Agence France-Presse
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a affirmé samedi qu'il y avait « de quoi légitimement s'alarmer » face au renforcement militaire chinois en Asie-Pacifique, assurant néanmoins que les États-Unis souhaitaient un « équilibre stable » dans la région, refusant toute « hégémonie ».
En regardant la région aujourd'hui, il y a de quoi légitimement s'alarmer face à l'ampleur historique du renforcement militaire de la Chine, a déclaré M. Hegseth à Singapour lors du Dialogue de Shangri-La, un grand forum consacré aux questions de défense auquel participe aussi le Canada.
Son discours tranchait cependant avec les propos intransigeants sur la Chine qu'il avait tenus au même endroit, un an plus tôt.
Les États-Unis ne veulent pas de confrontation inutile dans la région, a-t-il souligné devant un parterre d'experts militaires et de ministres.
Ce que nous recherchons [...] c'est véritablement un équilibre stable, qui fonctionne à la fois pour les Américains et pour nos alliés, a-t-il dit.
Il a vanté un rapport de forces favorable, mais durable, dans lequel aucun État, y compris la Chine, ne peut imposer son hégémonie ni menacer la sécurité ou la prospérité de notre nation et de nos alliés.
La venue à Singapour de Pete Hegseth intervient deux semaines après une visite de Donald Trump en Chine.
Le locataire de la Maison-Blanche avait revendiqué la conclusion à Pékin d'accords commerciaux fantastiques et sous-entendu que les ventes d'armes américaines à Taïwan pouvaient être utilisées comme moyen de pression sur le géant asiatique.
Il n'y a eu aucun changement dans la position de Washington sur Taïwan, mais toute décision concernant de futures ventes d'armes à Taïwan [...] relèvera de M. Trump, a précisé M. Hegseth.
Ses propos reflétaient l'atmosphère plutôt positive de la visite de M. Trump en Chine, a estimé Oh Ei Sun, chercheur à l'Institut singapourien des affaires internationales.
Il n'y voit cependant pas de rapprochement délibéré, estimant que le discours traduit simplement la manière dont cette administration (américaine) envisage la compétition entre superpuissances [...] nous devons renforcer nos propres capacités, et nous assurer que nos alliés aussi travaillent dur et mettent la main au porte-monnaie.
M. Hegseth a de nouveau exhorté les alliés des États-Unis à dépenser davantage pour leur propre défense, saluant en particulier la Corée du Sud, le Japon, l'Australie et les Philippines, tout en menaçant de conséquences les pays qui profitent gratuitement de la générosité du contribuable américain.
Ces jours-là sont révolus. Les alliés qui refusent de se mobiliser et d'assumer leur part du fardeau pour notre défense collective feront face à un changement clair dans notre manière de faire des affaires.
Puissance croissante de la Chine
Le Dialogue de Shangri-La réunit pendant trois jours et jusqu'à dimanche de hauts responsables politiques et militaires, ainsi que des experts et chercheurs d'environ 45 pays, dont le Canada.
Ce forum annuel alterne discours, tables rondes et entretiens privés dans le cadre du luxueux hôtel Shangri-La. Un environnement propice aux discussions, même entre pays rivaux, que ce soit en sessions publiques ou dans l'intimité de salons feutrés, à l'abri des micros.
Le chef du Pentagone est à la tête d'une imposante délégation américaine.
Mais la Chine, que Washington considère comme sa grande rivale, a pour la deuxième année consécutive dépêché une simple équipe d'experts militaires et de chercheurs, sans envoyer son ministre de la Défense, Dong Jun.
Pour des analystes, l'envoi par Pékin d'une délégation de faible niveau, constituée principalement d'experts militaires, est le signe de la puissance croissante du géant asiatique, qui ne s'embarrasse plus d'y dépêcher ses hauts responsables.
Sans haut représentant sur place, la Chine prend toutefois le risque de ne pas pouvoir répliquer si elle est attaquée sur la question de Taïwan, île qu'elle revendique, ni défendre sa position sur la guerre américano-israélienne contre l'Iran.
Dans son discours d'ouverture du Dialogue de Shangri-La vendredi soir, le président vietnamien To Lam a appelé les participants à faire de ces discussions des outils véritablement efficaces dédiés à la réduction des risques et non un simple lieu où réaffirmer leurs positions.
Sans citer nommément les États-Unis ou la Chine, il a exhorté les puissances à l'intérieur et à l'extérieur de la région à faire preuve d'une attitude responsable.