Lisbonne s'est lancée dans un chantier colossal de plus de 250 millions d’euros pour dompter les crues et les inondations à répétition. Son arsenal impressionnant inclut la construction de mégatunnels souterrains, l'aménagement de parcs éponges et des outils à la fine pointe de la technologie.
Les changements climatiques forcent les métropoles du monde entier à s'adapter, et, bien souvent, à repenser leurs infrastructures. La capitale portugaise, l’une des plus anciennes villes du monde, ne fait pas exception, puisqu'elle est souvent la cible de pluies diluviennes causant des inondations monstres.
Mais plus pour longtemps, à en croire José Silva Ferreira, 74 ans, un ingénieur qui pilote le plus important programme d’infrastructure de Lisbonne. Il est un des chefs d'orchestre du PGDL, le grand projet de drainage de la ville.
Ce plan majeur va résoudre de 70 à 80 % des problèmes que nous avons avec les inondations, estime-t-il.
L'ingénieur nous emmène dans un tunnel qui est presque prêt à être inauguré. L'ouvrage gigantesque a été construit dans le cadre du projet de drainage de Lisbonne, qui est composé d'infrastructures évaluées à environ 250 millions d’euros.
La ville a creusé deux tunnels; celui que l’on visite est long de cinq kilomètres, a un diamètre de cinq mètres et demi et relie les quartiers nord de Lisbonne au fleuve Tage. Selon José Silva Ferreira, ce tunnel aidera à évacuer les précipitations de pluie pouvant atteindre jusqu’à 120 mm en 24 heures, ce qu’une ville moyenne comme Montréal et Paris peut recevoir en un mois.
Ainsi, ce tunnel devrait capter jusqu’à 175 mètres cubes d’eau par seconde et les détourner directement dans le fleuve. La plupart de l’eau, c’est de l’eau de pluie, dit l'ingénieur, ce n’est pas de l’eau infectée des égouts, qui, elle, est traitée avant d’être renvoyée par le tunnel jusqu’au fleuve.
Des parcs éponges
En plus des tunnels pharaoniques, dont les travaux préparatoires ont commencé il y a une dizaine d’années, Lisbonne veut aménager davantage de parcs éponges, puisqu'ils contribuent à atténuer les impacts des inondations à répétition.
À titre d'exemple, dans les hauts de la ville, un de ces parcs a été aménagé au coût de 6 millions d'euros. Jusqu'à présent, explique Rita Folfgosa, géographe à la Ville de Lisbonne, la capitale a réussi à identifier 240 espèces animales et végétales dans ce parc.
Le principe de ce parc de 17 hectares est le suivant : lors de fortes pluies, il va retenir et absorber l'eau avant de la rejeter lentement dans le réseau d'assainissement de la ville.
Ainsi, ces parcs éponges sont non seulement des oasis de fraîcheur, de verdure et de biodiversité, mais aussi des soldats naturels contre les pluies torrentielles. Face à ces premiers événements climatiques extrêmes, l'évidence s'est imposée : il fallait repenser entièrement notre façon de concevoir et de bâtir la ville, souligne Mme Folfgosa.
La haute technologie à la rescousse
Le plan de drainage de Lisbonne, avec ses bassins de rétention, ses parcs éponges et ses tunnels souterrains, est un chantier ambitieux pour lutter contre les inondations. Mais il n’est pas infaillible.
Dans le centre de contrôle du service municipal de la protection civile de Lisbonne, Gonçalo Pais, coordinateur de la surveillance, de l’analyse et de la prévision, explique qu’il utilise aussi des outils à la fine pointe de la technologie, comme des capteurs dans les réseaux d'aqueducs qui donnent une foule d'informations sur les niveaux de l’eau.
Nous pouvons anticiper et agir avant que les inondations arrivent, et nous constatons en temps réel les avantages de ces aménagements, explique-t-il.
Parmi les habitants qui ont subi des dommages en raison des inondations à répétition, on compte Luis Garcia, le propriétaire d'un magasin de chaussures dans le centre-ville de Lisbonne. Il constate toutefois déjà des améliorations. Nous avons eu beaucoup de problèmes ici. Jusqu’à il y a quelques mois, toutes les boutiques du quartier connaissaient les mêmes difficultés.
Tant bien que mal, le commerçant a chaque fois disposé ses boîtes à chaussures sur des rehausseurs en métal pour les protéger de l’eau. Il a aussi investi dans un système rudimentaire de protection pour empêcher les eaux torrentielles d'entrer dans son magasin : des plaques de métal qu’il fixe devant la porte.
Les mesures mises en place semblent déjà bénéfiques. Récemment, il y a eu de très petites montées d’eau et elles n’ont presque pas touché la porte, constate M. Garcia, en ajoutant qu'il a bien hâte de voir les effets positifs du tunnel qui sera inauguré dans les prochains mois.
Ce chantier titanesque a évidemment balafré la ville pendant plusieurs années, mais les résultats sont encourageants et inspirants, selon ceux qui en ont assez de faire les frais de ces inondations.