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Haïti : 2025, une des années les plus dangereuses pour les enfants

Auteur: user avatar admin Source: Radio Canada
Un enfant dort dans un centre d'hébergement d'urgence pour les personnes ayant fui leur maison à cause de la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti, le 27 mai dernier.  Photo : Associated Press / Odelyn Joseph
Un enfant dort dans un centre d'hébergement d'urgence pour les personnes ayant fui leur maison à cause de la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti, le 27 mai dernier. Photo : Associated Press / Odelyn Joseph

L'année 2025 a été une des années les plus dangereuses en Haïti, notamment pour les enfants : l'ouragan Melissa a ravagé certaines parties du pays, des drones ont été utilisés dans des attaques urbaines, de nombreuses familles ont été contraintes de se déplacer, et ce, sans compter la famine qui continue à sévir de plus belle.

Pays le plus pauvre de l'Amérique, Haïti pâtit depuis longtemps des violences des bandes criminelles, accusées de meurtres, de viols, de pillages et d'enlèvements, dans un contexte d'instabilité politique.

Dirigé par des institutions de transition, Haïti a connu un nouveau regain de violence depuis mi-février, malgré le déploiement partiel de la mission multinationale de sécurité menée par le Kenya pour aider la police haïtienne, dépassée.

Trois membres de l'armée haïtienne assis à l'arrière d'une camionnette.
Les forces de sécurité haïtiennes patrouillent lors d'une manifestation contre l'insécurité, à Port-au-Prince, Haïti, 16 avril 2025. Photo : Reuters / Fildor Pq Egeder

Usage de drones létaux

Afin de lutter contre la montée en puissance des groupes armés, Haïti a commencé cette année à utiliser des drones létaux. Or, dans les quartiers densément peuplés, cela expose directement les enfants aux tirs et aux balles perdues.

Selon l'ONU, les frappes de drones ont causé plus de la moitié des morts et des blessés de ce pays des Caraïbes.

Un passant, sac sur la tête, marche dans la rue et observe un cadavre.
Il n'est pas rare d'apercevoir des corps gisant dans les rues de la capitale, Port-au-Prince. (Photo d'archives) Photo : afp via getty images / CLARENS SIFFROY

Ce recours à la force létale est d’ailleurs jugé disproportionné et probablement illégal en vertu du droit international par le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk.

Recrutement d’enfants

Par ailleurs, les risques de recrutement d'enfants dans des groupes armés se sont aussi accentués puisque les gangs, profitant de la vulnérabilité des habitants dans un contexte marqué par l'effondrement des structures étatiques, font souvent miroiter aux jeunes une fausse protection et des moyens de subsistance.

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), l'escalade de la violence, la pauvreté généralisée, le manque d'accès à l'éducation et le quasi-effondrement des services essentiels motivent de nombreux mineurs à rejoindre les rangs des gangs.

Des enfants d’une dizaine d’années sont ainsi contraints de porter des armes, de servir de guetteurs ou d'effectuer d'autres tâches dangereuses.

Un membre de gang masqué et armé pose.
Un membre de gang masqué et armé pose pour une photo au cimetière national lors du festival Fèt Gede, célébrant le Jour des Morts pour honorer les esprits vaudous haïtiens Baron Samedi et Gede à Port-au-Prince, Haïti, le vendredi 1er novembre 2024. Photo : Associated Press / Odelyn Joseph

Déjà, en novembre 2024, l'UNICEF affirmait que près de la moitié des membres des groupes armés étaient des enfants.

Depuis 2024, le gouvernement haïtien et l’UNICEF ont par ailleurs démobilisé et réintégré près de 200 enfants dans le cadre du protocole de transfert des enfants associés aux groupes armés, indique l’organisation humanitaire dans un communiqué.

Violences sexuelles

De surcroît, les jeunes filles sont particulièrement exposées à des risques de coercition et d'exploitation par les membres des groupes armés qui utilisent de plus en plus la violence sexuelle comme arme de contrôle, de punition et d'extorsion.

Des gens regardent une rue du quartier Simon-Pele à Port-au-Prince.
Des gens regardent une rue du quartier Simon-Pele à Port-au-Prince, en Haïti, le lundi 22 septembre 2025. Photo : Associated Press / Odelyn Joseph

Entre janvier et septembre 2025, plus de 7400 cas de violences sexistes ont été signalés en Haïti, soit 27 nouveaux cas chaque jour, rapporte l’ONU.

Et près de 56 % de tous ces cas étaient des violences sexuelles.

Parmi ceux-ci, les viols collectifs commis par des groupes armés représentaient 65 %.

Une des principales causes de cette violence réside dans la surpopulation des camps de déplacés, où les familles sont entassées sans aucune intimité ni protection.

