Les rassemblements massifs en France ont retenu l’attention des médias occidentaux ces dernières semaines.
Ce qui a commencé le mois dernier comme des protestations étudiantespour réclamer un meilleur financement des lycées s’est étendu à tous les coins de l’Hexagone, en s’associant à des mouvements syndicaux et aux gilets jaunes, pour devenir une coalition de revendications plus vastes.
Parallèlement, des manifestations ont éclaté ces dernières semaines ailleurs sur le Vieux Continent, notamment en Albanie, en Italie et en Belgique, mais aussi en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Autriche et en Serbie.
Les manifestations françaises, marquées par des émeutes et des heurts avec les forces de l’ordre, ont-elles entraîné une réaction en chaîne dans le reste de l’Europe ?
Ce n'est pas tout à fait le cas, selon Frédéric Mérand, professeur titulaire et directeur du Département de science politique de l'Université de Montréal (UdeM), qui évoque les particularités nationales très fortes de chaque mouvement.
M. Mérand admet que l’on observe actuellement un mouvement presque paneuropéen avec des revendications très différentes d’un pays à l’autre, mais qui se nourrissent les unes et les autres.
Il donne en exemple les contextes politiques français, espagnol et serbe, où les gouvernements sont en fin de règne.
En Espagne, le premier ministre, Pedro Sanchez, a lancé des élections anticipées, à la suite de manifestations dans tout le pays contre la crise du logement. En France, le scrutin présidentiel est prévu dans six mois, tandis qu’en Serbie, les électeurs se rendront aux urnes le dimanche 25 octobre.
En revanche, le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni, en Italie, est solidement installé au pouvoir, appuyé par des sondages favorables.
Ça donne un portrait qui montre qu'il y a des échanges entre les réalités de ces pays, mais il y a quand même des particularités nationales.
Une citation de Frédéric Mérand, directeur du Département de science politique de l'UdeM
Le coût de la vie en cause
Le dénominateur commun des mouvements de contestation est l’inflation, qui touche tous les secteurs de la société, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, y compris au Canada.
La vague de mécontentement populaire est attisée par la difficulté à boucler ses fins de mois, mais aussi par d'autres facteurs qui contribuent à une convergence des colères et à un ressenti général de frustration et d’injustice, d'après Pascale Dufour, professeure au Département de science politique de l'UdeM.
Dans le cas de la France, cette constatation entraîne une perception de déconnexion très forte entre l'élite politique et monsieur et madame Tout-le-Monde, souligne-t-elle.
Ça nous en dit beaucoup sur l'état de dépérissement du pouvoir en place, explique-t-elle, en précisant qu'il s'agit d'un contexte politique qui est extraordinaire.
À cela s'ajoute une diminution de la capacité de l'État à répondre à cette augmentation du coût de la vie par des mesures sociales, précise M. Mérand.
La réalité a changé considérablement depuis les cinq dernières années, alors que les États étaient en mesure de financer leurs programmes sociaux en empruntant sur le marché à des taux d’intérêt extrêmement bas, rappelle-t-il.
Aujourd'hui, les taux d'intérêt ont beaucoup monté, et donc, c'est plus difficile de répondre à ce genre de manifestations en disant : ''voilà, on vous propose un programme social ou une diminution des taxes sur le carburant'', expose-t-il.
Sur ce point, la France est un cas emblématique, selon lui, parce que c'est le pays dont la capacité budgétaire est littéralement étranglée en ce moment.