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Paraguay 4 min de lecture

Scandale bancaire au Paraguay : Santiago Peña destitué, Pedro Alliana investi président

Source: France 24::

Une présidence qui tourne court. Au pouvoir depuis 2023, le dirigeant conservateur du Paraguay, Santiago Peña, dont le mandat aurait dû en principe s'achever en 2028, a été destitué vendredi 6 novembre, après que le Sénat l'a reconnu à l'unanimité coupable de "mauvais exercice de ses fonctions".

Éclaboussé par une crise bancaire majeure, ce proche allié de Washington, âgé de 47 ans, a été remplacé par un nouveau président, Pedro Alliana, intronisé le même jour.

La crise bancaire au Paraguay, qui a rapidement viré à la crise politique profonde, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle pour insolvabilité par la Banque centrale (BCP) d'une banque en ligne florissante ces dernières années, Ueno Bank.

L'intervention de la BCP a gelé les dépôts de près de trois millions d'épargnants, soit près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont aussi été affectés.

"Les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls", a affirmé dans sa première brève allocution Pedro Alliana, 52 ans, devant le sénat paraguayen qui l'a investi.

"On veut qu'il nous rende notre argent"

Quelques centaines de personnes rassemblées à l'extérieur du Parlement ont accueilli la destitution de Santiago Peña par des cris de joie et des chants.

"Enfin, enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue", s'extasiait auprès de l'AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans. "Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison !"

"Un bonheur ! On a obtenu ce qu'on voulait, la condamnation, le procès", abondait Jonathan Riverola, 24 ans, un étudiant dont la famille est directement affectée. "Mais pas si content, car son successeur va être Alliana", du même parti Colorado hégémonique, tempérait-il.

À peine une heure après sa destitution, Santiago Peña a été assigné à résidence. Puis, tard dans la nuit de vendredi à samedi, il a été transféré depuis son domicile vers une installation militaire pour des raisons de sécurité. Des images de la télévision ont montré trois camionnettes quitter la résidence présidentielle sous les insultes, les coups de pied et les jets d'œuf d'un groupe de manifestants qui a été dispersé par la police avec des tirs de balles en caoutchouc.

La procureure Silvia Margarita González Vester a annoncé aux journalistes que le président déchu sera entendu samedi par le parquet à 11 h (14 h GMT), pour les délits présumés d'abus de confiance, trafic d'influence et gestion à des fins personnelles.

Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l'ex-président d'avoir "permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel". Autrement dit, d'"avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés", a lancé le sénateur Adrián Vaesken.

Santiago Peña était, avant même sa présidence et jusqu'à 2025, actionnaire de la holding financière propriétaire d'Ueno, ont rappelé des sénateurs.

Premiers versements aux victimes 

Absent à l'audience, Santiago Peña avait présenté lui-même sa démission jeudi soir. Mais le Parlement l'avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution par le Sénat. S'il l'avait acceptée, Santiago Peña serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d'une immunité parlementaire.

La Banque centrale a pour sa part commencé jeudi à reverser leurs fonds à des épargnants victimes de la débâcle d'Ueno.

Les premiers décaissements, a précisé à l'AFP José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP, sont faits au profit des déposants qui avaient dans la banque Ueno "des dépôts compris entre un et dix millions de guaranies" (soit entre 143 et 1 430 euros).

Il n'a pas précisé de nombre d'épargnants à rembourser ni le montant global des réparations, mais selon un avocat de Santiago Peña, quelque 700 000 personnes avaient vendredi bénéficié de premiers versements.

La crise bancaire au Paraguay a eu de multiples ondes de choc : en Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.

Et la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué à l'AFP une source interne ayant requis l'anonymat.

Avec AFP

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