A l'appel du syndicat USB, près d'un million de personnes sont descendues dans la rue à travers toute l'Italie pour protester contre l'inflation et la hausse des budgets militaires. Entre contestation étudiante et colère des travailleurs, ce mouvement d'une ampleur inédite met sous pression le pouvoir à l'approche des législatives.
Par Olivier Tosseri
Mobilisation générale contre la vie chère en Italie. Des cortèges ont rassemblé près d'un million de personnes selon les organisateurs dans une soixantaine de villes du pays. A l'appel du syndicat USB qui avait proclamé une journée de grève nationale des dizaines de milliers de salariés ainsi que de nombreux chauffeurs routiers et des agriculteurs ont battu le pavé avec les étudiants.
Tous dénoncent l'explosion du coût de la vie et des carburants enregistrée ces derniers mois, tout en s'opposant à la hausse des budgets militaires. De Naples à Turin et de Rome à Gênes un même mot d'ordre « Baissez les armes, augmentez les salaires. Bloquons tout ! ».
Une colère qui ne cesse de monter
Cette journée de mobilisation nationale s'inscrit dans le sillage de plusieurs semaines de contestation étudiante et lycéenne mais aussi par le mouvement des chauffeurs routiers et des agriculteurs qui ont bloqué pendant plusieurs jours les autoroutes du sud du pays provoquant des pénuries. « L'ampleur de ces manifestations est inédite, constate le sociologue Lorenzo Zamponi. On a assisté à des cortèges importants en dehors des chefs-lieux de province ce qui est très rare en Italie. La composante principale de ce mouvement demeure la jeunesse, l'Italie s'inscrivant dans une dynamique européenne qui touche notamment la France, l'Espagne ou l'Albanie. »
Pour éviter les heurts du 17 octobre dernier au cours desquels le centre-ville de Milan avait été mis à sac par des pilleurs, le gouvernement avait déployé un imposant arsenal répressif. Malgré quelques échauffourées avec les forces de l'ordre, les défilés se sont déroulés dans le calme. Les fonds débloqués pour soutenir les routiers et les agriculteurs ainsi que les mesures d'aides aux jeunes et aux ménages annoncées dans le prochain budget sont jugés insuffisants.
« L'inflation qui repart à la hausse et l'explosion des prix de l'énergie alimentent la colère grandissante des Italiens tout en mettant en évidence la réponse inadaptée du gouvernement Meloni, estime Lorenzo Zamponi. La jeunesse qui s'est déjà fortement mobilisée pour Gaza, exprime cette fois une frustration accumulée en se sentant sans avenir et sacrifiée avec une crise du logement dont elle est la principale victime. Elle s'impose comme le principal moteur d'un mouvement social et se pose en facteur de convergence des luttes. »
Une opposition pour l'instant inaudible
Un risque que Giorgia Meloni souhaite à tout prix conjurer. Elle s'est lancée dans la campagne électorale pour les législatives qui devraient avoir lieu au printemps prochain. « La réponse du gouvernement est pour l'instant presque exclusivement sécuritaire au détriment de réponses sociales concrètes, déplore Lorenzo Zamponi. Le gouvernement semble fermement décidé à axer sa stratégie sur le thème de la 'femme forte' brandie comme l'unique rempart contre le chaos. Criminaliser des manifestants pacifiques aura ses limites mais la réaction de l'opposition reste pour l'instant timide pour ne pas prendre de risque d'être amalgamée aux éventuels casseurs. Les thèmes en faveur de plus de justice sociale qui trouvent un certain écho actuellement dans l'opinion publique devraient pourtant lui être favorables. Si elle ne s'en saisit pas, ça sera une occasion ratée. »
La CGIL, le principal syndicat italien, a convoqué une journée de grève générale le 20 novembre prochain. Ce mouvement de grève nationale de 24 heures touchera l'ensemble des secteurs publics et privés (écoles, transports, santé, administration). Il contestera les récents choix budgétaires du gouvernement et exigera des réponses concrètes sur l'inflation et la précarité.
Olivier Tosseri (Correspondant à Rome)