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Une juge refuse de bloquer les opérations de la police de l’immigration à Minneapolis

Auteur: user avatar admin Source: Radio Canada
Des agents fédéraux de l'immigration ont arrêté un homme lors d'une opération menée par l'ICE à Saint Paul, au Minnesota, le 27 janvier 2026. (Photo d'archives)  Photo : Getty Images / OCTAVIO JONES / AFP
Des agents fédéraux de l'immigration ont arrêté un homme lors d'une opération menée par l'ICE à Saint Paul, au Minnesota, le 27 janvier 2026. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / OCTAVIO JONES / AFP

Agence France-Presse

Une juge a rejeté samedi, de manière temporaire, la demande des autorités démocrates du Minnesota de bloquer les opérations de la police de l'immigration du gouvernement Trump, qui secouent Minneapolis depuis plusieurs semaines et qui sont à l'origine de la mort de deux manifestants.

Un autre juge a par ailleurs ordonné aux autorités de libérer le petit garçon arrêté à Minneapolis par l'Agence fédérale de contrôle de l'immigration (ICE) et dont la photo, bonnet bleu vissé sur la tête, avait fait le tour du monde. Il dénonce dans sa décision la soif perfide d'un pouvoir sans entraves.

Depuis des semaines, des milliers de policiers fédéraux, y compris des agents de l'ICE, souvent masqués, multiplient les raids dans la région de Minneapolis pour arrêter les sans-papiers afin de les expulser, objectif prioritaire du président américain.

Leurs méthodes, vues comme brutales, ainsi que la mort de deux manifestants qui s'opposaient à leur présence, tués par balles par des agents fédéraux à Minneapolis, ont provoqué une vive émotion aux États-Unis.

Dans la plus grande ville du Minnesota, des milliers de manifestants bravent régulièrement le froid polaire pour demander que s'achèvent ces opérations anti-immigration qui bousculent la vie quotidienne depuis des semaines.

Des manifestants se rassemblent pour protester contre les détentions effectuées par l'ICE.
Des manifestants se sont rassemblés le 30 janvier 2026 pour protester contre les détentions effectuées par l'ICE près d'une semaine après la mort d'Alex Pretti, tué par des agents de l'ICE à Minneapolis, au Minnesota.  Photo : Getty Images / OCTAVIO JONES / AFP

Avec les villes jumelles de Minneapolis et de Saint Paul, l'État du Minnesota a récemment demandé à la justice fédérale de bloquer l'afflux d'agents fédéraux dans la métropole, estimant qu'il s'agissait là d'une violation des droits de l'État protégés par la Constitution.

Toutefois, dans une décision en référé de 30 pages rendue samedi, la juge Katherine Menendez a estimé que les arguments des plaignants n'étaient pas suffisants pour prendre la lourde décision de leur accorder un blocage temporaire.

La secrétaire à la Justice de Donald Trump, Pam Bondi, s'est aussitôt félicitée de cette énorme victoire judiciaire, soulignant que la juge à l'origine de cette décision avait été nommée par le président démocrate Joe Biden.

Ni les villes sanctuaires [comme Minneapolis] ni les litiges infondés n'empêcheront l'administration Trump de faire appliquer la loi fédérale au Minnesota, a-t-elle écrit sur X.

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, s'est quant à lui dit déçu de cette décision. Cependant, il a assuré dans un communiqué que cette décision ne change rien à ce que les habitants d'ici ont vécu : la peur, les perturbations et les préjudices causés par une opération fédérale qui n'aurait jamais dû avoir lieu.

Pam Bondi lors d'un point de presse au côté de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Pam Bondi lors d'un point de presse au côté de Donald Trump à la Maison-Blanche en octobre 2025. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Joe Raedle

Conséquences déchirantes

Dans sa décision, la juge Menendez ne tranche pas la question d'une éventuelle illégalité de cette vaste opération de la police fédérale nommée Metro Surge, qui sera au cœur de l'examen au fond de la demande.

Katherine Menendez souligne même que les requérants ont apporté des preuves solides, qui montrent par exemple que des agents de l'ICE se sont livrés à des contrôles au faciès, semblant interroger des personnes sur leur statut de citoyenneté en fonction de leur race ou de leur origine ethnique supposée et, dans certains cas, les arrêtant sans fondement légal.

Les plaignants ont démontré de manière convaincante que les opérations de la police de l'immigration ont eu et auront vraisemblablement encore des conséquences profondes et même déchirantes pour les habitants de la région, évoquant les contrôles au faciès.

Dans un jugement distinct et particulièrement cinglant contre l'État fédéral, un juge a ordonné samedi aux autorités de libérer d'ici mardi Liam Conejo Ramos, 5 ans, et son père.

Leur arrestation, le 20 janvier, dans les rues enneigées de Minneapolis, avait ému au-delà des États-Unis avec la photo qui montrait le garçon apeuré et coiffé d'un bonnet bleu avec des oreilles de lapin, portant un cartable tenu par un agent vêtu de noir.

Père et fils étaient depuis lors détenus à 1800 kilomètres de là, dans un centre de détention pour familles de migrants au Texas.

Un enfant qui porte un sac à dos attend pour monter dans une voiture. Une main tient son sac.
Le petit Liam Conejo Ramos, 5 ans, a été arrêté en compagnie de son père dans l'entrée de sa résidence lorsqu'il se rendait à l'école. Il est actuellement détenu dans un centre au Texas. Photo : Columbia Heights Public Schools

Cette affaire trouve son origine dans la mise en œuvre, mal conçue et mal exécutée par le gouvernement, de quotas quotidiens d'expulsions, même si cela implique de traumatiser des enfants, écrit le juge fédéral Fred Biery dans son jugement.

Il apparaît également que le gouvernement ignore un document historique américain appelé la déclaration d'Indépendance, écrit encore ce juge du Texas nommé par un président démocrate avant de citer des propos du troisième président américain et l'un des pères fondateurs des États-Unis, Thomas Jefferson, sur la nécessité de se prémunir contre l'autoritarisme.

Depuis la mort, il y a une semaine, du manifestant Alex Pretti sous les balles des policiers fédéraux, deux semaines après la mort dans les mêmes circonstances de Renee Good, Donald Trump souffle le chaud et le froid.

Le dirigeant républicain a encore qualifié samedi les manifestants d'agitateurs, assurant sur son réseau Truth Social que les forces fédérales se tiennent prêtes à aider au besoin les forces de police locales pour y faire face.

Les opérations de police ont bouleversé la vie des habitants de cette grande ville du nord du pays, certains se terrant chez eux par crainte d'être arrêtés.

C'est inhumain de vivre ainsi, prisonnier dans sa propre maison, a ainsi confié à l'AFP Ana, qui s'exprime sous couvert d'un pseudonyme. Depuis deux mois, cette famille mexicaine s'enferme chez elle à double tour.

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