Vidéo par: Taline OUNDJIAN
Nikol Pachinian remporte les législatives. Le parti du Premier ministre arménien a devancé ses opposants, selon les premiers résultats des élections législatives de dimanche 7 juin, qui ont valeur de test pour la réorientation de la politique d'Erevan vers les Occidentaux.
Selon la Commission électorale centrale, les résultats après dépouillement de la totalité des bureaux de vote montrent que le parti Contrat civil de Nikol Pachinian fait la course en tête devant l'alliance Arménie forte du milliardaire russo-arménien Samvel Karapetian, avec 49,8 % et 23,3 % des voix respectivement.
Le Parlement sera complété par deux autres forces d'opposition : l'alliance « Arménie » de l'ancien président Robert Kocharian (9,9 %) et le parti « Arménie prospère » (4 %).
Le taux de participation s'est élevé à 59 %, selon la Commission.
"Poursuivre la voie du rapprochement avec l'Occident"
Nikol Pachinian a revendiqué une "victoire historique" et s'est engagé à "poursuivre la voie du rapprochement avec l'Occident" tout en développant les relations avec la Russie.
"J'espère que cela suscitera une réponse positive de la part de la Turquie et de l'Azerbaïdjan", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, ajoutant devoir "institutionnaliser la paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan".
L'Arménie et la Russie, liées par deux siècles d'histoire, sont officiellement toujours alliées. Mais Erevan multiplie les reproches envers Moscou, qui n'a pas empêché la reprise par la force par l'Azerbaïdjan de l'enclave du Karabakh, et se tourne vers l'Union européenne et les États-Unis.
Selon l'analyste Armen Badalyan, ce résultat signifie que le parti de Pashinyan « a remporté suffisamment de sièges au sein du nouveau parlement pour former le prochain gouvernement du pays ».
« Il n'a toutefois pas obtenu la majorité qualifiée nécessaire pour adopter les amendements constitutionnels » exigés par l'Azerbaïdjan comme condition préalable à la conclusion d'un traité de paix définitif.
Le président américain Donald Trump avait apporté son soutien "total" à Nikol Pachinian, alors que la Russie a mis Erevan en garde contre une trajectoire qu'elle rapproche de celle de l'Ukraine.
Emmanuel Macron a félicité Nikol Pachinian pour la "large victoire" de son parti aux élections législatives, disant vouloir accompagner le "rapprochement avec l'Europe" de ce pays du Caucase qui s'éloigne de l'orbite de Moscou. "Je me réjouis de poursuivre à tes côtés le travail engagé pour renforcer encore nos coopérations au service de nos peuples, soutenir la paix et la souveraineté de l'Arménie, et accompagner la dynamique de rapprochement avec l'Europe", a écrit le président français sur X.
"Nous apprécions profondément notre partenariat avec une Arménie démocratique qui se rapproche de plus en plus de l'Europe", a de son côté félicité la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "L'esprit de la 'révolution de velours' que vous avez menée en 2018 est vivant et fort", a-t-elle ajouté.
La Russie dénonce des "pressions"
De son côté, la Russie a dénoncé lundi les "pressions" sur l'opposition et "l'ingérence" de l'UE lors des législatives. "Les élections législatives se sont déroulées dans un contexte de pressions sans précédent sur l'opposition et d'ingérence de la part de l'Occident, en premier lieu de l'UE", a écrit dans un communiqué la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.
"Toute la campagne électorale et le scrutin lui-même se sont déroulés dans un climat de répression sévère de la part des autorités arméniennes à l'encontre des partis et mouvements d'opposition, de leurs militants et de leurs partisans", a-t-elle poursuivi.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a pour sa part évoqué auprès des journalistes de "nombreuses irrégularités qui ont eu lieu au cours de ces élections", sans plus de détails.
La Russie a elle-même été accusée d'ingérence dans le scrutin en Arménie, notamment par le biais d'une campagne de désinformation visant les électeurs.
Le scrutin de dimanche intervient après des années de profonds bouleversements en Arménie depuis l'arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian à l'issue de manifestations en 2018 sur la promesse de démanteler le système oligarchique post-soviétique.
Ce petit pays à majorité chrétienne du Caucase est encore sous le choc de sa défaite contre l'Azerbaïdjan en 2020 et de la perte du Karabakh en 2023, qui a provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens de ce territoire disputé depuis des décennies.
Nikol Pachinian, ancien journaliste âgé de 51 ans, a présenté ce scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée, avec Bakou, et un retour à la guerre.
Le parquet a indiqué avoir ouvert 165 enquêtes pour "cas présumés d'obstruction du processus électoral", tandis que le parti d'opposition Alliance arménienne de l'ex-président Robert Kotcharian a accusé les forces de l'ordre d'avoir interpellé des membres de son équipe de campagne.
Avec AFP