Meeting et contre meeting étaient organisés, vendredi, à Cottbus, au sud-est de Berlin, où l'extrême droite est solidement implantée. Les élections législatives ont lieu dimanche en Allemagne.
L'Allemagne vit les dernières heures d'une campagne législative tendue où l'extrême droite en dynamique aura imposé ses thématiques. Les conservateurs de la CDU partent largement favoris, dimanche 23 février, alors que les sociaux-démocrates du SPD sont annoncés en net repli. Mais c'est surtout le score de l'AfD qui sera observé à la loupe, il inquiète une partie de la population, qui se mobilise.
Exemple à Cottbus, ville de 100 000 habitants située à 120 km au sud-est de Berlin. L'extrême droite y a enregistré un de ses meilleurs scores aux dernières législatives en 2021. Elle tenait meeting, vendredi soir, sur une place du centre-ville. Pendant qu'à quelques dizaines de mètres, des opposants tenaient une contre-manifestation. Deux places, deux ambiances et une confrontation à distance.
Du thé et du café pour financer l'aide aux réfugiés, quelques drapeaux de Die Linke, le parti de gauche allemand, et la pancarte brandie par Manolo, bonnet rose vissé sur la tête : "Le fascisme tue nos enfants". "Les vieux ressentiments, les vieilles discriminations, remontent à la surface, dit-il. Tous ces gens qui refusent de l'aide à ceux qui en ont besoin, en voulant fermer les frontières."
"Le risque d’une guerre comme celle qu’on a connue autrefois se rapproche et la génération qui vient pourrait y être confrontée malgré elle."
Manoloà franceinfo
Un peu plus loin, Michaël et Gudrun, un couple de septuagénaires venu en famille avec enfants et petits-enfants. Elle est une ancienne professeure de français : "Ma petite-fille qui a presque 18 ans me raconte qu'au lycée beaucoup de jeunes sont favorables à l'AfD. J'ai peur que les gens votent sans réfléchir pour l'extrême-droite. L'histoire pourrait se répéter, oui, c'est ce que l'on craint, et on essaie de lutter contre".
"L'AfD va mener le pays à la rupture"
Jenny a l'âge d'être la petite fille de Gudrun. Elle redoute, elle aussi, le point de rupture : "Je veux combattre pour mes droits, pour que l'AfD ne remporte pas l'élection. L'Allemagne est en danger et j'espère que les gens vont réfléchir car si on n'arrive pas à redresser la situation, l'AfD va mener le pays à la rupture." L'atmosphère est bon enfant, les chansons militantes sagement entonnées en canon devant le bel alignement de façades baroques de l'Altmarkt.
Toute autre ambiance, à un jet de pierre de là, sur Oberkirchplatz, à l'ombre du clocher de l'église Saint-Nicolas : sono tonitruante, barnums aux couleurs bleu clair de l'AfD, bière et saucisses à la buvette. Et ce jeune homme de 21 ans qui se proclame "pur Allemand". "Dans ce pays, il y a une guerre civile, affirme le jeune homme. Les gens qui vivent ici doivent se réveiller et comprendre qu'on ne peut pas continuer comme ça."
"Nous sommes là pour défendre l'Allemagne alors que la gauche veut faire venir toujours plus d'étrangers."
Un militant de l'AfDà franceinfo
"C'est une campagne contre les électeurs"
Dans l'assistance, tous les âges et des conditions sociales diverses mais les thèmes sont récurrents : insécurité, déclin économique et cette submersion migratoire que le camp adverse récuse, à la satisfaction de René Springer, député AfD sortant du Brandebourg, en campagne pour sa réélection : "Chaque fois que l'AfD organise un événement et qu'il y a une contre-manifestation, c'est positif pour nous, cela montre que nous appuyons là où ça fait mal et évidemment nous suscitons des résistances. Bien sûr qu'il y a une campagne contre nous, mais le pire c'est que c'est une campagne contre les électeurs."René Springer est plus que jamais confiant pour dimanche : à Cottbus l'AfD est arrivée en deuxième position il y a quatre ans avec un peu moins de 26% des voix. Elle vise, cette fois, la première place.