Le président déchu vénézuélien Nicolas Maduro, qui a été capturé à son domicile, puis extradé vers les États-Unis samedi, comparaît lundi devant un tribunal de Manhattan sous le regard du monde entier. Mais de quoi est-il accusé au juste?
Le chef d'État déchu devra répondre à quatre chefs d'accusation, soit :
Par ailleurs, sa femme Cilia Flores – capturée elle aussi –, son fils, Nicolas Maduro Guerra, et le chef de Tren de Aragua, Hector Rusthenford Guerrero Flores, sont eux aussi accusés pour les mêmes raisons. En 2020, juste avant la fin du premier mandat de Donald Trump, le couple Maduro avait aussi été inculpé devant un tribunal fédéral de New York pour ces mêmes chefs d’accusation.
Dans son acte d'accusation publié en ligne samedi, le département américain de la Justice dénonce le gouvernement corrompu et illégitime [de Maduro], qui, depuis des décennies, a exploité le pouvoir gouvernemental pour protéger et favoriser des activités illégales, notamment le trafic de drogue.
M. Maduro est tenu responsable du transport de milliers de tonnes de cocaïne vers les États-Unis, sous la protection des forces de l'ordre vénézuéliennes. Il est aussi soupçonné, avec ses présumés complices, d'avoir vendu des passeports diplomatiques à des trafiquants de drogues alors qu'il était ministre des Affaires étrangères du pays entre 2006 et 2008.
Le couple vénézuélien fera bientôt face à tout le courroux de la justice américaine, sur le sol américain et devant les tribunaux américains, a déclaré la secrétaire de la Justice, Pam Bondi, sur son compte X.
Allégations de pots-de-vin, d'ordres d'enlèvements et de meurtres
Les États-Unis allèguent que Nicolas Maduro et sa femme auraient ordonné des enlèvements, des agressions et des meurtres à l'encontre de ceux qui leur devaient de l'argent de la drogue ou qui nuisaient d'une autre manière à leur opération de trafic de drogue. Le document de 25 pages cite en exemple l'assassinat d'un chef de cartel local à Caracas.
Mme Flores aurait accepté une somme de plusieurs centaines de milliers de dollars de pots-de-vin pour jouer l'intermédiaire lors d'une rencontre entre un trafiquant de drogue de grande envergure et le directeur de l'Office national antidrogue du Venezuela, Nestor Reverol Torres.
Par la suite, elle se serait entendue avec ces deux interlocuteurs pour permettre au trafiquant de transporter librement de la cocaïne par avion, en échange d'une somme d'argent.
Les preuves dans cette affaire ont été recueillies au courant de plusieurs années et par différentes équipes établies dans plusieurs villes aux États-Unis (New York, Washington, Miami, etc.).
Consultez notre couverture en direct pour suivre les développements de la capture du président vénézuélien, Nicolas Maduro.
Maduro immunisé?
Plusieurs experts tracent des parallèles entre l'extradition de Maduro et celle de l’ancien général du Panama, Manuel Noriega, en 1989. Le président l'époque, George H. W. Bush, avait renversé le pouvoir dans ce pays d'Amérique centrale pour accuser M. Noriega de trafic de drogue.
C'est qu'à l'époque, les avocats du Panaméen avaient plaidé pour une immunité face aux accusations, les chefs d'État étrangers profitant d'une immunité souveraine, comme il est inscrit dans le droit américain et international.
Cependant, cet argument a peu de chances de réussite, car, à l'époque, la justice américaine avait tranché en défaveur de M. Noriega, plaidant que les États-Unis ne reconnaissaient pas Manuel Noriega comme le dirigeant légitime du Panama, tout comme c'est le cas aujourd'hui avec M. Maduro.
Il s'agit donc d'un précédent important sur lequel pourront se baser les procureurs américains.
Il n'y a aucune prétention à l'immunité souveraine si nous ne le reconnaissons pas comme chef d'État, a déclaré Dick Gregorie, un ancien procureur fédéral qui a inculpé Noriega et a plus tard enquêté sur la corruption au sein du gouvernement Maduro.
Plusieurs administrations américaines, tant républicaines que démocrates, ont qualifié son élection de frauduleuse et ont refusé la reconnaissance des États-Unis. Malheureusement pour Maduro, cela signifie qu'il est coincé avec cette situation, a-t-il ajouté.
Avec les informations de l'Associated Press