Pour la première fois depuis la chute du Troisième Reich, l'extrême droite est en position de gouverner un Land en Allemagne. Le géopolitologue Dominique Moïsi décrypte les multiples facettes d'un scrutin historique.
Par Dominique Moïsi (géopolitologue, conseiller spécial de l’Institut Montaigne.)
« Wir sind Ein volk » (Nous sommes un peuple), proclamaient les manifestants qui défilaient à Berlin Est, quelques jours même avant la chute du mur. Je m'en souviens comme si c'était hier. Du balcon de mon hôtel à Berlin Ouest, leurs voix me parvenaient avec une extraordinaire clarté. L'Histoire était en marche. Quelques mois plus tard, la République de Pankow n'existerait plus.
« Wir sind Das wolk » (Nous sommes le peuple). Les mots sont presque les mêmes, mais tout a changé. L'appel à la liberté derrière une Allemagne unie a laissé place à la dénonciation des élites ouest-allemandes. Avec le passage du temps, les fantômes du passé nazi auraient-ils laissé place à « l'Ostalgie » (la nostalgie de la RDA) ?