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Les États Unis 6 min de lecture

Une militante dans le Michigan, Abdul El-Sayed, exprime sa joie à l'occasion de la déferlante démocrate lors des élections de mi-mandat. Vers une crise Maga ? Les premiers enseignements du tsunami bleu lors des midterms

Source: France 24::

Par : Sébastian SEIBT

Image de couverture : Les démocrates ont remporté une large victoire lors des élections de mi-mandat et obtiennent la majorité dans les deux chambres du Congrès © Julia Demaree Nikhinson, AP


Donald Trump n’a prévu aucune apparition publique mercredi 4 novembre. Le président américain s'est contenté de quelques interviews téléphoniques et semble décidé à accepter que la vague bleue a bel et bien déferlé sur les midterms, les élections de mi-mandat aux États-Unis du 3 novembre.

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James Talarico a réussi l’exploit de récupérer le siège de sénateur du Texas pour le camp démocrate. En Caroline du Nord, le démocrate Roy Cooper l’a emporté, rapidement imité par sa collègue Annie Andrews dans l’État voisin de Caroline du Sud. Ces succès dans des États américains traditionnellement très à droite ont donné le la de ce qui allait suivre : les démocrates ont raflé la mise et sont devenus majoritaires dans les deux chambres.

Vague bleue même au Texas

"Les démocrates ont obtenu tout ce qu’ils pouvaient raisonnablement espérer", résume Joseph Daniel Ura, politologue et spécialiste des élections américaines à l’université de Caroline du Nord.

"Ils ont même fait mieux que prévu puisqu’en début de soirée, il n’était pas encore certain que les démocrates allaient récupérer le contrôle des deux chambres", ajoute Andrew Gawthorpe, spécialiste des États-Unis à l’université de Leyde aux Pays-Bas.

La vague bleue a même coûté son poste au gouverneur républicain au Texas. Greg Abbott a concédé la victoire à sa rivale démocrate Gina Hinojosa, "ce qui constitue un bouleversement politique majeur aux États-Unis", constate Andrew Gawthorpe. Cet État n’avait pas connu de gouverneur démocrate depuis plus de 30 ans. Tout comme il n’avait pas connu de sénateur de ce camp depuis 1993.

Même dans les États où les républicains ont réussi à se maintenir, l’opposition a remporté des victoires, certes plus symboliques, mais qui en disent long sur l’ambiance générale dans le pays. "En Floride [restée dans le camp présidentiel, NDLR] les démocrates ont malgré tout réussi à arriver en tête dans des circonscriptions que les républicains avaient pourtant soumis à un redécoupage de la carte électorale pour les favoriser", souligne Andrew Gawthorpe.

"La qualité des candidats compte encore"

La première vague de résultats - tombés avant 6 heures, heure française - a dû être particulièrement douloureuse pour les républicains car elle a concerné un grand nombre de fiefs historiques du Grand Old Party dans le Sud.

À cet égard, "l’un des premiers enseignements de cette soirée est que la qualité des candidats compte encore", assure Joseph Daniel Ura. Dans le Texas, Ken Paxton, soutenu par Donald Trump, était très contesté, y compris dans le camp républicain. Il a été battu par James Talarico. En Caroline du Sud, Darline Graham s’était présentée à la suite du décès de son frère, le très influent politicien républicain Lindsay Graham. "Elle n’avait aucune expérience en politique et n’avait que le soutien de Donald Trump", souligne Joseph Daniel Ura. Là encore, cela n’a pas suffi.

"Il y a eu une combinaison de facteurs nationaux, tels que le rejet de Donald Trump, et locaux, avec l’émergence de candidats démocrates très talentueux face à des rivaux républicains fragilisés", résume Joseph Daniel Ura.

Le basculement dans le monde rural

Pour cet expert, les démocrates n’auraient pas pu remporter leur pari électoral "sans réaliser une percée significative en milieu rural". "Le basculement d’électeurs traditionnellement acquis à la cause républicaine vers le camp démocrate semble être un phénomène dont l’ampleur n’avait pas été anticipée, surtout dans le monde rural", reconnaît Andrew Gawthorpe.

Parmi les raisons de voter contre les républicains, "un grand nombre d’électeurs ont mis en avant la corruption au sommet de l’État", affirme Andrew Gawthorpe. Il reconnaît avoir été surpris de constater l’importance prise par ce thème : "Durant le premier mandat de Donald Trump, ses électeurs ne semblaient pas s’en soucier plus que ça."

Pour cet expert, "les Américains ont réagi beaucoup plus négativement à l’enrichissement personnel de Donald Trump et de sa famille en raison d’une dégradation de leur propre situation financière due aux conséquences des décisions politiques de l’administration Trump". Autrement dit, quand les prix de l’essence flambent, les ménages affectés - notamment en milieu rural - peinent à accepter que le président a gagné plus de deux milliards de dollars depuis son retour à la Maison Blanche.

Donald Trump remis en question ?

Cette vague bleue lors des élections de mi-mandat représente-t-elle pour autant un point de bascule pour le Parti républicain ? Pour Andrew Gawthorpe, "le mouvement Maga risque de traverser une grave crise car il va être associé à cet échec électoral cuisant. Cela pourrait ouvrir pour la première fois depuis 2016 une bataille interne pour l’âme du Parti républicain".

Plus prudent, Joseph Daniel Ura rappelle que "la fin du contrôle de Donald Trump sur le Parti républicain a souvent été annoncée à tort par les médias dans le passé". Il juge que ces résultats "devraient au moins donner plus de poids à ceux qui, au sein de l’administration, s’opposent à certains choix de Donald Trump, tel que celui de mener une guerre contre l’Iran".

Ces élections vont sûrement hanter pendant longtemps le camp républicain. Elles vont également agiter les démocrates. Certes, ils sont les grands gagnants de cette soirée, mais "il va être intéressant de voir comment les élus du courant des démocrates socialistes vont travailler avec les démocrates qui se sont imposés dans des circonscriptions plus marquées à droite et qui vont devoir être beaucoup plus modérés", souligne Andrew Gawthorpe.

Pour Joseph Daniel Ura, "ils devraient pouvoir se retrouver sur une ligne d’opposition systématique à Donald Trump, mais il est clair que cela promet des débats tendus pour décider de l’orientation du parti pour la prochaine élection présidentielle". C’est tout le problème avec des victoires éclatantes : tous les courants du Parti démocrate peuvent y voir leur victoire.

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