Un deuil national a été décrété dans le royaume scandinave à la suite de la mort de Harald V. Sans attendre les funérailles royales, dont la date n’a pas été annoncée, le nouveau souverain prêtera serment d’allégeance à la Constitution mardi.
Le nouveau roi de Norvège, Haakon VIII, s’est adressé samedi 29 août pour la première fois aux Norvégiens depuis son accession au trône, rendant hommage à son père de 89 ans mort la veille.
« Nous sommes en deuil, mais en même temps, le fait de voir que tant de personnes partagent notre peine nous apporte réconfort et force », a déclaré le roi, 53 ans, dans un discours diffusé à la télévision nationale. Le roi Harald « nous rappelait sans cesse, au sein de la famille, que chacun devait faire les choses à sa manière. Trouver sa propre voie. Etre soi-même... C’est maintenant mon tour », a-t-il ajouté.
Auparavant, il a reçu le président du Parlement, la cheffe de la Cour suprême puis les dirigeants de l’Eglise de Norvège. Un deuil national a été décrété dans le royaume scandinave après le décès vendredi, à l’âge de 89 ans, du doyen des souverains d’Europe.
De nombreux Norvégiens ont afflué samedi devant la chapelle du palais royal d’Oslo, où des montagnes de fleurs jonchent le sol après le passage de plus de 20 000 personnes venues se recueillir. « Tout le monde est triste, et le roi était un homme que tout le monde respectait. Un homme bien, donc je pense que tout le monde se sent un peu abattu aujourd’hui », a confié à l’Agence France-Presse (AFP) Anne Lobbe, 35 ans, devant le palais. Les églises à travers le pays organiseront des cérémonies commémoratives dimanche. La famille royale devait assister à un office à Asker, au sud d’Oslo.
Le nouveau roi aura, comme son père, des fonctions essentiellement protocolaires. Il a choisi le nom de Haakon VIII et de marcher dans les traces de ses aïeuls en perpétuant la même devise « Tout pour la Norvège ». Sans attendre les funérailles royales, dont la date n’a pas été annoncée et qui marqueront la fin du deuil national, le nouveau souverain prêtera serment d’allégeance à la Constitution mardi.
Il ne devrait pas être couronné, pratique abolie en 1908, mais pourrait choisir, comme son père et son grand-père, de faire bénir son règne lors d’une cérémonie à la cathédrale de Trondheim, où les rois norvégiens ont été couronnés entre 1814 et 1906. Le public pourra se recueillir devant le cercueil du défunt roi dans la chapelle du palais, mais aucune date n’a encore été annoncée pour cela.
Image modeste
« Une époque s’est terminée. Une nouvelle commence. Le roi est mort. Vive le roi », a déclaré le premier ministre, Jonas Gahr Store, dans un bref discours après sa rencontre avec le nouveau monarque. « Nous nous souviendrons du roi Harald pour son amour de son peuple, son humour et sa chaleur humaine, et pour sa foi inébranlable en nous », a ajouté le dirigeant.
La maire d’Oslo, Anne Lindboe, qui a annulé son mariage vendredi en raison du décès du roi, a été la première à rédiger un message dans le livre de condoléances ouvert à l’hôtel de ville d’Oslo. « Cher roi Harald, vous n’aviez pas besoin d’une couronne pour être un roi. Merci infiniment pour tout ce que vous avez fait pour notre ville. Nous ne vous oublierons jamais », a-t-elle écrit.
Les hommages ont aussi afflué de l’étranger, de la part des monarchies européennes ainsi que des dirigeants du monde entier, dont Donald Trump, qui a salué la mémoire d’« un homme fort, fier, et grandement respecté ».
Harald V, qui était monté sur le trône en 1991, était largement perçu comme l’incarnation d’une Norvège ouverte et tolérante. Nombre de Norvégiens interrogés par l’Agence France-Presse ont cité son discours après les attaques mortelles du néonazi Anders Behring Breivik – qui ont fait 77 victimes le 22 juillet 2011 ; le pire massacre en Norvège depuis la seconde guerre mondiale.
Harald « était quelqu’un qui semblait toujours trouver les mots qui nous rassemblaient et nous donnaient un sentiment de sécurité », a confié à l’AFP Caroline Vagle, journaliste pour le magazine Se og Hor. Depuis plusieurs années, Harald souffrait de multiples problèmes de santé, mais il a toujours exclu d’abdiquer, faisant valoir qu’il avait prêté un serment à vie devant le Parlement.
Son héritier, Haakon, populaire, se montre modeste, fuyant le faste et l’ostentation. Il a fait siennes les préoccupations de sa génération : défense de l’environnement, lutte contre le racisme, combat contre l’homophobie… Mais il accède au trône au milieu de vents contraires. Les liens de son épouse, Mette-Marit, avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, la condamnation de son beau-fils pour viol, et les frasques du couple excentrique formé par sa sœur et un Américain chaman autoproclamé ont entamé le lustre de la monarchie.
Outre ces scandales, la famille royale norvégienne a traversé une période difficile ces derniers mois en raison des problèmes de santé du défunt souverain ainsi que de la nouvelle reine. Mette-Marit souffre d’une maladie pulmonaire incurable qui lui a valu une greffe des poumons en juin.