Des enfants se baignent dans un abri de fortune pour les personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince.
Des enfants se baignent dans un abri de fortune pour les personnes déplacées par la violence des gangs à Port-au-Prince, en Haïti, le mercredi 17 septembre 2025. Photo : Associated Press / Odelyn Joseph

Population déplacée

Les groupes armés pillent et brûlent des maisons, détruisant des quartiers et terrorisant les communautés.

Actuellement, plus de 730 000 enfants sont déplacés en raison des groupes armés, soit environ un enfant sur six, indique l’ONG Save the Children. Et beaucoup d'entre eux ont été déplacés à plusieurs reprises cette année.

Impact d'une balle perdue sur une fenêtre.
Impact d'une balle perdue sur une fenêtre du centre d'urgence de Médecins sans frontières à Turgeau, en Haïti, en septembre 2025. Photo : Médecins sans frontières / Kristen Poels

Pire encore : plus d'un enfant déplacé sur trois, en Haïti, a cinq ans ou moins, indique Save the Children. Ces enfants et leurs familles vivent dans des écoles surpeuplées transformées en abris, privés des besoins essentiels à la petite enfance, tels que la vaccination, l’eau potable, les soins de santé, une alimentation nutritive et un abri adéquat contre la chaleur et les pluies extrêmes.

À Port-au-Prince, environ un tiers des camps pour personnes déplacées sont situés dans des zones dites non couvertes, c’est-à-dire où la sécurité et les services essentiels sont absents, rendant des quartiers entiers, comme Delmas, Cité Soleil, et le centre-ville (Champ de Mars) extrêmement dangereux, où les allées et venues sont difficiles et la couverture humanitaire, insuffisante.

Le nombre total de personnes déplacées à l’intérieur du pays a atteint près de 1,3 million depuis décembre 2024, soit environ une personne sur neuf, un record absolu pour un nombre de personnes déplacées par la violence, souligne l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Famine

Haïti figure aussi désormais parmi les cinq pays les plus touchés par la famine dans le monde.

Plus de 3,3 millions d’enfants ont besoin d’aide humanitaire et plus d’un million font face à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire, indique UNICEF.

Selon Médecins sans frontières, près de deux Haïtiens sur cinq ont besoin de soins médicaux urgents.

Pourtant, la crise humanitaire qui sévit en Haïti depuis que les gangs ont gagné en puissance après l'assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021, reste une des moins financées. Seuls 22 % des 908 millions de dollars américains jugés nécessaires ont été reçus, met de l’avant l’ONG Save the Children.

Des personnes se servent de l'eau dans des seaux et des conteneurs pour éviter la famine.
Des personnes attendent le long d'une rue pour collecter de l'eau dans des seaux et des conteneurs, à Port-au-Prince, en Haïti, le 12 mars 2024. Photo : Reuters / Ralph Tedy Erol

Les missions soutenues par l'ONU, comme l'arrivée de la police kényane pour contribuer à réprimer la violence des gangs, manquent de personnel, cette dernière ne disposant que d'une infime partie des 2500 personnes initialement prévues.

La proposition formulée en février par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, de fournir des drones, du carburant, des transports terrestres et aériens ainsi que d'autres moyens de soutien non létaux à la mission dirigée par le Kenya est d'ailleurs restée lettre morte au Conseil.

Des policiers kenyans débarquent d'un avion pour combattre les groupes armés en Haïti.
Des policiers kenyans débarquent en Haïti pour rejoindre une force multinationale élargie chargée de lutter contre les gangs, à l'aéroport international Toussaint-Louverture, à Port-au-Prince, en Haïti, le 8 décembre 2025. Photo : Reuters / Jean Feguens Regala

Nous approchons d'un point de non-retour. [...] Sans aide internationale décisive, concrète et dans les délais, Haïti pourrait faire face à un chaos total, a déclaré, en avril dernier, Maria Isabel Salvador, représentante spéciale de l'ONU dans le pays, devant le Conseil de sécurité. Notamment pour des raisons de sécurité, l'ONU a dû réduire sa présence dans la capitale.

Dans de nombreuses zones de la région métropolitaine, les travailleurs humanitaires ne peuvent pas atteindre les communautés puisque les groupes armés contrôlent près de 90 % de Port-au-Prince et des routes principales, dont les ports et les entrepôts. Les familles ne peuvent donc pas non plus se rendre aux points de distribution de nourriture.

À titre d’exemple, au cours des deux premiers mois de 2025, les incidents restreignant l'accès humanitaire — tels que les barrages routiers et les violences à l'égard des travailleurs humanitaires — ont bondi de 75 % par rapport à la même période en 2024, selon une analyse des données de l'ONU.

Petit vent d'espoir pour l'année à venir, les autorités haïtiennes de transition ont annoncé au début du mois de décembre l’organisation d’élections législatives et présidentielles cet été. À noter qu'il s'est écoulé neuf ans depuis le dernier scrutin dans ce pays le plus pauvre d'Amérique.

Avec les informations de l'Agence France-Presse et de Reuters

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