En fin de semaine dernière, les indices boursiers américains ont touché de nouveaux records en dépit de données économiques médiocres. Les investisseurs parient massivement sur une reprise des baisses de taux de la Fed le mois prochain.
Les investisseurs américains n'écoutent que ce qu'ils veulent bien entendre. Le pari de Wall Street d'une baisse des taux de la Réserve fédérale en septembre a porté les indices new-yorkais à un record, vendredi dernier. En dépit de la publication de données à même de remettre en cause ces perspectives.
Témoins, les prix à la production (PPI), publiés jeudi. L'indice, qui mesure l'inflation pour les producteurs, a avancé de 0,9 % sur un mois en juillet, sa plus forte progression depuis juin 2022 et un chiffre bien supérieur aux attentes des analystes. Les prix à l'importation publiés vendredi, ainsi que les anticipations d'inflation calculées par l'université du Michigan, ont aussi surpris à la hausse.
Records
Le S&P 500, l'indice phare de Wall Street, a pourtant inscrit un record vendredi, à 6.481 points. Le Dow Jones a également touché un plus haut le 15 août, à 45.204 points. Et l'appétit pour le risque ne concerne pas que les actions. L'écart de taux (spread) entre les titres d'Etat et le crédit de bonne qualité (« investment grade ») aux Etats-Unis a atteint vendredi un plus bas depuis 1998 à 77 points de base (pb), signe d'une confiance à toute épreuve dans l'économie américaine.
De fait, le scénario central demeure celui d'un assouplissement monétaire important de la part de la Fed. Les opérateurs estiment que le taux directeur diminuera d'à peu près 125 pb au cours des 12 prochains mois pour redescendre à environ 3 %, une projection quasi stable depuis début août. Selon les investisseurs, la faiblesse des marchés du travail américains mise en évidence par les données publiées au début du mois contraindra la banque centrale à baisser ses taux pour éviter l'accident.
Si des conditions financières plus favorables profitent aux actifs risqués, l'ampleur de l'assouplissement attendu interroge. « Les marchés se retrouvent dans une drôle de situation. D'une part, les actifs risqués sont soutenus par énormément d'optimisme. Mais les opérateurs parient sur plus de 100 pb de baisse de taux pour la Fed, un scénario plus compatible avec un ralentissement ou une récession », résume Henry Allen, stratège chez Deutsche Bank.
Dilemme
Ce scénario laisse peu de place à l'erreur, d'autant que le choix est loin d'être tranché pour la banque centrale. Jerome Powell, le président de la Fed, a précisé au cours de la dernière réunion de politique monétaire que le taux de chômage était l'indicateur déterminant pour analyser les dynamiques de l'emploi. Or, celui-ci est resté stable à 4,2 %.
Et les dernières données témoignent des répercussions économiques des droits de douane, en particulier sur la dynamique des prix. « Non seulement le commerce explique une part importante de la surprise (des données PPI de jeudi), mais cette contribution s'accompagne également d'augmentations de prix non liées au commerce », remarque Florian Ielpo, responsable de la recherche chez Lombard Odier IM. « L'impact transitoire des tarifs douaniers devient maintenant évident dans les données économiques américaines. »
En dépit de l'intense pression politique, la Fed pourrait donc devoir maintenir ses taux à des niveaux élevés afin de juguler l'inflation. « Un ajustement des anticipations de marché cette semaine n'est pas totalement exclu si Powell décide de tempérer les espoirs excessifs d'une baisse des taux en septembre », juge Kenneth Broux, stratège chez Société Générale. Le colloque de Jackson Hole, grand-messe de politique monétaire qui débutera jeudi soir, pourrait justement permettre à la Fed d'ajuster les attentes des investisseurs.
Les droits de douane pourraient en outre commencer à peser sur les résultats des entreprises américaines. Les bons résultats du premier semestre ont été le deuxième moteur de la performance de Wall Street ces dernières semaines. Au deuxième trimestre, la marge bénéficiaire nette des groupes du S&P 500 est restée pour la cinquième fois consécutive supérieure à 12 %, selon des données FactSet.
Or, Goldman Sachs calcule que désormais, les trois quarts de la facture des droits de douane seront absorbés par les consommateurs et les entreprises aux Etats-Unis. De quoi éroder la consommation et mettre les marges sous pression.