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Le pétrole vénézuélien, au cœur des actions américaines

Source: Radio Canada
La raffinerie El Palito à Puerto Cabello, au Venezuela, le dimanche 21 décembre 2025.  Photo : Associated Press / Matias Delacroix
La raffinerie El Palito à Puerto Cabello, au Venezuela, le dimanche 21 décembre 2025. Photo : Associated Press / Matias Delacroix

Le Venezuela « vole le pétrole dû aux Américains », selon le président Donald Trump. C’est d’ailleurs la raison qu’il a donnée pour justifier la récente opération militaire au Venezuela. Est-ce le cas? Tour d’horizon.

Ç’a été le plus grand vol de l'histoire des États-Unis, affirme le président américain. Personne n'a jamais volé nos biens comme ils [le Venezuela] l'ont fait. Ils nous ont pris notre pétrole. Ils ont détruit les infrastructures, qui sont aujourd'hui pourries et délabrées, et les compagnies pétrolières vont intervenir pour les reconstruire.

Pour sa part, avant d’être extirpé du Venezuela par les forces américaines, le président Nicolas Maduro accusait les États-Unis de s'emparer des vastes réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes de la planète, en recourant à une force militaire meurtrière.

Pour Yvan Cliche, chercheur et spécialiste en énergie au CÉRIUM, il est clair que le pétrole est au cœur du coup de force au Venezuela.

Rappelons que le Venezuela possède le cinquième des réserves mondiales de pétrole brut – environ 303 milliards de barils.

Le credo fondamental de l’administration Trump, c’est la domination énergétique. Il veut produire un maximum d’énergie fossile, contrecarrer la progression des énergies renouvelables et imposer cette surproduction énergétique dans la gorge des partenaires, explique Yvan Cliche, en entrevue à Midi info.


Des décennies d’intérêt international

En 1922, les géologues de la compagnie Royal Dutch Shell découvrent du pétrole dans le bassin de Maracaibo. Moins d’une décennie plus tard, le Venezuela devient le deuxième producteur mondial d'or noir, derrière les États-Unis.

Dans les années 1930, trois sociétés étrangères – Gulf, Royal Dutch Shell et Standard Oil – contrôlent 98 % du marché pétrolier vénézuélien.

En 1943, le Venezuela adopte une loi sur les hydrocarbures, qui oblige les compagnies pétrolières étrangères à céder la moitié de leurs bénéfices à l'État. En cinq ans, les recettes du gouvernement sont multipliées par six.

Le pétrole devient une véritable manne pour le Venezuela.

En 1960, le Venezuela devient le membre fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), aux côtés de l'Iran, de l'Irak, du Koweït et de l'Arabie saoudite.

En 1973, lorsque l’OPEP impose un embargo de cinq mois aux pays soutenant Israël dans la guerre du Kippour, les prix du pétrole quadruplent. Le Venezuela en profite : en deux ans, plus de 10 milliards de dollars américains s'ajoutent dans les coffres de l’État.

Nationalisation du pétrole

En 1976, le président Carlos Andrés Pérez nationalise l'industrie pétrolière, créant la société d'État Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA). Caracas révoque les concessions d'exploitation accordées dans les années 1920 et 1930.

Une indemnisation d'environ un milliard de dollars est octroyée aux compagnies américaines qui ont perdu leurs concessions, dont Exxon, Mobil et Gulf Oil (désormais Chevron).

Les compagnies étrangères peuvent toutefois obtenir un droit d’extraction et de commercialisation, à condition de payer des redevances sur les ventes au gouvernement vénézuélien.

En obtenant des concessions, ces sociétés étrangères ne deviennent pas propriétaires du pétrole sur le territoire vénézuélien. Les ressources pétrolières et gazières appartiennent à la nation.

Hugo Chavez porte un chapeau de cowboy.
L'ex-président, Hugo Chavez, lors d'une visite à la raffinerie Petrozuata en 2001 Photo : Reuters / Kimberly White

Les exportations de pétrole vénézuélien chutent après l'élection d'Hugo Chavez en 1998, notamment lorsqu'il renforce en 2007 le contrôle de l'État sur les actifs des compagnies pétrolières américaines opérant dans le pays.

Dans ce contexte, seuls quelques producteurs occidentaux de pétrole et de gaz demeurent, dont Chevron, ainsi que l'italienne Eni et l'espagnole Repsol.

Ce n’est pas vrai que le pétrole a été volé aux compagnies américaines. Elles n’ont pas accepté les conditions de Chavez, dit Marie-Christine Doran, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, à Radio-Canada.

En 2019, un tribunal de la Banque mondiale ordonne au Venezuela de verser 8,7 milliards de dollars américains à la pétrolière américaine ConocoPhillips à titre de compensation. Cette somme n'a pas été payée par le Venezuela.

