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Union Européenne 6 min de lecture

Le Canada deviendra le premier « membre associé » de l’UE, dit Carney

PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / CHRISTINNE MUSCHI
PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / CHRISTINNE MUSCHI

Au terme de deux journées à Montréal avec les dirigeants européens, le premier ministre Mark Carney a consolidé l’idée de faire du Canada le premier « membre associé » officiel de l’Union européenne (UE).

Il a poursuivi en précisant que le contenu, l'ampleur et la portée de cette nouvelle association seront précisés au cours des prochains mois.

Nous bâtissons une arche transatlantique entre le Canada et l'Union européenne, a illustré M. Carney. Une arche fondée sur le partenariat, l'équilibre et le respect mutuel.

Cette alliance couvre un large éventail de domaines, y compris le commerce, l’intelligence artificielle (IA), les matières premières critiques et l’énergie, ainsi que la sécurité et la défense.

Les deux parties ont aussi convenu d’élargir les normes en matière d’études, de travail et de recherche pour les Européens et les Canadiens. De plus, un accord a été conclu avec la Banque européenne d’investissement pour financer les ressources canadiennes stratégiques, y compris les matières premières critiques.

Ces accords se trouvent dans la déclaration commune signée par les 27 États membres et le Canada, qui ne fait pas mention du statut de membre associé.

Le document fait plutôt état d'une association toujours plus étroite entre le Canada et l’UE, sans qu’il s’agisse d’une pleine adhésion à l’UE.

Ce titre n'est pas synonyme d'adhésion, a clarifié la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en point de presse à Montréal, car les traités sont clairs et ne le permettent pas.

Un pays situé en dehors de l'Europe ne peut pas adhérer à l'Union européenne, a-t-elle insisté.

M. Carney a pour sa part ajouté son intention de convoquer le collège des commissaires européens et le Conseil des ministres fédéral au Canada en mars pour faire avancer le projet d'entente. Le premier ministre espère conclure les négociations d'ici le mois de juin, moment où il participera aux réunions du Conseil européen, sur l'invitation de son président, António Costa.

Un front uni contre le protectionnisme

Mark Carney, Antonio Costa et Ursula von der Leyen marchent dehors entre des drapeaux du Canada et de l'Union européenne.
Le premier ministre Mark Carney (au centre) arrive au Sommet Canada-UE en compagnie du président du Conseil européen, Antonio Costa (à gauche), et de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à droite), à Montréal, vendredi.  PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / CHRISTOPHER KATSAROV

Pour le premier ministre canadien, cette alliance symbolise la souveraineté et la résilience. Ces termes n’ont pas été choisis au hasard ; ils font directement écho à la menace d’annexion et aux tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump depuis son retour en 2025.

À un moment où l'ordre international fondé sur des règles est mis à l'épreuve, nous partageons une responsabilité spéciale de le défendre, a évoqué M. Costa, devant les journalistes.

Lors des déclarations d’ouverture de la dernière journée du sommet, M. Costa a souligné que la relation entre le Vieux Continent et le Canada était basée sur une vision commune du monde, la confiance mutuelle et des valeurs partagées, dans un contexte de montée du protectionnisme.

Un statut controversé

L’emploi du terme « membre associé » – un statut qui n'existe pas actuellement – par Ursula von der Leyen, d'abord en septembre puis de nouveau jeudi, a fait couler beaucoup d’encre.

Il semblerait qu'au sein de l’Union européenne, certains pays, dont l’Allemagne, s’y opposent fermement, allant même jusqu’à évoquer une  ligne rouge, selon une source.

Mark Carney et Ursula von der Leyen, souriants, assis côte à côte à une table.
Mark Carney, en compagnie de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.  PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / CHRISTOPHER KATSAROV

Vendredi matin, Mme von der Leyen a adopté une approche plus réservée en évoquant une relation le plus près possible de l’UE.

Puis, après avoir repris le terme controversé, elle a soutenu qu'il y a un énorme [soutien] entre les États membres et les citoyens européens pour rapprocher l'Union européenne et le Canada.

Pour sa part, M. Carney avait déclaré jeudi que le titre n’avait pas d'importance, avant de l’utiliser pour la première fois, quelques heures plus tard, lors de son discours en ouverture d'une table ronde avec des gens d'affaires.

Nous avons besoin d’alliés, dit Stéphane Dion

En entrevue à l'émission Sur le terrain, sur ICI RDI, Stéphane Dion, ex-ambassadeur du Canada en France et en Allemagne et envoyé spécial du Canada auprès de l'UE, voit en cette alliance un prolongement des relations déjà renforcées par de nombreuses ententes, comme celle sur le commerce numérique.

Pour l’année prochaine, on s’engage à avoir un conseil des ministres conjoint, d’une certaine façon, en mars, pour qu'au prochain sommet, on ait avancé dans tous ces domaines de façon très concrète.

L'ancien ministre libéral estime que ce rapprochement entre le Canada et l’UE est important parce que nous avons besoin d’alliés.

Dans une déclaration rendue publique vendredi après-midi, le Parti conservateur de Pierre Poilievre estime que certains points doivent être clarifiés, notamment concernant la tarification du carbone.

À l’issue du Sommet Canada-UE, le Canada aura-t-il sécurisé un allègement du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières? Ou apprendrons-nous que le premier ministre a fait de nouvelles concessions sur le dos des travailleurs canadiens?

Pour le Bloc québécois, le statut de membre associé doit faire l’objet d’un débat et d’un vote devant le Parlement, comme l’avait promis le premier ministre Carney.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, ajoute que cette nouvelle alliance doit impérativement être négociée avec le Québec. Il rappelle, à l'instar du gouvernement québécois, que la culture, l’éducation et la main-d’œuvre relèvent de la compétence du Québec.

Une rencontre entre Paradis et von der Leyen

Le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, n’était pas présent au sommet en raison d’un différend avec son homologue fédéral.

Mark Carney avait invité M. St-Pierre Plamondon à y assister, mais sans qu’il y prononce de discours, ce qu’a rejeté le premier ministre du Québec, y voyant un manque de respect.

C'est donc le diplomate en chef du Québec, Pascal Paradis, qui a été délégué pour rencontrer les dignitaires présents.

Ce dernier a indiqué qu'il avait rencontré Mme von der Leyen en marge du sommet.

Nous aurions voulu pouvoir représenter le Québec avec le premier ministre s'il y avait eu la collaboration nécessaire du gouvernement fédéral, mais nous étions là pour porter ce message d'amitié, de collaboration avec nos partenaires européens, a ajouté M. Paradis.


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