Un jury californien a jugé que les tweets mensongers d'Elon Musk lors du rachat de Twitter en 2022 avaient fait chuter le cours de l'action. La justice français a, dans un autre dossier, signalé aux autorités américaines une possible « valorisation artificielle » de X.
Elon Musk a trompé des actionnaires de Twitter lors du rachat du réseau social en octobre 2022 pour 44 milliards de dollars. C'est en substance ce qu'a jugé un jury d'un tribunal fédéral de San Francisco après trois semaines d'un procès civil marqué par le témoignage en personne de l'homme le plus riche du monde. Il a en revanche rejeté l'accusation de manoeuvre frauduleuse délibérée pour faire baisser le cours de l'action, selon le verdict consulté par l'AFP. Quelques minutes après l'annonce du jugement, les avocats de l'entrepreneur ont fait savoir que leur client entendait faire appel de la décision, qu'ils ont qualifiée de « contretemps ».
Plus précisément, le jury californien a estimé que les deux tweets publiés par le patron de Tesla en mai 2022 contenaient des déclarations mensongères responsables de la baisse du cours de Twitter. Les dommages, qui doivent encore être déterminés, sont estimés à 2,6 milliards de dollars par les avocats des plaignants, a indiqué à l'AFP Mark Molumphy, l'un d'entre eux.
Ironie du sort, la décision est intervenue quasiment vingt ans jour pour jour après le premier tweet de l'histoire, publié par le cofondateur du groupe à l'oiseau bleu, Jack Dorsey, le 21 mars 2006.
Un rachat chaotique
Le procès a largement tourné autour des affirmations d'Elon Musk sur le nombre de faux comptes sur Twitter. Il avait soutenu que la plateforme comptait bien plus de comptes spam et automatisés que les 5 % déclarés dans ses documents réglementaires, utilisant ce qu'il présentait comme une tromperie de Twitter pour justifier sa tentative de se retirer de l'accord.
Après le premier message posté sur la plateforme à ce sujet par Elon Musk, en mai 2022, le cours du titre avait chuté de 17 % en deux séances, poussant certains actionnaires à vendre. Les plaignants, eux, soutenaient que ces déclarations faisaient partie d'un plan visant à faire pression sur le conseil d'administration pour obtenir un prix inférieur à son offre initiale, alors que le cours de l'action Tesla chutait et rendait le financement de l'opération plus coûteux.
Après que Musk avait tenté de se désengager, Twitter l'avait poursuivi en justice dans le Delaware pour le contraindre à honorer l'accord. Peu avant l'ouverture de ce procès, Musk avait fait volte-face et accepté de payer le prix d'origine, avant de renommer la plateforme X. Certains actionnaires ont ainsi cédé leurs titres avec une décote de plus de 30 % par rapport au prix finalement payé par Elon Musk.
« Teflon Elon »
Le jugement californien constitue une rare défaite judiciaire pour Elon Musk, souvent surnommé « Teflon Elon » pour sa capacité à sortir indemne de procès que beaucoup le voyaient perdre. Ses avocats ont d'ailleurs rappelé cet état de fait à l'AFP, soulignant qu'un tribunal texan l'avait encore exonéré vendredi dans une procédure en diffamation.
En 2023, un jury du même tribunal fédéral de San Francisco l'avait blanchi en quelques heures d'accusations similaires portées par des actionnaires de Tesla, après qu'il avait tweeté en 2018 avoir les fonds pour racheter le constructeur automobile.
Premier homme à dépasser, l'an dernier, la barre des 500 milliards de dollars de fortune personnelle estimée, Elon Musk possède un patrimoine évalué, début mars, à 839 milliards de dollars, selon le magazine Forbes, essentiellement un cumul de la valeur actuelle de ses actions dans Teslaet SpaceX.
(Source AFP)
La justice française a signalé aux autorités américaines une possible « valorisation artificielle » de X par Elon Musk
Un mois avant sa convocation à Paris, Elon Musk est de nouveau dans le viseur de la justice française : le parquet de la capitale a signalé aux autorités américaines une possible « valorisation artificielle » des sociétés X et X IA par l'homme le plus riche du monde.
« La polémique suscitée par les deepfakes à caractère sexuel générés par Grok (IA de X) pourrait avoir été générée à dessein, afin de valoriser artificiellement les sociétés X et X AI », en vue de « l'introduction en Bourse prévue en juin 2026 de la nouvelle entité née de la fusion entre Space X et X AI, et alors que la société X était en perte manifeste de vitesse », a expliqué ce samedi à l'AFP le parquet.
Ce dernier a alors émis, le 17 mars, une « transmission spontanée d'informations » au ministère américain de la Justice, « via le bureau d'entraide pénale internationale du ministère de la Justice français ».
Cette transmission a aussi été adressée « à l'intention des avocats français de la Securities and Exchange Commission (SEC), qui est l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers », détaille le ministère public.
Contacté, l'avocat de X en France n'était pas joignable dans l'immédiat.
Cette transmission a été réalisée alors que le parquet de Paris enquête sur le réseau social X et a notamment convoqué Elon Musk le 20 avril pour une audition libre.
C'est dans le cadre de cette enquête que les magistrats parisiens pensent avoir repéré de possibles autres agissements répréhensibles de la part d'Elon Musk, et ont voulu « attirer l'attention de la SEC sur des renseignements apparus […] et accessibles en source ouverte », selon le ministère public.
D'après Le Monde, qui a révélé ce signalement, le parquet fait notamment référence à « plusieurs messages d'Elon Musk, postés en pleine polémique et que les magistrats interprètent comme autant d'incitations à générer des images non consensuelles ».
Dans ces messages, « Elon Musk se réjouit, avec force émojis, des capacités de 'déshabillage'de son moteur d'intelligence artificielle, allant jusqu'à relayer sa propre image, dans laquelle son chatbot lui fait arborer un bikini », souligne Le Monde. « En parallèle, Elon Musk a publié une vingtaine de messages célébrant la présence de l'application Grok au sommet des classements des applications les plus téléchargées dans divers pays ».
Le réseau social X est visé depuis début 2025 par une enquête préliminaire du parquet de Paris.
Les investigations portent sur des soupçons de biais d'algorithmes, de complicité de détention d'images de mineurs présentant un caractère pédopornographique, de complicité de diffusion, offre ou mise à disposition en bande organisée d'image de mineurs présentant un caractère pédopornographique, de deepfake à caractère sexuel, ou encore de négationnisme.
Elles ont mené à une perquisition des locaux français de X début février. Le réseau X avait alors dénoncé un « acte judiciaire abusif » reposant « sur des motivations politiques », affirmant qu'il ne se laisserait « pas intimider ».
Pourtant, la justice française semblait ouverte à l'échange avec Elon Musk, âgé de 54 ans : il a été convoqué pour un interrogatoire sous la forme d'une audition libre plutôt qu'une garde à vue. Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X, est également convoquée à la même date.
Ces auditions libres « des dirigeants doivent leur permettre d'exposer leur position sur les faits et le cas échéant les mesures de mise en conformité envisagées », avait souligné en février la procureure de Paris, Laure Beccuau. Des salariés de X sont également convoqués du 20 au 24 avril « pour être entendus en qualité de témoin ».