision qui avait suscité un mouvement de contestation de la part du gouvernement somalilandais.

Une carte de Google indiquant le Somaliland.
Le géant de la technologie Google a rétabli jeudi les frontières de la République du Somaliland sur ses cartes (Google Maps). Photo : Google Maps

Des voix du Somaliland, des alliés d'Israël et des professionnels chevronnés du secteur technologique des deux camps ont uni leurs forces pour faire reculer cette situation et résoudre le problème, peut-on lire sur une publication du gouvernement sur X.

Cette action d'une multinationale américaine laisse-t-elle présager que l'administration Trump pourrait prendre exemple sur son homologue et allié israélien?

L'armée américaine, plus précisément le Commandement des opérations en Afrique (AFRICOM), visite régulièrement le Somaliland, et certaines informations indiquent que des exercices d'entraînement, voire des exercices conjoints, pourraient avoir lieu au cours des prochains mois, selon M. Bryden.

Plusieurs membres de son administration plaident en faveur du Somaliland, dont le célèbre sénateur du Texas, Ted Cruz, qui a publiquement soutenu cet État de la Corne de l'Afrique.

Ted Cruz et Donald Trump discutent.
Le sénateur américain Ted Cruz et le président Donald Trump s'entretiennent dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 11 décembre 2025. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Alex Wong

Il est plus difficile de dire si cela se concrétisera, concède le conseiller stratégique, qui rappelle que les États-Unis ont aussi des liaisons diplomatiques avec la Somalie.

L'expiration du gouvernement somalien est prévue en mai de cette année et la situation pourrait dégénérer en crise politique et constitutionnelle dangereuse et qui pourrait bien même dégénérer en conflit armé, raconte M. Bryden.

Paraissant très stable comparativement à son voisin, le Somaliland espère faire belle figure en apparaissant plus sûrAvec le temps, tant que le Somaliland restera stable et sûr, les chances d'une reconnaissance ne feront que croître, ajoute-t-il.

La guerre en Iran pourrait-elle accélérer le processus?

Pour le cofondateur de Sahan Researchc'est une situation à double tranchant pour le Somaliland. D'un côté, avec la fermeture du détroit d’Ormuz et les craintes que le conflit ne s’étende au détroit de Bab al-Mandeb et à la mer Rouge en raison de l’implication des Houthis, alliés du régime iranien, le Somaliland bénéficie d’une attention bien plus grande que celle dont il a fait l’objet depuis de très nombreuses années.

Cependant, la réalité est que dans la foulée immédiate de la reconnaissance israélienne, le Somaliland a attiré bien plus de menaces que d’alliés potentiels, précise le conseiller.

Par exemple, les Houthis ne manifestaient pas spécialement pour la cause somalilandaise. Toutefois, depuis la reconnaissance de l'État hébreu, ils ont commencé à s'y montrer défavorables, ainsi qu’envers toute présence israélienne, émiratie, voire potentiellement, d'autres étrangers présents au Somaliland.

Photos d'une foule d'hommes brandissant des armes et des portraits de l'ayatollah Khamenei.
Dans la capitale du Yémen, des partisans des Houthis se sont rassemblés le 1er mars 2026, au lendemain de l'assassinat du chef suprême de l'Iran lors de frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. (Photo d'archives) Photo : afp via getty images / MOHAMMED HUWAIS

Ce que le Somaliland tente, c'est de se présenter désormais comme un partenaire potentiel en matière de sécurité sur la rive sud du golfe d'Aden et comme une base permettant de repousser toute action des Houthis en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, tout en œuvrant pour maintenir ouvert le corridor maritime.

Une citation deMatt Bryden, conseiller stratégique et cofondateur de Sahan Research



L’Union africaine s'y oppose

La position de l'Union africaine sur la reconnaissance israélienne est ferme, elle s'y oppose farouchement. Sa crainte, selon Matt Bryden, est que cette indépendance somalilandaise entraîne d'autres mouvements sécessionnistes dans d'autres régions en Somalie et même ailleurs sur le continent, ce qui pourrait entraîner l’éclatement d’autres pays.

Je pense que cela repose sur un grave malentendu, affirme-t-il.

Le Somaliland revendique son indépendance à l’intérieur des mêmes frontières que celles qui lui ont été attribuées par la Grande-Bretagne lors de son accession à l’indépendance en 1960 et l’Acte constitutif de l’Union africaine, est très clair : l’article 4b stipule que les États membres doivent respecter les frontières qui leur ont été attribuées au moment de l’indépendance.

Les frontières revendiquées par Hargeisa sont donc fondées historiquement, politiquement et juridiquement, précise M. Bryden. Cela ne crée donc aucun précédent, ni pour d'autres régions de la Somalie ni pour d'autres mouvements sécessionnistes à travers l'Afrique, puisqu'il s'agit du seul cas sur le continent qui puisse invoquer ce même fondement juridique.

Je pense que le Somaliland doit simplement mieux faire connaître et comprendre sa cause, peut-être en obtenant dès maintenant l'aide d'Israël et d'autres gouvernements étrangers amis pour expliquer qu'il ne représente pas une menace pour la stabilité régionale ou continentale en ce sens.

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