La réélection du président brésilien de gauche Lula a fait trembler lundi les marchés financiers : ils tablaient sur une victoire de son rival conservateur et ils craignent désormais des dépenses publiques effrénées durant son quatrième mandat.
La Bourse de Sao Paulo, qui misait sur une élection dimanche du sénateur Flavio Bolsonaro, arrivé en tête au premier tour il y a trois semaines, a plongé de 17 % à l'ouverture lundi.
La forte chute de l'indice Ibovespa a même provoqué une suspension des échanges pendant 30 minutes. Ce dispositif n'avait pas été déclenché depuis la crise de la COVID-19 en 2020.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui fêtera ses 81 ans mardi, a déjoué tous les pronostics, obtenant un quatrième mandat non consécutif en s'imposant avec 52 % des suffrages au second tour.
Personne n'avait ce résultat sur le radar, dit à l'Agence France-Presse (AFP) Leandro Gabiati, politologue du cabinet de consultants Dominium, à Brasilia.
Cela a beaucoup surpris les acteurs économiques, qui comptaient déjà sur un gouvernement de Flavio Bolsonaro et une transition politique à partir d'aujourd'hui, ajoute-t-il.
La monnaie brésilienne a en outre dévissé de 12 % face au billet vert, à 5,60 réaux pour 1 dollar.
« Récupérer la confiance »
Le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro avait promis un coup de ciseaux pour tailler dans les dépenses publiques, sans guère donner de détails.
Cela ne l'avait pas empêché de s'engager à maintenir les programmes sociaux.
Les dépenses de l'État brésilien sont supérieures aux recettes et la dette publique dépasse les 80 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que le taux directeur est l'un des plus élevés au monde, au nom de la lutte contre l'inflation.
Et ces problèmes pourraient s'aggraver avec un ralentissement de la croissance à l'horizon.
Dans la dernière ligne droite de la campagne, Lula a en outre dégainé une panoplie de mesures populaires, mais coûteuses, comme une augmentation du revenu minimum garanti ou l'effacement des dettes des microentrepreneurs.
Une réforme fiscale solide est le prix que Lula 4.0 doit payer pour récupérer la confiance des marchés, estime Mariano Machado, du cabinet d'analyse de risques Verisk Maplecroft.
Après une première phase de volatilité, un plan crédible pour contenir les dépenses peut donner le ton pour les prochaines années, ajoute-t-il.
Parlement conservateur
Pour Leandro Gabiati, tout dépendra également de la capacité de Lula à nouer des alliances avec le centre et de la composition du gouvernement, notamment le ministre des Finances.
La marge de manœuvre du dirigeant de gauche pourrait par ailleurs s'avérer étroite face à un Parlement penchant très à droite après les législatives du 4 octobre.
Cela devrait limiter la capacité du gouvernement à mettre en œuvre un programme budgétaire plus laxiste, avancent les analystes de Deutsche Bank.
Au-delà de la politique économique de Lula, la rapidité avec laquelle Flavio Bolsonaro va reconnaître le résultat est un facteur important pour tranquilliser ou non les marchés, avertit encore Chris Turner, analyste chez ING.
Le sénateur conservateur, qui n'a pas admis formellement sa défaite, a affirmé qu'il allait demander l'annulation de l'élection, dénonçant de supposées irrégularités.
Le Parti libéral du conservateur Flávio Bolsonaro a toutefois reconnu lundi la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva à la tête du Brésil.