À la tribune du Parlement lors de son premier discours en tant que nouveau Premier ministre hongrois, samedi 9 mai, Peter Magyar, 45 ans, en a profité pour faire passer un message clair : l'ère de Viktor Orban et de ceux qui l'ont soutenu est désormais révolue.
Le nouvel homme fort de la Hongrie a ensuite renouvelé ses appels à la démission du président Tamas Sulyok, ainsi que de plusieurs autres personnalités nommées par Viktor Orban, occupant des postes clés au sein des institutions judiciaires et des organes de contrôle de l'État. "Il est temps de partir avec un peu de dignité, tant qu'il en est encore possible", a déclaré Peter Magyar, leur donnant jusqu'au 31 mai pour quitter leurs fonctions.
Peter Magyar, dont le parti de centre droit, Tisza, a balayé le Fidesz d'Orban lors d'une victoire écrasante aux élections du mois dernier, n'a jamais caché son intention de "désorbaniser" le pays. Entendre : démanteler le système que son prédécesseur avait mis plus de quinze ans à bâtir.
Une promesse ambitieuse et très difficile à tenir, avait pourtant jugé Zsuzsanna Szelényi, ancienne députée hongroise et opposante à Viktor Orban, dans une tribune publiée par le Guardian, les jours suivant la victoire de Peter Magyar.
En une quinzaine d'années, le Premier ministre sortant et son parti ont mis tout l'appareil d'État à leur botte, "jusqu'aux maires des petits villages, qui ont également été intégrés à ce système politique pyramidal avec Viktor Orban au sommet", détaille Sherrill Stroschein, spécialiste des questions de démocratie et d'autoritarisme en Europe centrale à l'University College de Londres.
Pourtant, pour Zsolt Kerner, journaliste basé à Budapest pour le média hongrois en ligne 24.hu, Peter Magyar a fait campagne en promettant la justice et il apparait désormais déterminé à tenir parole. "Il semble être quelqu'un de très obstiné", fait-il observer. "Le premier, le deuxième et le troisième cercle [du réseau d'Orban] ont de quoi avoir très peur."
Exil aux États-Unis
Peter Magyar a notamment indiqué que, sous son gouvernement, la Hongrie ne servirait plus de refuge d'asile sûr aux responsables corrompus ou aux alliés politiques cherchant à échapper à des poursuites judiciaires.
L'ancien ministre polonais de la Justice Zbigniew Ziobro semble avoir été l'un des premiers à prendre ces menaces au sérieux. Dimanche, 36 heures après l'entrée en fonction de Peter Magyar, il a confirmé avoir quitté la Hongrie.
"Je suis aux États-Unis", a-t-il déclaré à la chaîne conservatrice polonaise Republika. "Je suis arrivé hier, et c'est mon troisième voyage dans ce pays."
Zbigniew Ziobro avait obtenu l'asile en Hongrie l'an dernier après avoir été visé en Pologne par plusieurs accusations, notamment d'abus de pouvoir, de direction d'un groupe criminel organisé et de détournement présumé de fonds publics pour acheter des logiciels espions destinés à surveiller des opposants politiques. S'il est reconnu coupable, il risque jusqu'à 25 ans de prison.
Selon plusieurs médias, le président américain Donald Trump lui-même aurait accordé à Ziobro un visa américain.
Pour Zsolt Kerner, en s'en prenant d'abord à l'ex-ministre polonais, Peter Magyar cherche aussi à rétablir les relations avec le Premier ministre polonais pro-européen Donald Tusk, ainsi qu'avec le groupe de Visegrád. Les relations au sein de cette alliance d'Europe centrale, qui comprend aussi la République tchèque et la Slovaquie, se sont fortement détériorées sous le gouvernement d'Orban en raison de sa position prorusse.
Des transferts de fonds hors de Hongrie
Autre personnage dans le viseur du nouveau chef de gouvernement hongrois : l'ancien vice-ministre de Zbigniew Ziobro, Marcin Romanowski, également bénéficiaire de l'asile accordé sous le gouvernement Orban.
Zsolt Kerner estime aussi que les personnalités ayant amassé d'immenses fortunes sous l'ancien gouvernement – y compris des hommes d'affaires largement considérés comme des prête-noms de l'ancien pouvoir hongrois – font l'objet d'une pression accrue de la part des nouvelles autorités.
Dans les semaines précédant l'investiture de Peter Magyar, le Guardian a rapporté que plusieurs membres proches du cercle d'Orban auraient commencé à transférer leurs richesses hors du pays, notamment vers l'Arabie saoudite, Oman et les Émirats, mais aussi vers l'Australie et Singapour, craignant la promesse du nouveau dirigeant de lutter contre la corruption.
Certains se sont également renseignés sur les possibilités d'obtenir des visas américains, "dans l'espoir de trouver un emploi dans des institutions liées au mouvement Maga", a révélé le quotidien britannique.
Modifier la Constitution ?
Mais le plus grand défi de Peter Magyar, estime Zsuzsanna Vegh, analyste politique au German Marshall Fund, sera de démanteler le vaste réseau d'alliés qu'Orban a placé – et qu'il conserve toujours – au sein des institutions de l'État, comme la présidence, la direction du parquet et la Cour des comptes.
"Ce n'est pas parce que Magyar demande à ces personnes de démissionner qu'elles sont obligées de le faire", souligne-t-elle. "Mais si elles refusent, je pense qu'on peut s'attendre à une bataille juridique. Des modifications constitutionnelles seront toutefois nécessaires pour pouvoir les démettre de leurs fonctions."
Une chose est sûre, en revanche, Peter Magyar a déjà démontré, avant même son investiture officielle samedi, sa volonté d'agir rapidement, ce qui pourrait changer la donne, selon Zsuzsanna Vegh. Étant donné que l'échéance fixée par le nouveau pouvoir pour ces démissions est fixée à la fin du mois de mai, une feuille de route claire sur la manière de procéder existe déjà, estime-t-elle.
Le système qu'Orban a mis en place pour consolider son pouvoir avait déjà commencé à s'effriter, souligne-t-elle. "L'élection d'avril a montré que la stratégie d'Orban ne fonctionnait déjà plus. Son système reposait en grande partie sur la loyauté, la corruption et le clientélisme, mais aussi sur l'idée qu'il était invincible. Or il a été battu et cette croyance, désormais, a été brisée."
Cet article est adapté de l'anglais. Retrouvez la version originale ici.