Les Jeux Olympiques 5 min de lecture

Une cérémonie d’ouverture des Jeux qui a déclenché une grève en Italie

Source: Radio Canada
L'animateur de la cérémonie d'ouverture des Olympiques a multiplié les erreurs, confondant entre autres Mariah Carey et la présidente du CIO avec d'autres personnes.  Photo : afp via getty images / WANG ZHAO
L'animateur de la cérémonie d'ouverture des Olympiques a multiplié les erreurs, confondant entre autres Mariah Carey et la présidente du CIO avec d'autres personnes. Photo : afp via getty images / WANG ZHAO

Avec près de 10 millions d’Italiens qui l'ont regardée, la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Milan-Cortina a été très suivie, puisque la télévision publique, la Rai, a récolté environ 46 % de parts de marché ce soir-là. Mais cette présentation ne s’est pas passée sans controverse.

Alors que l’Italie engrange les médailles olympiques jour après jour, au grand bonheur des Milanais, l'animation de la soirée d’ouverture des Jeux a créé bien des remous au pays, et pour cause : l’animateur principal a enchaîné les erreurs. D’abord, en commençant par se tromper sur le nom de l'aréna, qui n’est pas le stade olympique, mais bien le stade San Siro, temple du soccer milanais.

Il a ensuite confondu la chanteuse Mariah Carey avec Matilda de Angelis, pourtant une actrice italienne bien connue. Il a aussi pris la présidente du Comité international olympique (CIO), Kirsty Coventry, pour la fille du président italien Sergio Mattarella.

Et puis, il y a eu ce festival de clichés et de stéréotypes : il a parlé de la supposée religion principale du Bénin, le vaudou, des Brésiliens qui ont le rythme dans le sang, des Espagnols qui sont sexy et des Chinois qui ont toujours un téléphone dans les mains.

Paolo Petracca, qui a présenté la soirée d'ouverture, a enchaîné les stéréotypes et les clichés à l'égard de certains athlètes étrangers Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein
Paolo Petracca, qui a présenté la soirée d'ouverture, a enchaîné les stéréotypes et les clichés à l'égard de certains athlètes étrangers  Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein

Certains Italiens, comme Filippo Orlandi, n’ont pas trouvé tout cela très drôle, mais pardonnent les erreurs. D’autres, comme la jeune Claudia Imperato, sont outrés. L’animateur a dit des choses parce qu'il croit en ces valeurs et il représente la politique italienne en ce moment.

L’animateur en question s’appelle Paolo Petrecca, directeur du service des sports de la chaîne Rai. Il s’est autoproclamé et improvisé présentateur de cette soirée prestigieuse, après des jeux de coulisses.

C’est un énorme fiasco, selon Alberto Ambroggi, vice-secrétaire de UsigRai, le principal syndicat du diffuseur public. Paolo Petracca a surestimé ses compétences et sous-estimé la complexité de la cérémonie d’ouverture, dit-il. Il estime que bien des journalistes expérimentés et plus compétents que Petracca auraient fait un bien meilleur travail.

Tout cela nuit à la crédibilité et à la fiabilité du diffuseur public, déplore-t-il. En Italie, la Rai est financée par les contribuables à hauteur de l'équivalent de 145 dollars chacun par année.

Grève de signatures

Alberto Ambroggi, vice-secrétaire de UsigRai, le principal syndicat du diffuseur public, croit que Paolo Petracca a surestimé ses compétences et sous-estimé la complexité de la cérémonie d’ouverture. Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould
Alberto Ambroggi, vice-secrétaire de UsigRai, le principal syndicat du diffuseur public, croit que Paolo Petracca a surestimé ses compétences et sous-estimé la complexité de la cérémonie d’ouverture.  Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

En guise de protestation, les journalistes ont fait une grève de signatures toute la journée de vendredi. Aucun article n’a été signé sur leur site Internet et il n’y a eu aucune mention des noms de journalistes lors des bulletins de nouvelles, à la radio et à la télévision.

Une situation étrange lorsque la présentatrice devait faire une transition sans même dire le nom du journaliste.

À la fin des grands bulletins de nouvelles, le lecteur ou la lectrice du bulletin lisait un message syndical statuant que le syndicat croit au service public et en une Rai capable d'unir le pays et de représenter l'Italie dans le monde entier.

Sergio Splendore, professeur agrégé au département des sciences sociales et politiques de l'Université de Milan, estime que la crise à la Rai met en évidence le système de nominations politiques de l'institution. Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould
Sergio Splendore, professeur agrégé au département des sciences sociales et politiques de l'Université de Milan, estime que la crise à la Rai met en évidence le système de nominations politiques de l'institution.  Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Ce coup d’éclat, en réaction à ce que certains appellent ici un désastre télévisuel, met en évidence le mécanisme des nominations politiques du diffuseur national, selon Sergio Splendore, professeur agrégé au département des sciences sociales et politiques de l'Université de Milan.

Dans le domaine de la radiodiffusion publique, le gouvernement peut décider qui occupe les postes clés, qui sont les directeurs des chaînes de télévision, et parfois, ces décisions sont prises en fonction d'orientations politiques plutôt que de compétences professionnelles, explique-t-il.

Ingérence politique

Paolo Petrecca a été nommé par les Frères d’Italie, le parti d’extrême droite de la première ministre Giorgia Meloni. Les gaffes et l'embarras générés par la prestation de Petrecca ne semblent pas émouvoir Mme Meloni, selon Sergio Splendore. Elle ne s'en mêle pas, dit-il, et garde un profil bas dans cette affaire. 

La dirigeante du parti d'extrême droite italien Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), Giorgia Meloni, sur un plateau de la Rai en Italie.
La première ministre italienne Giorgia Meloni a nommé toute une série de proches de son parti à des postes clés chez le diffuseur public, la Rai.  Photo : afp via getty images / ALBERTO PIZZOLI

N’empêche, ce système italien de nominations partisanes dans les institutions incommode de plus en plus le syndicaliste Alberto Ambroggi. Le syndicat se bat pour l’indépendance politique du diffuseur et demande donc que la Loi européenne sur la liberté des médias s’applique en Italie pour éviter la détérioration de la liberté d'information.

En effet, sous le règne de Giorgia Meloni, certains décrivent une dérive pour imposer de plus en plus une hégémonie éditoriale au sein de la Rai. Jusqu’ici, la première ministre s’est opposée à adopter la loi européenne qui impose des amendes dès que l’indépendance des salles de nouvelles est menacée par des ingérences politiques.

Tempête dans un verre d’eau ou véritable scandale national qui ternit l’image de la Rai? Ce qui est certain, c’est que Paolo Petrecca ne sera pas de la cérémonie de clôture et que le syndicat planifie une grève de trois jours après la fin des Jeux de Milan.

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