Les pays d'Amérique latine, la Chine et la Russie ont condamné l'attaque américaine sur Caracas ce samedi. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a appelé à « la retenue » et au respect du droit international, alors que l'Espagne plaide pour une solution pacifique et négociée. « Aucune solution politique durable ne peut être imposée de l'extérieur » estime de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Condamnation franche, demande d'explications ou appel à la désescalade… L'annonce d'une attaque sur Caracas, puis de la capture samedi, du président Vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse par les Etats-Unis, a suscité de nombreuses et vives réactions de la classe politique internationale. Exfiltré de son pays, selon les déclarations de Donald Trump, le leader de gauche vénézuélien, dont on ignore encore ou il se trouve, devra répondre devant la justice américaine d'accusations liées à la drogue et au terrorisme. Le chef de la Maison-Blanche l'accuse depuis des mois de se maintenir illégalement au pouvoir et de favoriser le trafic de drogue.
Condamnation en Amérique latine
En Amérique Latine, la Colombie a été la plus prompte à réagir par la voix de son président Gustavo Petro, proche de Nicolas Maduro, qui a dénoncé dès le début de la matinée une attaque américaine aux « missiles » contre Caracas, qualifiant les actions de Washington d'« atteinte à la souveraineté » de l'Amérique latine et déclarant qu'elles entraîneraient une crise humanitaire. Il annonce le déploiement de troupes à sa frontière avec le Venezuela.
Le président brésilien Lula a estimé, lui, que les attaques américaines constituent « une grave atteinte à la souveraineté du Venezuela ». Il a également exhorté la communauté internationale, par l'intermédiaire des Nations unies, à « répondre vigoureusement » à ces attaques.
Le Mexique a, également manifesté son opposition, avertissant que toute « action militaire met gravement en péril la stabilité régionale ».
L'Europe « suit de près » la situation
En Europe, la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas a appelé à la « retenue » et au respect du droit international. « L'UE a déclaré à plusieurs reprises que M. Maduro manquait de légitimité et a défendu une transition pacifique » au Venezuela, mais « en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés ».
« Nous suivons de très près la situation au Venezuela. Nous sommes solidaires du peuple vénézuélien et soutenons une transition pacifique et démocratique. Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations Unies », peut-on aussi lire dans un message d'Ursula von der Leyen publié sur X.
Plusieurs dirigeants européens ont exprimé leur préoccupation. « Aucune solution politique durable ne peut être imposée de l'extérieur » a indiqué sur X Jean-Noël Barrot, le ministre des affaires étrangères français, estimant que l'opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international.
« Nous suivons de très près la situation au Venezuela et prenons connaissance des derniers rapports avec une grande inquiétude », a indiqué le ministère des Affaires étrangères allemand. Tous les pays doivent « respecter le droit international » a jugé le Premier ministre britannique Keir Starmer. « Je souhaite m'entretenir avec le président (Trump) […] mais pour l'instant, je pense que nous devons établir les faits » a-t-il dit, précisant que Londres n'a pas participé à l'opération militaire au Venezuela.
De son côté, le gouvernement espagnol a proposé de jouer les intermédiaires en appelant « à la désescalade et à la modération ». Le ministère des Affaires étrangères espagnol s'est dit disposé « à offrir ses bons offices pour parvenir à une solution pacifique et négociée à la crise actuelle ». Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a eu des entretiens avec ses homologues portugais, italien et brésilien, ainsi qu'avec Kaja Kallas.
L'Espagne n'avait pas reconnu les résultats des élections du 28 juillet 2024 au Venezuela, officiellement remportées par Nicolas Maduro mais contestées par l'opposition, dont le candidat Edmundo Gonzalez Urrutia avait fui le pays pour Madrid après le scrutin.
Moscou demande une réunion du conseil de sécurité de l'ONU
Les alliés du Venezuela comme la Russie, Cuba et l'Iran ont condamné ces frappes, qualifiées par Téhéran de « violation flagrante de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale ».
« Ce matin, les Etats-Unis ont commis un acte d'agression armée contre le Venezuela. Ceci est profondément inquiétant et condamnable », a dénoncé le ministère russe des Affaires étrangères. Dans un second communiqué, publié quelques heures après, la diplomatie russe s'est dite « extrêmement alarmée par les informations selon lesquelles le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et son épouse auraient été emmenés de force hors du pays ».Moscou a exigé « des éclaircissements immédiats sur cette situation » et a également soutenu la demande de Caracas d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est de son côté inquiété samedi « que le droit international n'ait pas été respecté » à propos de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro estimant que l'opération américaine constitue un « dangereux précédent ».
Pékin s'est dit «profondément choqué» par les frappes militaires et la capture de Nicolas Maduro, dénonçant un «comportement hégémonique» des Etats-Unis.
La classe politique française opposée, avec des nuances
En France, où des rassemblements sont organisés samedi après-midi devant une statue de Simon Bolivar, puis place de la République à Paris « en soutien au peuple vénézuélien contre l'agression de Trump », de nombreux élus ont donné de la voix. A gauche, la classe politique a fustigé l'enlèvement du président vénézuélien. « Quoi que l'on pense de Maduro, cet acte doit être unanimement condamné », a estimé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. Même son de cloche chez l'écologiste Marine Tondelier. « Maduro doit être libéré ! » lance Fabien Roussel (PCF).
« Les USA de Trump s'emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d'un autre âge et l'enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse » abonde sur X Jean-Luc Mélenchon, chef de file de la France Insoumise.
Le vice-président des Républicains Julien Aubert a affirmé, lui, que « les Etats-Unis ne sont pas le gendarme du monde » et « n'ont aucune légitimité pour décider qui doit gouverner où ». En dissonance, Eric Ciotti, dont le parti UDR est allié du RN, a salué la « chute du dictateur Maduro ». Le président du RN, Jordan Bardella, a estimé que si « le régime rouge de Nicolas Maduro appelle de nombreuses critiques légitimes sur le plan démocratique […] », « pour autant, le respect du droit international et de la souveraineté des Etats ne peut être à géométrie variable ».
Laurence Albert (avec AFP)