Agence France-Presse
Le candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a remporté l’élection présidentielle au Brésil en défaisant le candidat conservateur Flavio Bolsonaro.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui fêtera ses 81 ans la semaine prochaine, a remporté les élections avec 51,76 % du vote contre 48,24 % pour son adversaire, selon le site du Tribunal supérieur électoral.
Celui qui briguait un quatrième mandat non consécutif a ainsi défié le courant mondial de victoires électorales de la droite.
Confusion
Quelque 160 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes. Les bureaux de vote devaient initialement clore leurs portes à 17 h (heure locale, 16 h HAE). Cependant, un juge de la Cour suprême a décidé de prolonger de deux heures l’heure de fermeture en raison de difficultés dans les transports en commun.
Dans l'après-midi, Lula a dénoncé l’impossibilité pour certains électeurs de voter dans différentes villes en raison de l’interruption du service d'autobus. Il a spécifiquement mentionné São Paulo, la capitale économique contrôlée par la droite, ainsi que des métropoles du Nord-Est, une région qui a traditionnellement soutenu la gauche.
Il a dénoncé une chose abominable, en annonçant que son équipe avait engagé des poursuites judiciaires pour retarder la fermeture des bureaux dans les villes en question.
Au vu de la gravité des faits et de l'urgence de prendre cette mesure, j'ordonne la prolongation de deux heures, jusqu'à 19 h (heure locale, 18 h HE), de l'ouverture des bureaux de vote dans tout le pays, a déclaré le juge Cristiano Zanin dans un document judiciaire consulté par l'AFP.
Toutefois cet ordre a été donné alors que les bureaux de vote étaient sur le point de fermer, créant une grande confusion. Le temps qu'il soit transmis à chaque bureau, certaines urnes électroniques avaient déjà été fermées et le dépouillement avait débuté.
Le juge Zanin, nommé par Lula à la Cour suprême, a dû préciser ultérieurement que la prolongation du vote ne s'applique qu'aux urnes qui n'avaient pas été fermées au moment de sa décision.
Le parti de Bolsonaro s’est également tourné vers les tribunaux pour demander une prolongation du vote dans les États du Minais Gerais et le Rio Grande do Sul, pour des raisons climatiques, en raison de fortes pluies dans ces régions.
Au premier tour, l’abstention avait atteint un niveau record de 21 %, représentant près de 33 millions d’électeurs inscrits qui n’ont pas exercé leur droit de vote.
Une lutte serrée
Les partisans du président sortant Lula étaient remplis d’espoir après la défaite du premier tour, espérant un revirement de situation.
Lors du premier tour, le 4 octobre dernier, le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), condamné pour tentative de coup d'État, avait devancé Luiz Inacio Lula da Silva avec 47 % des voix contre 45 %.
Les derniers sondages avant l’élection indiquaient un écart de seulement 2 % entre le parlementaire et le président sortant, ce qui se situe dans la marge d’erreur.
L'octogénaire se présentait aux élections pour la septième fois depuis 1989, aspirant à un quatrième mandat présidentiel. Il avait déjà occupé ce poste de 2003 à 2011, avant de le retrouver en 2023 après avoir défait Bolsonaro père.
Pendant sa campagne, il s’est présenté comme un défenseur de l’indépendance nationale face aux menaces commerciales et diplomatiques du président américain Donald Trump.
Le pilier de la gauche brésilienne avait remporté en 2022 le second tour de l’élection présidentielle avec environ 51 % des voix, devançant Jair Bolsonaro par près de deux millions de voix (1,5 point de pourcentage). Ce dernier avait toutefois refusé de reconnaître la victoire de son adversaire, et une semaine après l’investiture de Lula, le 8 janvier 2023,ses partisans avaient pris d'assaut le palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême.
Jair Bolsonaro a par la suite été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État. L’ancien président purge actuellement sa peine à domicile en raison de problèmes de santé. C’est dans ce contexte que Flávio Bolsonaro, 45 ans, a été désigné candidat par son père, interdit de se présenter à une élection.
Le fils de Bolsonaro s’engageait à poursuivre la voie empruntée par son père, mais plus modérée, avec une approche ferme face au crime, une politique favorable aux entreprises et un partenariat avec les États-Unis.
Une forte polarisation
Les réseaux sociaux ont élevé le niveau de division et de polarisation dans cette campagne électorale, caractérisée par la propagation de fausses informations en ligne et les attaques ad hominem.
Les deux partis ont intenté des recours juridiques pour s’exclure mutuellement de l’élection présidentielle. Lula allègue que Meta triche en faveur de son adversaire grâce à ses algorithmes, tandis que Flávio Bolsonaro accuse le président sortant d’abuser de son pouvoir en diffusant massivement des messages de campagne sur WhatsApp.
Les débats télévisés, à l’instar de la campagne, se sont concentrés sur les insultes plutôt que sur les propositions concrètes.
Les Brésiliens devaient choisir si leur pays resterait l’une des dernières nations de gauche d’Amérique du Sud ou prendrait le virage vers la droite, comme l’Argentine, l’Équateur, la Bolivie, le Chili et la Colombie.