Depuis plusieurs jours, les regards sont braqués sur le navire de croisière MV Hondius, où l'OMS a signalé un foyer d'infection à hantavirus ayant déjà causé plusieurs décès. Alors que les passagers, dont cinq Français, sont rapatriés vers leur pays, les scientifiques et les autorités européennes tentent de mieux comprendre les risques et de répondre efficacement à la situation.
Florian Chaaban
Depuis plusieurs jours, l'attention des autorités sanitaires se porte sur le MV Hondius, un navire de croisière, après que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une alerte concernant un foyer d'infection à hantavirus à son bord.
Le navire effectuait depuis le 1er avril une croisière dans l'Atlantique lorsque l'OMS a fait état de trois morts, le 3 mai : les premières victimes sont un couple de Néerlandais et une Allemande. Dimanche 10 mai, le débarquement des passagers et membres d'équipage s'est échelonné toute la journée aux Canaries, les évacués rentrant progressivement en avion vers leurs pays, dont cinq Français placés en isolement strict à leur arrivée. L'opération doit s'achever lundi 11 mai. Voici ce que vous devez savoir sur la situation sanitaire et les conséquences à ce stade, en France et pour d'autres pays européens.
Que sont les hantavirus ?
Les hantavirus sont des virus capables de provoquer de graves maladies, notamment des troubles respiratoires et cardiaques ainsi que des fièvres hémorragiques. Il n'existe actuellement ni vaccin ni traitement spécifique contre ces infections : les soins consistent surtout à atténuer les symptômes.
Présents sur tous les continents, les hantavirus tirent leur nom de la rivière Hantaan, située entre les deux Corées. Pendant la guerre de Corée (1950-1953), plus de 3 000 soldats ont été gravement touchés par ces virus, rappelle l'Office fédéral de la santé publique suisse (OFSP). Chaque année, environ 200 cas de syndrome pulmonaire à hantavirus sont recensés, principalement en Amérique du Nord et du Sud.
Il existe plusieurs types de hantavirus, qui varient selon les régions du monde et les symptômes qu'ils provoquent. D'après l'OFSP, un seul type, très rare, peut se transmettre d'une personne à une autre : le virus de type Andes, circulant en Argentine et au Chili. Selon l'OMS, c'est ce virus qui pourrait être en cause à bord du MV Hondius.
Comment se transmet ce type de virus ?
Les hantavirus se transmettent à l'homme par des rongeurs sauvages infectés, notamment les souris et les rats, qui diffusent le virus via leur salive, leur urine et leurs excréments. Une morsure, un contact direct avec ces animaux ou leurs déjections, ainsi que l'inhalation de poussières contaminées, peuvent entraîner une infection.
Concernant le foyer de contamination détecté sur le MV Hondius, l'OMS estime qu'un ou plusieurs premiers cas "ont été infectés en dehors du navire" avant qu'"une transmission interhumaine" ne survienne par la suite. Le 6 mai, le directeur général de l'organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait déclaré que "le risque global pour la santé publique [demeurait] faible" à ce stade.
Quels sont les symptômes associés ?
Les symptômes apparaissent généralement entre une et six semaines après l'exposition. Ils incluent de la fièvre, une grande fatigue, des douleurs, un malaise général et parfois une accélération du rythme cardiaque.
Le diagnostic peut être difficile, car les premiers signes ressemblent à ceux de maladies courantes comme la grippe, la pneumonie, la dengue ou encore la septicémie.
Dans le cas d'une infection par le virus Andes, l'évolution peut être rapide. Elle peut entraîner un essoufflement important, puis une accumulation de liquide dans les poumons, ce qui peut provoquer une insuffisance respiratoire et circulatoire sévère. Une urgence vitale qui nécessite une prise en charge immédiate.
Que dit l'UE à ce sujet ?
Cet épisode n'est pas sans rappeler le déclenchement de l'épidémie de Covid et les prémices de ce qui est rapidement devenu une pandémie mondiale. Même si, pour le moment, l'heure est à la prudence. À la veille d'une réunion sur la sécurité sanitaire réunissant les ministres de la Santé et les agences sanitaires européens jeudi dernier, un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que le risque pour la population était faible et que "la protection de la santé publique restait la priorité absolue".
"Nous restons vigilants, suivons de près la situation et travaillons en étroite coordination avec toutes les autorités des États membres concernés, l'OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, afin de garantir une réponse rapide et efficace à chaque étape", a déclaré ce porte-parole.
Le navire battant pavillon néerlandais, les Pays-Bas sont chargés de coordonner l'aide apportée aux passagers par l'intermédiaire du ministère des Affaires étrangères. Du personnel médical supplémentaire et deux épidémiologistes ont ainsi été envoyés à bord.
En outre, la Commission européenne, l'Espagne et les Pays-Bas ont pris part à une réunion de l'Initiative mondiale pour la sécurité sanitaire afin de se coordonner avec les membres du G7 dont des ressortissants se trouvaient à bord du navire.
Quel rôle joue le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ?
Le 6 mai, l'ECDC a dépêché un expert de la cellule de crise sanitaire de l'UE à bord du navire de croisière, dans le cadre d'"une initiative conjointe visant à enquêter sur cette épidémie et à coordonner la réponse de santé publique en collaboration avec les États membres concernés".
