L'opération « Absolute Resolve », dans la nuit de samedi à dimanche, a permis aux Etats-Unis de capturer le président vénézuélien. Dans l'ombre, les services secrets américains préparaient cette attaque de longue date.
Par Hortense Goulard
1 h 30 du matin à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump en Floride. Le président des Etats-Unis regarde en direct, sur plusieurs écrans de télévision, le raid qui a permis la capture du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. « Si vous aviez vu la vitesse, la violence… C'est une chose incroyable », s'extasie-t-il quelques heures plus tard sur Fox News.
L'opération « Absolute Resolve » (« Détermination Absolue »), qui a suscité de vives réactions dans le monde entier, a en réalité commencé il y a plusieurs mois. Depuis cet été, le gouvernement américain a commencé à amasser des navires de guerre, des avions de combat et environ 15.000 soldats à proximité du Venezuela.
La CIA a mené des opérations pour recruter des agents à l'intérieur du pays, tandis que le Pentagone publie des vidéos de Marines s'entraînant à des vols de nuit et au combat de proximité. Ces derniers mois, les Etats-Unis ont multiplié les frappes contre des bateaux au large des côtes vénézuéliennes, officiellement afin de lutter contre le trafic de drogue, et intercepté deux pétroliers.
Malgré cette escalade, l'opération armée visant à capturer le président vénézuélien, dans la nuit de samedi à dimanche, a pris le monde par surprise. Récit des mois de préparatifs qui ont permis aux Etats-Unis de frapper Caracas.
Un proche recruté par les services secrets
En août, les Etats-Unis ont commencé à suivre de près les mouvements de Nicolas Maduro, notamment grâce à l'un de ses proches, recruté par les services secrets américains. Une équipe d'espions infiltrés au Venezuela suivait « comment il se déplaçait, où il vivait, comment il voyageait, ce qu'il portait, quels étaient ses animaux de compagnie », liste le général Dan Caine, le président des chefs d'état-major interarmées devant des journalistes.
Ces informations étaient nécessaires à la préparation du raid de samedi soir. En raison des tensions avec les Etats-Unis, le président vénézuélien changeait sans cesse de résidence, se déplaçant entre six et huit endroits différents. Les services secrets américains n'étaient généralement prévenus qu'à la dernière minute de l'endroit où Maduro allait passer la nuit.
Publiquement, les membres de l'administration Trump niaient toute velléité de précipiter un changement de régime dans le pays. En réalité, les équipes du président américain étaient divisées sur la pertinence de cette opération, une frange des supporters Maga étant réfractaires à toute intervention militaire extérieure. C'est finalement Donald Trump qui a décidé de capturer le président vénézuélien, accusé d'avoir utilisé ses fonctions pour favoriser le narcotrafic.
Tout était prêt pour cette opération à partir de fin décembre. Nicolas Maduro, inquiet, a tenté une dernière fois de négocier, en offrant aux Etats-Unis d'avoir accès au pétrole vénézuélien. Washington était prêt à accepter ce plan, à condition que le président parte en exil en Turquie. Mais ce dernier aurait refusé net, scellant ainsi son sort.
Couple présidentiel en attente de son jugement
De premières tentatives pour lancer l'opération ont échoué à cause du mauvais temps. Donald Trump aurait confié au Pentagone le soin de décider du meilleur moment pour frapper. Avant de valider une opération vendredi soir à 22 h 46, selon le « Wall Street Journal ». « Bonne chance et bon vent », aurait-il déclaré aux militaires.
Le président a ensuite suivi pas à pas le déroulé de l'opération, depuis sa retraite de Mar-a-Lago. 150 jets ont décollé de 20 endroits différents et convergé vers la capitale du Venezuela. Les premières explosions se font entendre vers 1 h 30, heure locale. Des habitants de Caracas ont filmé des avions de guerre américains volant à basse altitude, au milieu de la fumée.
Des drones sont chargés de mettre hors d'état de nuire les systèmes de défense antiaériens vénézuéliens. Avec succès : les forces armées américaines ne déplorent aucun décès, selon Donald Trump. De leur côté, les autorités vénézuéliennes ont mentionné des morts et des blessés, sans préciser leur nombre. A 2 heures du matin, une équipe de forces spéciales américaines envahit le complexe qui abrite Nicolas Maduro. L'un de leurs hélicoptères est pris pour cible par les gardes vénézuéliens et endommagé. Les forces armées américaines répliquent à leur tour en ouvrant le feu.
Après avoir tenté de se réfugier dans un bunker, le président vénézuélien et sa femme se rendent aux Américains. Une heure et demie plus tard, vers 3 h 30 du matin, le couple était à bord du USS Iwo Jiwa, à destination des Etats-Unis. Ils sont arrivés samedi soir à New York, emprisonnés en attendant leur jugement.a