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Guerre commerciale : Face à Trump, le Canada défend la langue française et sa souveraineté

Source: France 24::
Le premier ministre canadien a évoqué la défense de la langue française face aux pressions américaines. Une raison pour laquelle il a claqué la porte des négociations avec les États-Unis. © Studio graphique France Médias Monde
Le premier ministre canadien a évoqué la défense de la langue française face aux pressions américaines. Une raison pour laquelle il a claqué la porte des négociations avec les États-Unis. © Studio graphique France Médias Monde

Mark Carney a affirmé, lundi, que les États-Unis avaient fait des demandes “inacceptables” qui “auraient mis en péril la culture et la langue française” au Canada. Le Premier ministre canadien en a fait une des raisons pour lesquelles il a claqué la porte des négociations avec Washington.

"La blague est finie". C’est en français que Mark Carney, le Premier ministre canadien, a confirmé, lundi 24 août, que la langue de Molière figurait parmi les raisons, et non des moindres, de sa décision de mettre un terme aux négociations avec les États-Unis.

Mais comment le français - l’une des deux langues officielles au Canada avec l’anglais depuis 1969 - a-t-il pu devenir un obstacle à des négociations économiques et tarifaires entre Washington et Ottawa?


Défendre le français serait discriminatoire pour Washington

Le chef du gouvernement canadien a assuré que Washington avait formulé des exigences qui auraient affaibli les protections du français prévues par la législation fédérale et la réglementation au Québec. Le français est la langue principale d’environ 85 % de la population de la province. Le Canada "ne pouvait pas accepter" un accord qui aurait "mis en péril la culture et la langue française" dans le pays, a soutenu Mark Carney.

Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, a nié toute hostilité envers le français, ajoutant qu’il "appréciait les Québécois" et le fait qu’ils soient francophones. Le négociateur américain a qualifié les allégations canadiennes de "fake news amusantes", tout en reconnaissant que certaines règles canadiennes à ce sujet n’étaient pas appréciées par les entreprises américaines.

"L’administration Trump se fait le porte-voix des milieux d’affaires américains qui estiment injustes certaines lois comme l’obligation du double étiquetage [français et anglais] sur les produits vendus au Canada ou encore une réglementation au Québec qui contraint des plateformes comme Netflix à optimiser leur algorithme de recommandations pour mettre en valeur les contenus en français", explique Andrew Gawthorpe, spécialiste de la politique étrangère américaine à l’université de Leyde aux Pays-Bas.

 

Image de couverture : © France 24


Washington soutient que ces règles de protection linguistique constituent "autant de mesures discriminatoires qui favorisent les concurrents canadiens et francophones des entreprises américaines, obligées de prévoir des coûts supplémentaires de traduction et de mise en conformité", explique Christian Lammert, spécialiste des relations américano-canadiennes à l’institut John F. Kennedy de l’université libre de Berlin.


Netflix contre le français au Québec ?

Un argument qui peine à convaincre entièrement. "Les entreprises américaines qui exportent en France ou en Allemagne sont bien obligées de produire des étiquetages dans la langue locale et trouvent ça normal", soutient Craig Moyes, directeur du réseau de recherche sur le Québec et le Canada francophone au King’s College de Londres.

L’opposition des plateformes numériques américaines comme Netflix à l’obligation de mettre en avant les contenus francophones "est un nouveau front de bataille commercial, qui devient particulièrement important", juge Christian Lammert.

Les géants américains de la Tech ont trouvé une oreille attentive à la Maison Blanche depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, tandis que "des réglementations qui renforcent encore davantage la protection du français au Québec, notamment dans le domaine numérique, ont été adoptées pas plus tard que l’an dernier", souligne James Kennedy, directeur du Centre d’études canadiennes à l’université d’Édimbourg.


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Face à ces pressions américaines, Mark Carney "a clairement fait de la protection du français une ligne rouge qu’il refusera absolument de franchir lors de ces négociations commerciales", assure James Kennedy.

Dans ce contexte, la question du français peut-elle mettre durablement à mal les relations entre les deux pays voisins ? Pour les experts interrogés, la protection de cette deuxième langue officielle n’est pas qu’une question commerciale. "Céder sur ce point face aux pressions américaines reviendrait à renoncer à une part de souveraineté", assure Craig Moyes. Car cela signifierait que les intérêts commerciaux américains s’imposent face à la volonté du peuple qui s’est exprimée lors de l’adoption au Parlement des lois de protection du français.

Une question de souveraineté pour le Canada

C’est "une question d’autant plus sensible qu’elle intervient alors que Donald Trump a répété à plusieurs reprises qu’il voulait que le Canada devienne le 51e État américain. Dans ce contexte, le respect des deux langues officielles représente aux yeux des Canadiens un aspect essentiel de l’identité nationale qu’il convient de préserver", explique Andrew Gawthorpe.

À ce titre, Mark Carney n’a pas d’autre choix que de défendre coûte que coûte le français. Même s’il voulait céder sur ce terrain face à Washington, ce serait politiquement suicidaire pour lui, estiment les experts interrogés.

C’est aussi une manière de se poser en rassembleur. En endossant le rôle du champion de la cause francophone, il peut espérer susciter une large adhésion car "même si en interne, certains habitants de régions anglophones peuvent considérer la protection du français comme irritante, ils la défendent contre ce qu’ils considèrent comme un acte d’agression de la part des États-Unis", estime Craig Moyes.

Reste à savoir si Washington, de son côté, peut faire machine arrière sur cette question. "Ce n’est pas la première fois que le Canada tient à protéger sa politique culturelle face aux pressions commerciales américaines", souligne Christian Lammert. Ces questions étaient déjà présentes lors des négociations qui ont abouti à l'Accord de libre-échange Canada–États-Unis (ALE) en 1988.

Par le passé, les États-Unis ont toujours su ne pas pousser le bouchon trop loin, "cette fois-ci, la raison pour laquelle il y a un problème s’appelle Donald Trump et ses associés", note Craig Moyes. "L’approche de cette administration est beaucoup plus agressive", confirme Christian Lammert.

Donald Trump semble avoir lâché un peu de lest sur cette question, mardi, affirmant qu’il "ne se mêlera jamais des affaires des Canadiens francophones". Une formulation suffisamment floue cependant pour lui laisser l’opportunité de se mêler des lois qui protègent leur langue...

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