Même les États-Unis s’en mêlent. Washington a assuré dimanche 4 octobre "suivre la situation de près" et a appelé les autorités russes à partager "rapidement" des "informations fiables" sur la mort suspecte d’une laborantine de l’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk en Sibérie.
De son côté, la Russie se veut rassurante. La situation "sanitaire et épidémiologique dans la région d’Irkoutsk est stable", a indiqué dimanche l’agence russe de santé publique Rospotrebnadzor. Elle a aussi précisé que la jeune femme de 28 ans morte deux jours plus tôt à l’hôpital de district de Chelekhov était morte d’une "pneumonie d’origine inconnue".
Plusieurs hôpitaux en quarantaine
Les autorités russes ont surtout pris soin de ne pas prononcer le mot de "peste", qui est pourtant sur toutes les lèvres dans cette région reculée de Sibérie où les mesures sanitaires semblent pourtant se multiplier.
Plusieurs hôpitaux, y compris une maternité et un centre pédiatrique, ont été placés en quarantaine pour trois semaines, ont constaté les médias locaux. Les ouvriers de l’usine d’aluminium d’Irkoutsk doivent dorénavant porter des masques de protection, a noté le média indépendant russe Meduza. "Mieux vaut prévenir que guérir", a expliqué Artem Fominykh, le directeur de la fonderie, sur son compte Telegram.
Sur place, des médecins "n’hésitent plus à parler de peste, mais ce diagnostic n’est pas inclus dans les rapports hospitaliers", a assuré le média indépendant russe People of Baikal en citant des sources anonymes.
Darya Shipilova, une laborantine de l’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk en Sibérie, a été hospitalisée mardi dernier, puis a été traitée – officiellement – pour une "infection particulièrement dangereuse"... avant de mourir trois jours plus tard.
La piste de la peste
Très vite, une rumeur suggère qu’elle serait morte de la peste et différentes explications sur les circonstances de son décès circulent. La première fait état d’un voyage en Thaïlande au cours duquel la victime serait tombée malade, avance Meduza.
Un journaliste d'Irkoutsk, Pavel Stepanov, développe, lui, une autre piste qui va rapidement s’imposer : celle d’un accident à l’Institut de recherche antipeste. Le 25 septembre, Darya Shipilova aurait cassé un tube contenant le pathogène de la peste pulmonaire, qui l’aurait ensuite infectée.
La peste pulmonaire est la seule forme de cette maladie mortelle qui se transmet entre êtres humains. Elle est aussi considérée comme la plus dangereuse : l’Organisation mondiale de la santé assure que faute d’être traitée très rapidement, "elle est toujours mortelle et elle est particulièrement contagieuse". Il existe des antibiotiques permettant à une personne atteinte de survivre, mais elle doit les prendre très vite : les symptômes – forte fièvre, toux sanglante – peuvent apparaître moins de 24 heures après l’infection, et le patient risque de mourir en moins de trois jours.
Le dernier cas officiellement recensé de peste en Russie remonte à 2016 dans la région voisine de l’Altaï. Il s’agissait alors d’un jeune garçon souffrant de peste bubonique, qui a survécu à la maladie grâce à un traitement rapide.
Auparavant, il faut remonter à 1939 pour trouver un précédent officiellement documenté d’épidémie de peste pulmonaire à Moscou.
Long silence des autorités
Pas étonnant dans ces circonstances que les rumeurs d’un retour de la peste à Irkoutsk ont rapidement circulé dans toute la région. Surtout que depuis jeudi dernier, les habitants d’Irkoutsk ont pu constater l’apparition d’agents du FSB – le service de sécurité intérieure – accompagnant des ambulances en ville. Les autorités ont ensuite expliqué que près de 200 individus ayant été en contact avec la victime de "l’infection très dangereuse" avaient été placés en quarantaine.
La machine à rumeurs s’est nourrie de l’absence presque totale de communication officielle pendant près de 48 heures. Après avoir annoncé, vendredi, la tenue d’une réunion de la commission antiépidémique et la mise en place de mesures appropriées, le gouverneur de la région Igor Kobzev n’a plus fait de commentaires.
Plusieurs autorités et médias locaux ont pourtant évoqué dès samedi matin la possibilité d’un décès lié à la peste… mais ils ont tous effacé leurs messages par la suite, a noté le site People of Baikal.
Conséquence de ce flou sanitaire : les pharmacies d'Irkoutsk et des villes voisines "ont été prises d’assaut" pour se procurer des antibiotiques efficaces contre la peste, a constaté People of Baikal, qui a contacté des résidents.
Dimanche, le gouverneur de la région d'Irkoutsk a finalement évoqué la situation sanitaire… en troisième place de son bulletin dominical, après la hausse des attaques d’ours et la campagne de vaccination contre la grippe.
Son message – identique à celui de Rospotrebnadzor – a été d’assurer qu’"aucun micro-organisme lié à son activité professionnelle n’a été détecté dans les prélèvements" de la victime de l’Institut de recherche antipeste. Une manière pour les autorités d’écarter sans le dire expressément la thèse d’un accident de laboratoire… sans pour autant donner plus d’information sur les circonstances d’un décès qui intéresse jusqu’à la Maison Blanche.