Les autorités népalaises, citées par l’Organisation des Nations unies, ont dénombré plus de 5 000 personnes encore disparues et près de 85 000 sinistrés.
Le Monde avec AFP
Le bilan de la crue dévastatrice de la semaine dernière au Népal est passé à 1 287 morts et 5 083 disparus, a annoncé vendredi 4 septembre l’autorité népalaise chargée de la gestion des situations d’urgence.
Les médias d’Etat chinois ont pour leur part fait état de 21 morts et 541 disparus dans le territoire du Tibet, portant le bilan toujours provisoire de la catastrophe à 1 308 morts et 5 624 disparus dans les deux pays.
Parmi les personnes portées manquantes au Népal figurent plusieurs centaines de touristes et pèlerins de nationalité étrangère, ainsi que plus de 900 ouvriers ou agents de centrales hydroélectriques ou barrages en construction.
Neuf jours après le désastre, les secours sont parvenus vendredi à extraire deux ouvriers vivants d’un tunnel du chantier de Trishula-3 où ils étaient bloqués. « Nous avons été informés qu’une personne vient juste d’être extraite saine et sauve du tunnel de Trishuli-3 », dans un chantier de construction, a d’abord déclaré le ministre de l’énergie, Biraj Bhakta Shrestha. « Nous venons d’apprendre qu’une deuxième personne avait été sauvée », a ajouté peu après son collègue de l’intérieur, Sudan Gurung.
Ces deux ouvriers – Sanjay Sah, 30 ans, et Kabir Maharjan, 45 ans – sont les premiers à être extraits vivants du tunnel du chantier du barrage de Trishuli-3, dans lequel les autorités ont estimé qu’une centaine de personnes seraient bloquées. « Nous étions au moins 40 ou 45 », a raconté Sanjay Sah dans une vidéo publiée par un média népalais. « Je ne pouvais pas m’enfuir seul (…), je leur ai dit à tous de courir. Je n’ai pas eu le temps de sortir. »
Les deux rescapés népalais ont été évacués en hélicoptère vers Katmandou, où ils ont été hospitalisés en bonne santé, selon le ministère de l’énergie. « C’est un miracle ! Je suis si contente », a déclaré à l’Agence France-Presse une belle-soeur de Kabir Maharjan, Lakshmi Naini, qui s’est rendue à l’hôpital de la capitale. « Lorsque j’ai appris sur les réseaux sociaux qu’il était toujours vivant, j’ai eu du mal à y croire. » « Je n’ai pas de mots pour exprimer ce que je ressens », a confié un autre proche, Shyam Maharjan.
L’ONU lance un appel urgent aux dons
Lors d’un point d’information, jeudi, devant des diplomates étrangers, le ministre des affaires étrangères népalais, Shisir Khanal, a évoqué un « tsunami himalayen ». « La magnitude du désastre, la magnitude des destructions sont tout simplement inimaginables », a renchéri face à la presse la coordinatrice des agences onusiennes à Katmandou, Lila Pieters Yahia.
La crue a emporté sur son passage les bâtiments, les ponts, les routes et les infrastructures de la région, notamment les barrages hydroélectriques en service ou en chantier, désormais ensevelis sous une mer de boue. « L’accès [aux sinistrés] reste très, très, très difficile », a relevé Mme Yahia, « il y aura toujours des brèches ici et là, mais nous faisons tous de notre mieux ».
Dans les secteurs les plus isolés, le ravitaillement en nourriture, en eau et en équipement n’est possible que par hélicoptère, par drone et, si nécessaire, par porteur, dans la tradition des sherpas himalayens.
« Le Népal a mobilisé toutes les ressources possibles, mais nous reconnaissons que l’ampleur et la complexité de ce désastre requièrent le soutien et la solidarité internationale », a déclaré le porte-parole de la diplomatie népalaise, Lok Bahadur Poudel Chhetri. Entre autres besoins urgents, il a énuméré les drones gros-porteurs, les ponts de secours, les sacs mortuaires ou les kits d’identification ADN…
« Le temps joue contre eux », ont indiqué vendredi les agences onusiennes présentes au Népal. « Les inondations ont emporté presque tout ce qui permettait aux survivants de vivre au quotidien ».
« Avertissement sérieux »
Plus d’une semaine après le désastre, les opérations de secours se poursuivent sans relâche, dans l’espoir de plus en plus infime de retrouver des survivants. Côté népalais, des équipes de sauveteurs poursuivent la difficile exploration de plusieurs tunnels situés sur les sites de centrales hydroélectriques ou de barrages en construction qui ont été balayés par la crue.
Ces derniers jours, les familles qui ont pu récupérer et identifier les corps de leurs proches ont commencé à les incinérer selon la tradition hindoue. D’autres, toujours sans nouvelles de leurs proches, continuent à faire la tournée des hôpitaux ou du bureau de la police touristique dans la capitale, Katmandou, dans l’espoir d’obtenir des informations sur leur sort.
Le premier ministre népalais, Balendra Shah, a imputé le désastre au réchauffement de la planète. « [Ce qui s’est passé] est un avertissement sérieux que, avec le changement climatique, les risques auxquels nous sommes confrontés dans l’Himalaya augmentent », a-t-il dit devant le Parlement.
De nombreux travaux scientifiques ont révélé que la chaîne himalayenne se réchauffait plus vite que la moyenne, causant une fonte accélérée des glaciers qui augmentent les risques de catastrophe naturelle.