L'année 2025 a été une des années les plus dangereuses en Haïti, notamment pour les enfants : l'ouragan Melissa a ravagé certaines parties du pays, des drones ont été utilisés dans des attaques urbaines, de nombreuses familles ont été contraintes de se déplacer, et ce, sans compter la famine qui continue à sévir de plus belle.
Pays le plus pauvre de l'Amérique, Haïti pâtit depuis longtemps des violences des bandes criminelles, accusées de meurtres, de viols, de pillages et d'enlèvements, dans un contexte d'instabilité politique.
Dirigé par des institutions de transition, Haïti a connu un nouveau regain de violence depuis mi-février, malgré le déploiement partiel de la mission multinationale de sécurité menée par le Kenya pour aider la police haïtienne, dépassée.
Usage de drones létaux
Afin de lutter contre la montée en puissance des groupes armés, Haïti a commencé cette année à utiliser des drones létaux. Or, dans les quartiers densément peuplés, cela expose directement les enfants aux tirs et aux balles perdues.
Selon l'ONU, les frappes de drones ont causé plus de la moitié des morts et des blessés de ce pays des Caraïbes.
Ce recours à la force létale est d’ailleurs jugé disproportionné et probablement illégal en vertu du droit international par le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk.
Recrutement d’enfants
Par ailleurs, les risques de recrutement d'enfants dans des groupes armés se sont aussi accentués puisque les gangs, profitant de la vulnérabilité des habitants dans un contexte marqué par l'effondrement des structures étatiques, font souvent miroiter aux jeunes une fausse protection et des moyens de subsistance.
Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), l'escalade de la violence, la pauvreté généralisée, le manque d'accès à l'éducation et le quasi-effondrement des services essentiels motivent de nombreux mineurs à rejoindre les rangs des gangs.
Des enfants d’une dizaine d’années sont ainsi contraints de porter des armes, de servir de guetteurs ou d'effectuer d'autres tâches dangereuses.
Déjà, en novembre 2024, l'UNICEF affirmait que près de la moitié des membres des groupes armés étaient des enfants.
Depuis 2024, le gouvernement haïtien et l’UNICEF ont par ailleurs démobilisé et réintégré près de 200 enfants dans le cadre du protocole de transfert des enfants associés aux groupes armés, indique l’organisation humanitaire dans un communiqué.
Violences sexuelles
De surcroît, les jeunes filles sont particulièrement exposées à des risques de coercition et d'exploitation par les membres des groupes armés qui utilisent de plus en plus la violence sexuelle comme arme de contrôle, de punition et d'extorsion.
Entre janvier et septembre 2025, plus de 7400 cas de violences sexistes ont été signalés en Haïti, soit 27 nouveaux cas chaque jour, rapporte l’ONU.
Et près de 56 % de tous ces cas étaient des violences sexuelles.
Parmi ceux-ci, les viols collectifs commis par des groupes armés représentaient 65 %.
Une des principales causes de cette violence réside dans la surpopulation des camps de déplacés, où les familles sont entassées sans aucune intimité ni protection.
Population déplacée
Les groupes armés pillent et brûlent des maisons, détruisant des quartiers et terrorisant les communautés.
Actuellement, plus de 730 000 enfants sont déplacés en raison des groupes armés, soit environ un enfant sur six, indique l’ONG Save the Children. Et beaucoup d'entre eux ont été déplacés à plusieurs reprises cette année.
Pire encore : plus d'un enfant déplacé sur trois, en Haïti, a cinq ans ou moins, indique Save the Children. Ces enfants et leurs familles vivent dans des écoles surpeuplées transformées en abris, privés des besoins essentiels à la petite enfance, tels que la vaccination, l’eau potable, les soins de santé, une alimentation nutritive et un abri adéquat contre la chaleur et les pluies extrêmes.
À Port-au-Prince, environ un tiers des camps pour personnes déplacées sont situés dans des zones dites non couvertes, c’est-à-dire où la sécurité et les services essentiels sont absents, rendant des quartiers entiers, comme Delmas, Cité Soleil, et le centre-ville (Champ de Mars) extrêmement dangereux, où les allées et venues sont difficiles et la couverture humanitaire, insuffisante.
Le nombre total de personnes déplacées à l’intérieur du pays a atteint près de 1,3 million depuis décembre 2024, soit environ une personne sur neuf, un record absolu pour un nombre de personnes déplacées par la violence, souligne l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Famine
Haïti figure aussi désormais parmi les cinq pays les plus touchés par la famine dans le monde.
Plus de 3,3 millions d’enfants ont besoin d’aide humanitaire et plus d’un million font face à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire, indique UNICEF.
Selon Médecins sans frontières, près de deux Haïtiens sur cinq ont besoin de soins médicaux urgents.
Pourtant, la crise humanitaire qui sévit en Haïti depuis que les gangs ont gagné en puissance après l'assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021, reste une des moins financées. Seuls 22 % des 908 millions de dollars américains jugés nécessaires ont été reçus, met de l’avant l’ONG Save the Children.
Les missions soutenues par l'ONU, comme l'arrivée de la police kényane pour contribuer à réprimer la violence des gangs, manquent de personnel, cette dernière ne disposant que d'une infime partie des 2500 personnes initialement prévues.
La proposition formulée en février par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, de fournir des drones, du carburant, des transports terrestres et aériens ainsi que d'autres moyens de soutien non létaux à la mission dirigée par le Kenya est d'ailleurs restée lettre morte au Conseil.
Nous approchons d'un point de non-retour. [...] Sans aide internationale décisive, concrète et dans les délais, Haïti pourrait faire face à un chaos total, a déclaré, en avril dernier, Maria Isabel Salvador, représentante spéciale de l'ONU dans le pays, devant le Conseil de sécurité. Notamment pour des raisons de sécurité, l'ONU a dû réduire sa présence dans la capitale.
Dans de nombreuses zones de la région métropolitaine, les travailleurs humanitaires ne peuvent pas atteindre les communautés puisque les groupes armés contrôlent près de 90 % de Port-au-Prince et des routes principales, dont les ports et les entrepôts. Les familles ne peuvent donc pas non plus se rendre aux points de distribution de nourriture.
À titre d’exemple, au cours des deux premiers mois de 2025, les incidents restreignant l'accès humanitaire — tels que les barrages routiers et les violences à l'égard des travailleurs humanitaires — ont bondi de 75 % par rapport à la même période en 2024, selon une analyse des données de l'ONU.
Petit vent d'espoir pour l'année à venir, les autorités haïtiennes de transition ont annoncé au début du mois de décembre l’organisation d’élections législatives et présidentielles cet été. À noter qu'il s'est écoulé neuf ans depuis le dernier scrutin dans ce pays le plus pauvre d'Amérique.
Avec les informations de l'Agence France-Presse et de Reuters