Agence France-Presse
Le chanteur Bad Bunny a transformé, dimanche, le spectacle de la mi-temps du Super Bowl en célébration de son archipel natal et de toute l'Amérique latine, sans évoquer Donald Trump ou sa politique migratoire.
L'événement était l'un des plus attendus de l'histoire de la mi-temps du Super Bowl, le concert présenté lors de la finale de la ligue de football américain NFL à Santa Clara (Californie).
La dimension politique potentiellement explosive s'ajoutait à l'attrait de celui qui est aujourd'hui l'artiste le plus populaire au monde, composant un cocktail jamais vu jusqu'ici.
Toutefois, s'il a bien amené sur la pelouse du stade Levi's ses chansons engagées et son univers culturel, quasiment intégralement en espagnol, Benito Antonio Martinez Ocasio, de son vrai nom, a évité les critiques et les mises en accusation.
Accompagné en permanence d'une troupe de danseurs, Bad Bunny s'est promené dans les allées d'un village portoricain recréé pour l'occasion, avec salon de beauté, vendeurs de glaces (piraguas) ou joueurs de dominos, en interprétant plusieurs de ses standards.
Titi Me Pregunto, Nuevayol ou Monaco ont ainsi résonné dans l'enceinte, tandis que se déhanchaient une impressionnante brochette d'invités de marque du monde hispanique au sens large, de l'acteur Pedro Pascal à la chanteuse Karol G, en passant par Cardi B.
La plus grande surprise sera venue de l'apparition de Lady Gaga, qui a interprété une version salsa convaincante de son titre à succès Die With A Smile, Bad Bunny s'étant substitué à Bruno Mars pour l'occasion.
« God Bless America »
Vêtu d'un costume croisé blanc crème et de baskets assorties, Bad Bunny ne s'est jamais départi de son habituelle décontraction et a régalé le public de quelques facéties, notamment l'écroulement (préparé) du toit d'un cabanon sur lequel il se trouvait.
Il a conclu le spectacle en détournant le God Bless America (Dieu bénisse l'Amérique) si cher à beaucoup aux États-Unis pour en faire un slogan à la gloire de tout le continent, avec une procession de drapeaux latino-américains.
Pour Duane Welty Rivera, supporteur portoricain des Seahawks présent à Santa Clara, la politique passait au second plan pour un tel format, seule comptant l'énergie. Nous devons nous concentrer sur le fait que nous sommes unis, a-t-il souligné, même si Porto Rico possède un statut hybride et ne fait pas pleinement partie des États-Unis.
Nous ne sommes pas des animaux
Assez tôt dans sa carrière, le natif de Bayamon s'est positionné sur le terrain politique, avec le titre Afilando Los Cuchillos (2019), réclamant le départ du gouverneur de Porto Rico, Ricardo Rossello, accusé de corruption et qui finira par démissionner.
Il évoquera ensuite, pêle-mêle, surtourisme, immigration, racisme ou embourgeoisement, jusque dans son opus le plus récent, le conceptuel DeBÍ TiRAR MáS FOToS, le plus engagé de tous.
Au passage, le trentenaire fantasque a régulièrement dénoncé, entre autres, la ligne dure de Donald Trump sur l'immigration avec, en point d'orgue, sa sortie, il y a une semaine, lors de la cérémonie des prix Grammy, récompenses de la musique américaine.
Il y avait appelé les gens à mettre l'ICE dehors, en référence à la police américaine de l'immigration, qu'il n'a pas mentionnée dimanche.
Nous ne sommes pas des animaux, [...] nous sommes humains et nous sommes américains, avait scandé l'artiste portoricain, vainqueur de trois trophées, dont celui de l'album de l'année.
Lors de l'annonce de son invitation à Santa Clara, fin septembre, plusieurs élus et personnalités de la droite américaine avaient condamné la sélection de Bad Bunny et du groupe de rock Green Day, critique du président Donald Trump, lequel avait parlé d'horrible choix.Une pétition demandant le remplacement de Bad Bunny par le chanteur country de 73 ans George Strait a réuni plus de 130 000 signatures.
L'organisation Turning Point, créée par le polémiste conservateur Charlie Kirk, assassiné en septembre, a, elle, organisé un concert alternatif baptisé The All American Halftime Show, avec trois artistes country et le rockeur trumpiste Kid Rock.