English Français
Israel 5 min de lecture

Des Israéliens de l’étranger doivent dépenser des milliers de dollars pour voter

Source: Radio Canada
Les élections israéliennes se tiendront le 27 octobre.  Photo : afp via getty images / JACK GUEZ
Les élections israéliennes se tiendront le 27 octobre. Photo : afp via getty images / JACK GUEZ

Environ 630 000 personnes nées ou ayant vécu en Israël vivent ailleurs dans le monde.

Dans une dizaine de jours, les New-Yorkais Sébastien et Ella Levi s’envoleront vers Tel-Aviv avec leur fille aînée. Il leur faudra une dizaine d’heures de vol et des milliers de dollars de dépenses afin de pouvoir exercer leur droit de vote le 27 octobre.

Contrairement à plusieurs pays, dont le Canada, les États-Unis et la France, Israël ne permet pas le vote depuis l’étranger.

Je pense que l'enjeu est tellement énorme qu'à un moment donné, il faut juste montrer son dévouement, lance le chroniqueur et homme d’affaires Sébastien Levi, qui vit à New York depuis une dizaine d’années, mais qui suit assidûment la politique d’Israël, où est née sa femme et où il a lui-même vécu.

Les Levi sont très critiques de l’influence de l’extrême droite au sein du Cabinet Nétanyahou et des politiques du gouvernement ces dernières années. Notamment, la réforme judiciaire proposée en 2023, mais aussi les menaces par certains ministres d’annexion des territoires palestiniens, ce qui, selon Sébastien Levi, menace l’idée même de l’État d’Israël comme démocratie.

Sébastien Levi, électeur israélien, vivant à New York.
Sébastien Levi vit à New York depuis une dizaine d'années. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Selon lui, le virage entrepris par la coalition au pouvoir rend le scrutin du 27 octobre déterminant quant à l’avenir du pays.

Est-ce que c'est plutôt un régime de démocratie libérale ou est-ce que c'est plutôt un régime de démocratie illibérale avec une forte teinte messianique et le poids de l'extrême droite?

Une citation deSébastien Levi, Israélien vivant à New York

Sébastien et Ella Levi ne sont pas les seuls à se déplacer pour prendre part au scrutin d’octobre. Une organisation, l'Aid Coalition, a mis sur pied une initiative visant à aider les membres de la diaspora à s’organiser et à trouver des billets abordables.

À plus petite échelle, le militant et étudiant Josh Drill, qui est à la fois Américain et Israélien, a contribué à convaincre d’autres expatriés à jouer un rôle dans un scrutin qui, selon les sondages, s’annonce particulièrement serré.

Le nombre d’Israéliens que nous pouvons emmener est substantiel. Nous avons vu dans des élections récentes que, parfois, il ne faut que quelques votes pour décider qui est élu député et qui forme le gouvernement, explique-t-il. Sa région de New York est celle qui accueille le plus grand nombre de citoyens israéliens dans le monde, à l'extérieur d'Israël.

Selon l’initiative Fly’n’vote, 33 000 électeurs potentiels ont fait part de leur intérêt à rentrer en Israël pour déposer un bulletin dans l’urne.

Mais le New-Yorkais Lior Paster, qui s’est procuré un billet d’avion il y a plusieurs mois, doute que la mobilisation des expatriés, dont beaucoup sont associés à l’opposition, fasse pencher la balance le jour du vote.

La gauche parle plus fort, croit ce partisan de la coalition de Benyamin Nétanyahou, qui est convaincu que, depuis les attentats du Hamas, le 7 octobre 2023, de nombreux Israéliens partagent la vision du gouvernement.

Lior Paster ira voter pour la coalition du premier ministre Nétanyahou.
Lior Paster ira appuyer la coalition du premier ministre Nétanyahou. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Je pense que la majorité des Israéliens réalisent qu’il n’y a personne avec qui négocier de l’autre côté et que la seule manière de maintenir la sécurité de l’État d’Israël est d’être alerte et de répondre avec force. Je pense que beaucoup de gens qui croyaient qu’on pouvait négocier avec l’autre côté sont désillusionnés et se sont éloignés de cette idée après le 7 octobre, dit-il.

Faut-il vivre dans un pays pour y voter?

En septembre, le Likoud, le parti du premier ministre Benyamin Nétanyahou, avait présenté une requête contre l'Aid Coalition, l’accusant d’interférence dans les élections. Un compromis entre les parties a été trouvé, l’organisation a accepté de ne pas organiser directement les vols ou l’hébergement des électeurs voyageant vers Israël.

Le journal Haaretz a même laissé entendre que le gouvernement évaluait la possibilité de limiter le nombre d’avions pouvant se poser à l’aéroport Ben Gourion à l’approche des élections, ce qu’a nié la ministre des Transports.

Je pense que ceux qui vivent au pays devraient influencer son avenir, a déclaré en entrevue sur les ondes d’une radio israélienne le ministre des Communications, Shlomo Khari, qui est membre du Likoud.

Le militant Josh Drill réfute l’argument, et affirme que les membres de la diaspora subissent eux aussi les contrecoups des politiques décidées à la Knesset, le parlement israélien, et qui, selon lui, ont contribué à l’exode de nombreux citoyens. Selon l’Université de Tel-Aviv, environ 270 000 Israéliens ont quitté le pays depuis les attentats du Hamas et la guerre qui a suivi à Gaza.

Le fait qu’autant d’Israéliens quittent le pays est un impact des décisions qui ont été prises par ce gouvernement et qui ont mené à la pire attaque terroriste de l’histoire de notre pays. Et c’est à cause des décisions de ce gouvernement.

Une citation deJosh Drill

Même en vivant à New York, à 9000 kilomètres de Tel-Aviv, Sébastien et Ella Levi affirment eux aussi subir bien malgré eux les conséquences de décisions prises par les autorités israéliennes. Ella donne l’exemple de l’hébreu, sa langue natale, qu’elle hésite à parler en public.

Quand on est dehors, j'essaie d' éviter ça, je ne lis qu' en français dans le métro, explique-t-elle.

Une affiche appelant à la paix chez Sébastien et Ella Levi.
Une affiche appelant à la paix chez Sébastien et Ella Levi. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Dans quelques jours, ces New-Yorkais partiront vers Israël bien incertains du rôle qu’eux et les autres expatriés réussiront à jouer dans ce scrutin qui s’annonce serré. Moi, j’aurai fait mon devoir, assure Sébastien Levi.

Cet opposant à la coalition au pouvoir partage un constat avec bien des partisans du premier ministre Nétanyahou : Ce sont des élections décisives qui doivent déterminer la nature du pays, dit-il. Peut-être même les plus déterminantes depuis la création du pays, en 1948.

Follow
Vous n'avez pas utilisé le site Web, Cliquer ici pour maintenir votre état de connexion. Temps d'attente: 60 Secondes