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Enjeux Internationaux 4 min de lecture

La Russie renforce son empreinte militaire en Afrique, mais peine à tenir ses promesses

Source: Les Echos:::
En livrant ses redoutables chasseurs Su-35 au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, Vladimir Poutine ne fait pas que du commerce : il avance ses pions au coeur de la Corne de l'Afrique. (Photo Igor Ivanko/Pool via Reuters)
En livrant ses redoutables chasseurs Su-35 au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, Vladimir Poutine ne fait pas que du commerce : il avance ses pions au coeur de la Corne de l'Afrique. (Photo Igor Ivanko/Pool via Reuters)

Sous les projecteurs du sommet Russie-Afrique, Vladimir Poutine s'est affiché en protecteur armé et médiateur providentiel. Une vitrine diplomatique rutilante, alors que le Kremlin étend ses tentacules militaires sur le continent. La Russie vend en Afrique ce qu'elle a de moins cher à offrir : sa protection, sans toujours pouvoir la garantir.

Les 28 et 29 octobre, le Kremlin a accueilli les délégations de 48 des 54 pays africains lors du troisième sommet Russie-Afrique. Ils étaient 22 à être représentés par leur chef d'Etat, contre 17 lors du précédent sommet de 2023.

Pour Vladimir Poutine, isolé sur la scène internationale depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, l'événement était une vitrine indispensable. « Nous sommes des alliés naturels », a insisté le président russe, en vantant un monde multipolaire affranchi des « diktats » occidentaux.

Vladimir Poutine a également plaidé pour une représentation accrue de l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais derrière les déclarations de solidarité, les intérêts sont très concrets, à commencer par des débouchés pour son industrie de défense.

Grand écart

En marge du sommet, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé la livraison de 12 avions de chasse russes Su-35 et l'acquisition prochaine de quatre batteries de défense antiaérienne S-400. Le même jour, Moscou proposait de jouer les médiateurs entre Addis-Abeba et son voisin érythréen, avec lequel les tensions se sont ravivées.

Armer d'un côté, jouer les arbitres de l'autre : le grand écart dit l'ambition russe de devenir un acteur incontournable de la sécurité en Afrique.

« La Russie cherche à s'implanter dans la Corne de l'Afrique et le long de la mer Rouge ; la fourniture de ces avions de combat s'inscrit directement dans cette stratégie », analyse Zaynab Hoosen, responsable Afrique au sein du cabinet de conseil en intelligence Pangea-Risk.

Depuis les années 2010, la Russie déploie en Afrique une stratégie d'implantation à bas coût. Initialement menée dans l'ombre par la société militaire privée Wagner, cette présence s'est institutionnalisée à la fin de l'année 2023. Rebaptisée Africa Corps et désormais placée sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, la structure s'appuie sur le même modèle tout en recyclant les effectifs locaux de Wagner.

Au total, Moscou affirme avoir conclu des accords de coopération militaire avec 45 pays africains.

La vague de coups d'Etat survenue au Sahel entre 2020 et 2023, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, a accéléré cet ancrage. En rupture avec la France et les partenaires occidentaux, les nouvelles juntes militaires ont trouvé auprès du Kremlin un partenaire de sécurité idéal, dont l'offre ne pose aucune condition en matière de réformes démocratiques ou de respect des droits humains.

Assurance-vie

« Le schéma est récurrent », selon l'experte de Pangea-Risk. « Après un putsch, la Russie intervient, tisse des liens étroits et permet à ces gouvernements d'assurer leur maintien au pouvoir. »

Plus qu'une simple assistance contre-insurrectionnelle ou la vente d'équipements militaires - qui crée déjà en soi une dépendance technologique à long terme -, la Russie vend une véritable assurance-vie aux dirigeants contestés en assurant directement leur garde rapprochée.

Toutefois, si la méthode séduit les régimes en place, ses résultats opérationnels restent mitigés. Les forces russes se révèlent efficaces pour protéger un palais présidentiel, mais bien moins pour tenir un territoire face aux insurgés. En juillet 2024 à Tinzaouatène, une embuscade des rebelles touaregs et des jihadistes infligeait de lourdes pertes au groupe Wagner et à l'armée malienne. Plus récemment, en avril 2026, la détérioration sécuritaire à Kidal a de nouveau mis en lumière les failles d'un dispositif incapable de sécuriser le Nord-Mali.

Concurrence sino-américaine

« Il s'agit de protéger les régimes, pas de stabiliser les pays », résume Zaynab Hoosen depuis l'Afrique du Sud. « Certes, Moscou peut se targuer de cette réussite, dans la mesure où ces gouvernements sont au pouvoir depuis un bon nombre d'années. Mais au Mali comme au Burkina Faso, la violence sévit toujours. »

À ce bilan sécuritaire déjà mitigé s'ajoute une réalité comptable : la Russie manque de matériel à offrir. Absorbée par son conflit en Ukraine, son industrie de défense réserve l'essentiel de sa production à ses propres troupes. Résultat : ses ventes à l'export s'effondrent. D'après le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), Moscou ne représentait plus que 15 % des importations d'armes africaines sur la période 2021-2025 - contre 24 % en 2019-2023 -, se faisant doubler par les Etats-Unis et la Chine.

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