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Jeff Bezos 5 min de lecture

Jeff Bezos veut-il vraiment l’abolition de l’impôt de la classe moyenne?

Source: Radio Canada
Jeff Bezos est le fondateur d'Amazon et de Blue Origin. (Photo d'archives)  Photo : Getty Images / AFP / CHANDAN KHANNA
Jeff Bezos est le fondateur d'Amazon et de Blue Origin. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / AFP / CHANDAN KHANNA

Le fondateur d’Amazon et de l’entreprise aérospatiale Blue Origin, Jeff Bezos, a créé la surprise, le mois dernier, en proposant d’abolir l'impôt de la classe moyenne, lors d’une entrevue sur la chaîne américaine CNBC. Mais appuie-t-il vraiment cette idée?

Je ne veux pas réduire les impôts payés par les travailleurs, je veux les éliminer. Je pense qu’il y a quelque chose de très puissant avec le chiffre zéro, a déclaré M. Bezos au journaliste Andrew Ross Sorkin.

Pour y voir plus clair dans les propos du fondateur d'Amazon, il convient de les replacer dans leur contexte. Jeff Bezos répondait à ce moment à une question sur la taxation des personnes fortunées. Que pense le multimilliardaire de toutes ces manchettes dans les journaux sur la question des inégalités de richesse aux États-Unis? a voulu savoir l’intervieweur.

Voici ce que M. Bezos avait à répondre : Pourquoi une infirmière de Queens, qui gagne un salaire annuel de 75 000 $ US, doit-elle verser plus de 1000 $ US en impôts tous les mois? Ça me paraît absurde. On ne devrait pas demander à cette infirmière de Queens d’envoyer de l’argent à Washington. Le gouvernement devrait, au contraire, lui présenter ses excuses.

On pourrait se demander si son affirmation n’est pas une manière d’esquiver la question et de braquer les projecteurs ailleurs. M. Bezos pense-t-il réellement que la solution pour réduire les écarts de richesse, et donner du répit aux personnes qui peinent financièrement à se sortir la tête de l’eau, est de simplement éliminer l’impôt sur leurs revenus?

Notre pays n’a pas de problème en ce qui concerne ses revenus, il a un problème par rapport à ses dépenses. Et ça, c’est un enjeu de compétences, a-t-il tenu à ajouter.

Est-ce vraiment là le nœud du problème?

Les deux extrémités du spectre de richesse

La fiscaliste Brigitte Alepin s’intéresse depuis plus de 20 ans aux modèles d'imposition et à la question des inégalités. S’il est difficile de dire comment le gouvernement comblerait le manque à gagner s'il éliminait les impôts des moins nantis, comme le propose Jeff Bezos, elle se réjouit tout de même qu’on parle d’eux.

Ce n’est pas juste de se demander : "est-ce que les ultrariches devraient payer plus d’impôts?", mais aussi : "qu’est-ce qui arrive avec la classe moyenne?" a-t-elle souligné en entrevue à Zone économie, mercredi.

Selon les calculs de Mme Alepin, au Canada, la charge fiscale d’un travailleur pauvre célibataire représente en moyenne 15 % de son revenu. Cette proportion tient compte de l'impôt (après les différentes mesures d’aide fiscale, comme l’Allocation canadienne pour les travailleurs), des cotisations sociales et des taxes.

En revanche, une personne qui fait partie de la tranche du 0,01 % le plus riche, et qui gagne en moyenne 10,8 millions de dollars par année, avait un taux effectif moyen d’imposition de 31,6 % en 2023, d’après les données de Statistique Canada. Dans les années 1990, ce taux avoisinait les 40 %.

Regain d’intérêt pour l’impôt sur les grandes fortunes

À l’heure où les inégalités se creusent, on observe un regain d’intérêt de certains gouvernements dans le monde à l’égard d’un impôt sur le patrimoine.

C’est le cas en Hongrie, où le nouveau premier ministre, Péter Magyar, souhaite introduire des réformes fiscales qui incluent un impôt sur la fortune.

En Californie, les électeurs pourront se prononcer sur l’instauration d’un impôt spécial de 5 % sur le patrimoine des milliardaires à l'occasion d’un référendum qui se tiendra au moment des élections de mi-mandat, en novembre prochain.

À New York, il existe maintenant une taxe sur les résidences secondaires de plus de 5 millions de dollars américains qui pourrait permettre de générer des revenus de plus de 300 millions $ US.

De l’avis de l’économiste français Gabriel Zucman, une sommité mondiale qui s’est notamment fait connaître en France pour la « taxe Zucman », une proposition de taux d’imposition plancher minimum de 2 % pour les ultrariches dont la fortune est d'au moins 100 millions d’euros, on assiste en ce moment à un mouvement international. Il suffirait qu’un pays prenne les devants pour que d’autres choisissent d’emboîter le pas.

Il reste malgré tout du chemin à parcourir, croit Brigitte Alepin, même si elle reconnaît que les scandales sur les fuites de capitaux qui ont émergé dans les dernières années ont permis de sensibiliser la population à cette question.

Qu’en est-il au Québec?

Réunis en congrès au mois de mai, les délégués de Québec solidaire (QS) ont voté pour l’introduction d’une taxe progressive sur le capital à partir de 25 millions de dollars. Ces nouveaux revenus pour l’État seraient entre autres investis dans les services publics et la construction de logements sociaux.

Au Canada, le 1 % le plus aisé détenait le quart de la richesse au pays en 2019, selon le regroupement Millionnaires patriotes, dont le conseil pour la filiale canadienne est présidé par la philanthrope et entrepreneuse québécoise Claire Trottier.

Dans une entrevue à Zone économie diffusée dans le cadre de la série Profil, le 18 mai, elle rappelait qu’une taxe sur le patrimoine n’empêche pas les multimillionnaires et milliardaires de continuer à s’enrichir. Le rythme de leur enrichissement serait simplement ralenti.

Même si on taxe à 2 % au-dessus de 100 millions, ces gens-là vont quand même continuer à devenir plus riches, parce que le retour sur leurs investissements, c’est beaucoup plus que 2 %, dit celle qui est elle-même millionnaire.

À l’approche des élections provinciales au Québec, il sera intéressant de voir si les autres partis formulent des propositions qui vont dans le même sens que celle de QS.

Les politiciens répètent vouloir aider les contribuables à faire face au coût de la vie et financer les services publics. Les propositions visant à imposer davantage les ultrariches pourraient-elles représenter une solution?

Avec la collaboration de Gérald Fillion

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