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La formule Mamdani

Source: La Presse Canada

Prendre aux riches pour donner aux pauvres, rendre la vie plus abordable, parler aux gens ordinaires : l’actuel maire de New York, Zohran Mamdani, a su conquérir les électeurs l’an dernier, même s’il partait de loin. Quelle est la « méthode Mamdani », que des candidats ici et ailleurs tentent de reproduire ?

Janie Gosselin, La Presse


PHOTO JEENAH MOON, ARCHIVES REUTERS Zohran Mamdani, maire de New York
PHOTO JEENAH MOON, ARCHIVES REUTERS Zohran Mamdani, maire de New York




Réseaux sociaux

Aujourd’hui âgé de 34 ans, Zohran Mamdani n’était pas connu à l’extérieur du quartier de New York où il avait été élu à un poste local. Ses vidéos de rap, sous le nom de Young Cardamom, puis de Mr. Cardamom, ne lui avaient pas valu une grande notoriété. Comment est-il passé d’inconnu à superstar de la gauche sur la scène mondiale ?

Avec une campagne efficace, un effet de nouveauté et de courtes vidéos devenues virales. Un large sourire aux lèvres, une musique dynamique en fond sonore, il s’adressait directement aux électeurs à la manière d’un influenceur. Seul ou en tendant le micro à des citoyens comme dans un vox pop improvisé.

« Il a tout un environnement visuel, il parle différemment, c’est très coloré, ça évoque des codes de la culture de la rue, avec un graphisme dynamique », souligne Thierry Giasson, professeur de science politique à l’Université Laval. Une campagne électorale est avant tout une campagne publicitaire, rappelle-t-il. Mais ne devient pas Zohran Mamdani qui veut. « Il y a des candidats qui auront l’air rigides, mal à l’aise, maladroits » en reproduisant son style de vidéos, note Jennifer Stromer-Galley, de l’Université de Syracuse, dans l’État de New York. Un mot à retenir, donc : l’authenticité.

Le message

Geler les loyers. Taxer les riches. Une vie abordable pour les familles new-yorkaises. Le message de Zohran Mamdani, un démocrate socialiste, était simple à comprendre et rejoignait une bonne partie des préoccupations quotidiennes dans une ville où la richesse côtoie la pauvreté extrême, avec une classe moyenne peinant à se loger à coût raisonnable. Certaines de ses propositions sont assez extrêmes en politique américaine – comme des garderies subventionnées pour offrir des places gratuites et des soins de santé sans frais ou à coûts minimes pour les plus pauvres.

La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, s’est déjà dite inspirée par le maire de New York, né en Ouganda de parents d’ascendance indienne. Le parti a d’ailleurs repris l’une de ses propositions pour faire baisser la facture des repas, avec l’idée des épiceries publiques à but non lucratif. En Allemagne aussi, le style Mamdani fait des émules : l’équipe du parti de gauche de la candidate à la mairie de Berlin, Elif Eralp, a fait le voyage à New York pour en apprendre plus sur ses stratégies, selon le Washington Post.


PHOTO ADAM GRAY, ARCHIVES REUTERS Zohran Mamdani, maire de New York
PHOTO ADAM GRAY, ARCHIVES REUTERS Zohran Mamdani, maire de New York



La campagne positive

La porte-parole de Québec solidaire a aussi souligné la positivité de la campagne de Zohran Mamdani. Il a utilisé l’humour et l’autodérision pour créer une connexion avec son audience. « Comme homme jeune, démocrate socialiste, il a mené une campagne de contraste avec l’ambiance politique actuelle, où la colère et la peur semblent très présentes », dit Mme Stromer-Galley. L’efficacité de cette méthode dépend bien sûr du public ciblé, puisque les vidéos qui génèrent une réaction négative suscitent habituellement plus d’engagement sur les réseaux sociaux et peuvent aussi être une stratégie. La colère peut être mobilisatrice, mais les messages positifs également.

Au Québec aussi. « J’entends beaucoup de gens qui disent : “faites-nous rêver, parlez-nous de la fierté d’être québécois, parlez-nous des réalisations que vous avez faites, parlez-nous de ce que vous voulez pour le Québec” », note Mireille Lalancette, professeure en communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières, à propos de la campagne provinciale actuelle.

Les pieds au sol

Oui, Zohran Mamdani a utilisé les réseaux sociaux, mais celui qui a aussi travaillé comme conseiller pour éviter les évictions de logement avait toute une équipe sur le terrain. Il est allé à la rencontre des électeurs. Des milliers de bénévoles ont frappé aux portes pour convaincre les citoyens non seulement de se rendre aux urnes, mais aussi d’appuyer leur candidat. Et la stratégie a porté ses fruits : le taux de participation a augmenté, particulièrement chez les jeunes. « Il faut avoir l’impression que notre vote est important », rappelle M. Giasson. Comme la course était serrée, avec des idées très différentes, des électeurs se sentant moins concernés par la politique ont été convaincus que leur voix avait un poids.

Mais pas juste des admirateurs

Le maire de New York reste une figure polarisante, avec nombre de détracteurs. Premier musulman à occuper ce poste, il s’est attiré méfiance et critiques en dénonçant les gestes d’Israël à Gaza. Il a refusé de condamner les appels à une « intifada globale » lancés durant des manifestations en soutien aux Palestiniens, un terme utilisé en référence à des soulèvements violents en Cisjordanie occupée. L’étiquette socialiste suscite aussi beaucoup de suspicion aux États-Unis et dans la ville de Wall Street, symbole capitaliste par excellence. Les promesses de redistribution de la richesse coûtent cher et sont difficiles à réaliser. Réclamer plus d’impôts aux plus riches, par exemple, n’est pas de la prérogative d’une municipalité, mais bien de l’État. La taxe sur les luxueuses résidences secondaires new-yorkaises fait quant à elle l’objet d’un litige devant les tribunaux.

Avec l’Associated Press

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