Dans un entretien au « Monde », Yves Trotignon, ancien cadre de la DGSE, montre comment l’attentat de 2001 aux Etats-Unis a fait basculer l’Occident dans une ère de menace terroriste permanente. Il explique que les conflits de longue durée ont conduit à renoncer à « certaines formes de l’Etat de droit ».
Propos recueillis par Christophe Ayad et Louis Imbert
Yves Trotignon est un ancien cadre de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et un ancien diplomate. Spécialiste du djihadisme et du contre-terrorisme, il enseigne à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Il est notamment l’auteur de Politique du secret. Regards sur Le Bureau des légendes (PUF, 2018).
J’ai l’habitude de travailler avec des jeunes gens qui sont nés juste avant ou après le 11 septembre 2001. Ils n’y ont pas assisté, mais c’est une génération qui a grandi avec les contrôles renforcés dans les gares et les aéroports, avec la menace permanente d’un attentat, avec les lois sur le renseignement et un outil antiterroriste très puissant et performant. Ils n’ont pas connu l’avant, ils n’ont pas connu le choc de ceux qui étaient en âge de voir les images des tours s’effondrer, mais ils baignent dedans. Ils ont intégré que c’est un fait tragique, un tournant aux conséquences politiques, stratégiques et intérieures majeures. Il s’est perdu, au passage, une forme d’insouciance.
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