L’ère des sanctions

La corruption, la mauvaise gestion et le sous-investissement ont affaibli l'industrie pétrolière du Venezuela. L’ajout de sanctions américaines a sans contredit accéléré son déclin.

Le Venezuela aurait pu produire autant que le Canada si ce n’avait pas été mal géré. Ça aurait été un pays florissant, comme dans les années 90, croit Yvan Cliche.

En 2006, le président républicain George W. Bush impose des sanctions contre le Venezuela pour manque de coopération du gouvernement vénézuélien dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants.

En 2014, un an après l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro, le président démocrate Barack Obama annonce de nouvelles sanctions, cette fois pour violation des droits de la personne par le gouvernement.

Au même moment, les prix du pétrole s’effondrent (de 100 $ US le baril en 2014 à moins de 30 $ US le baril en 2016). Cela plonge le Venezuela dans une catastrophe économique : l’inflation atteint 130 000 % en 2018.


En 2017, le président républicain Donald Trump durcit les sanctions contre le Venezuela dans le but de renverser Maduro. En 2019, il bloque toutes les exportations de pétrole brut vers les États-Unis.

En novembre 2022, Washington accorde à l'entreprise Chevron une licence à court terme pour reprendre la production et les exportations de pétrole vénézuélien. Cette licence est renouvelée par l’administration Biden en 2023.

En décembre 2025, les États-Unis annoncent de nouvelles sanctions contre des transporteurs de pétrole vénézuélien et mettent en place un blocus naval contre le Venezuela, qu'ils accusent de financer le narcoterrorisme.

Toutes ces sanctions ont limité la capacité du Venezuela à vendre du pétrole brut. Si le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole du monde, le pays ne produit qu’un million de barils de pétrole brut par jour, soit 0,8 % de la production mondiale.

En 2023, le Venezuela a exporté 4,05 milliards de dollars américains de pétrole brut, bien en deçà de l'Arabie saoudite, des États-Unis et de la Russie.


Grâce aux sanctions américaines, la Chine a profité de la situation, devenant l’un des principaux acheteurs de pétrole du Venezuela.

En mars 2025, l’administration Trump impose des droits de douane de 25 % sur toutes les marchandises importées aux États-Unis en provenance de tout pays qui importe du pétrole vénézuélien, directement ou indirectement.

Les États-Unis pourront-ils vraiment accéder à ce pétrole?

Les compagnies pétrolières [américaines] vont intervenir et reconstruire leur système, a promis le président Trump. Il a affirmé que l'industrie pétrolière américaine pourrait être opérationnelle au Venezuela d'ici 18 mois.

Une raffinerie.
Une raffinerie de pétrole brut lourd exploitée par la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA, dans l'État d'Anzoategui, au Venezuela. Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Toutefois, la tâche ne sera pas simple, estime Yvan Cliche.

Ça ne se fera pas à court terme. Le secteur est en piètre état. Ils ne pourront pas augmenter de façon significative leur production sans investissements. Il faudra des conditions politiques et réglementaires minimalement stables et propices pour faire des affaires. Il faut un prix de l’énergie qui permet de rentabiliser l'extraction et la distribution du pétrole. Si les prix restent bas, il n’y a pas d’incitatif à le faire, dit-il.

Selon la société d'État PDVSA, les oléoducs du Venezuela n'ont pas été modernisés depuis 50 ans. Le coût de la mise à niveau des infrastructures pour revenir à des niveaux de production optimaux s'élèverait à 58 milliards de dollars américains.

Sans compter qu’en 2002-2003, le président Chavez a licencié 23 000 travailleurs expérimentés de la PDVSA pour avoir participé à une grève, réduisant ainsi l’expertise technique de la société.

Trump a reconnu que l'armée américaine pourrait devoir maintenir une présence à long terme sur le terrain pour sécuriser les infrastructures pétrolières du Venezuela.

Il a aussi admis qu’une somme colossale devra être dépensée, et les compagnies pétrolières la dépenseront, puis elles seront remboursées par nous ou grâce aux recettes.

Selon l'agence de presse Reuters, les trois plus grandes compagnies pétrolières américaines – Exxon Mobil, ConocoPhillips et Chevron – n'ont pas encore eu de discussion avec l'administration Trump à ce sujet.

Entre-temps, le 6 janvier, Donald Trump a annoncé que les autorités par intérim du Venezuela livreraient jusqu'à 50 millions de barils de pétrole qui sera transporté par cargos et acheminé directement vers les quais de déchargement aux États-Unis.

Ce pétrole sera vendu au prix du marché, et cet argent sera contrôlé par moi-même, en tant que président des États-Unis d'Amérique, afin de garantir qu'il soit utilisé au profit des peuples du Venezuela et des États-Unis! a écrit M. Trump sur son réseau Truth Social.

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