Depuis, le centre met quotidiennement à jour une page d'information sur l'évolution de la situation. Au 10 mai, 8 cas au total ont été signalés, dont 6 confirmés et 2 probables. Le navire de croisière est arrivé au port de Grandilla, à Tenerife, dans les îles Canaries d'où les passagers débarquent et embarquent sur des vols de rapatriement successifs.
Sur son site, l'ECDC recommande aux passagers présentant des symptômes d'être examinés et testés dès leur arrivée. En cas de test positif, "les soins et les mesures d'isolement doivent être poursuivis", est-il écrit. En revanche, si le résultat est négatif, une quarantaine ainsi qu'une surveillance médicale peuvent tout de même être mises en place pendant une durée pouvant aller jusqu'à six semaines, à titre préventif. Car les passagers ne présentant aucun symptôme sont actuellement considérés comme des "contacts à haut risque".
Quelles sont les conséquences en France ?
En France, dirigeants et autorités sanitaires suivent la situation de très près. Le 10 mai, l'un des cinq Français rapatriés a présenté dans l'avion des symptômes, a annoncé le gouvernement. Au total, "cinq passagers [considérés comme des cas contact] ont tout de suite été placés en isolement strict jusqu'à nouvel ordre. Ils sont pris en charge médicalement et feront l'objet de tests et d'un bilan sanitaire", a fait savoir le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Dans la soirée, le gouvernement a publié au journal officiel un décret pour mettre en place les mesures d'isolement adaptées aux passagers français du MV Hondius. Le texte prévoit, à l'issue des 72 heures d'évaluation, que les passagers soient "maintenus en quarantaine ou placés à l'isolement, pour une durée totale de quarante-deux jours" par décision préfectorale, avec une application des dispositions du code de la santé publique modifié à la suite de l'épidémie de Covid-19. Soit l'"obligation" de ne pas sortir de son domicile ou de ne pas "fréquenter certains lieux ou catégories de lieux".
Invitée du journal de 20 heures de France 2 dimanche soir, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s'est montrée rassurante, soulignant qu'il s'agit "que les scientifiques connaissent". Interrogée sur les leçons tirées de la crise due au Covid-19 en cas d'éventuelle pandémie, elle a par ailleurs assuré que la France avait "le stock nécessaire de masques et de tests PCR". Et ajouté que le protocole français concernant le hantavirus, qui peut se transmettre par "aérosol" était "le plus strict de l'Union européenne".
Lundi matin, le ministère de la santé dénombrait 22 cas contacts en France de personnes infectées par un hantavirus. Ces Français ont été identifiés sur deux vols : 8 d'entre eux sur le vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesburg, dans lequel se trouvait la Néerlandaise, précédemment évacuée du navire de croisière, et décédée à l'hôpital en Afrique du Sud. Tous sont en isolement depuis presque une semaine. Les 14 personnes restantes voyageaient sur un vol entre Johannesburg et Amsterdam. Ces dernières "ont eu l'information de se mettre en auto-isolement", a exprimé Stéphanie Rist.
De 2005 à 2024, 2 199 cas humains de fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) ont été identifiés par le CNR des hantavirus à l'Institut Pasteur selon Santé publique France, principalement causée par l'hantavirus Puumala, dont 2 046 avec un lieu d'exposition le plus probable rapporté en France hexagonale. Pour les autres cas, l'exposition a été décrite comme survenue à l'étranger. Un maximum de cas a été diagnostiqué en 2021 (320 cas) et un minimum en 2013 (14 cas).
Et dans les autres pays de l'UE ?
À ce jour, trois Européens ont trouvé la mort à cause du virus : deux Néerlandais et une Allemande. À leurs côtés, 20 ressortissants britanniques, ainsi qu'un ressortissant allemand résidant au Royaume-Uni sont actuellement sous surveillance à l'hôpital Arrowe Park, relate le gouvernement britannique. Un passager japonais est aussi pris en charge dans le même établissement. Ailleurs en Europe, un Suisse a été testé positif à la souche des Andes du hantavirus. À noter que ce bilan n'est pas exhaustif et que la situation évolue rapidement. Ainsi, d'autres cas de contamination pourraient être recensés dans les prochains jours.
Les passagers espagnols ont été les premiers à débarquer du navire dimanche, sous surveillance stricte, équipés de combinaisons de protection jetables et de masques FFP2, avant d'être suivis par les passagers des autres nationalités. Au total, plus d'une centaine de personnes de 23 nationalités doivent être évacuées en moins de 48 heures dans cette opération qualifiée de "complexe" et "inédite" par Madrid, en plus des trois personnes déjà débarquées il y a quelques jours au Cap-Vert.
Selon Le Monde, se faisant l'écho des derniers chiffres du gouvernement espagnol, 94 occupants ont été évacués du bateau le 10 mai. Parmi eux : 14 personnes vers l'Espagne et sa capitale, Madrid ; 5 personnes vers la France ; 26 personnes vers les Pays-Bas ; 22 personnes vers le Royaume-Uni ; 3 personnes vers la Turquie ; 2 personnes vers l'Irlande et 1 personne vers la Grèce.
Le gouvernement espagnol a exprimé son souhait de finaliser le plus rapidement possible l'évacuation des passagers et des membres d'équipage du Hondius. Le navire de croisière devrait ensuite reprendre sa route en direction des Pays-Bas aux alentours de 20 heures, d'après les autorités. Dimanche, 94 occupants sur les quelque 150 passagers et membres d'équipage ont été évacués du bateau, selon l'exécutif espagnol en charge des opérations.